20/09/2009

Bienvenue M. Medvedev !

En Europe, le Président russe Medvedev ainsi que le Premier Ministre Poutine ont plutôt mauvaise presse. Ils sont régulièrement accusés de fascisme dans nos journaux, que ça soit dans leur politique intérieure ou dans leurs relations internationales. Mais il faut voir que sur le plan intérieur, ils font face à une corruption et une mafia dont nous n'avons que très peu idée. S'ils veulent mettre de l'ordre dans leurs institutions, il faut y mettre beaucoup de moyens policiers. Et la démocratie en souffrira forcément. Quant aux manoeuvre politiques qui ont permis à Poutine de rester plus ou moins au pouvoir, elles ne sont pas si éloignées de celles que pratiquent certains de nos voisins. En particulier l'Italie, où Berlusconi semble s'accrocher au pouvoir depuis des lustres.

Au Sud de ce grand pays, des fondamentalistes musulmans tentent de faire la loi. Là aussi, lorsqu'on reproche leurs errements, bien réels, aux Russes ils faut aussi tenir compte de ce fait. C'est vrai que la Tchétchenie est tenue d'une main de fer. C'est vrai qu'il faudra qu'ils trouvent un jour une solution. Mais se rappelle-t-on de ces prises d'otage meurtrières auxquelles ils ont dû faire face il y a quelques années ? La menace intégriste, ils savent ce que c'est. Et ils ont des raisons de se sentir plus menacés que nous.

Et que dire de la politique de l'ancien Président américain, qui par son expansionnisme tentait d'entrer très profondément dans la sphère d'influence de la Russie ? L'Ukraine et la Georgie en particulier sont des Etats qui par le passé faisaient partie de l'Empire soviétique. Il est forcément difficile pour les russes d'imaginer ces deux pays faire partie de l'OTAN. Et c'est la raison de leur actuelle mauvaise entente avec la Russie. Dans le cas de la Georgie, "mauvaise entente" c'est même un euphémisme. Ces pays ont bien sûr droit à l'autodétermination. Mais pour éviter que cette entrée dans l'OTAN s'accompagne d'une trop grande perte d'influence régionale pour la Russie, ne devrait-on pas associer la Russie à cette organisation ? On peut même aller plus loin : depuis la dissolution du Pacte de Varsovie, cette organisation a-t-elle encore un sens ? Ne faudrait-il pas la fondre dans une alliance militaire plus globale, mieux adaptée aux menaces actuelles ? En particulier, les mêmes menaces que celles que connaissent l'Europe ou l'Amérique du Nord pèsent aussi sur la Russie ou le Japon. Et quand on a des intérêts communs, il est préférable de s'allier.

Quant au bouclier anti-missiles, il est vrai que les gesticulations des Russes pouvaient étonner. Il ne s'agit que d'une arme défensive, et ils ne peuvent se sentir menacée par elle que s'ils voient leur propre arsenal militaire comme une défense contre celui de l'OTAN. Il faut donc croire que c'est bien ce qu'ils pensent. Alors le problème n'est pas le bouclier anti-missiles, mais bien la menace que représente l'OTAN dans leur esprit. Si M. Obama veut relancer ses relations avec la Russie, il faudra donc crever cet apcès. La solution n'est pas d'abandonner le bouclier anti-missiles comme il l'a annoncé cette semaine, mais bien d'intégrer la Russie dans ce bouclier. Pour lui prouver que la Russie n'est pas considérée comme une menace et pour prouver en même temps que l'OTAN peut aussi protéger la Russie. D'autant que la menace, qu'elle soit iranienne ou nord-coréenne, est elle bien réelle. Il ne faut pas baisser la garde et montrer de la fermeté à ces deux pays.

Bref, demain et après-demain, notre pays reçoit en grandes pompes ce Président russe si peu aprécié par nos médias. Les droits de l'Homme et la démocratie seront sûrement abordés. Mais le principal sujet de discussion sera sans doute économique. Va-t-on importer du pétrole russe pour remplacer celui des Kadhafi ? Va-t-on importer du gaz russe à la place de celui de l'Iran ? L'avantage en tout cas, c'est que Medvedev n'imposera pas à Micheline Calmy-Rey de porter le voile pendant leurs discussions ! Et bien sûr, la Russie est déjà un partenaire financier important pour nos banques. Un accord de double-imposition serait donc le bienvenu.

Je pense donc que nous devons accueillir comme il se doit le Président de ce grand pays qui nous fait l'honneur de sa visite. Pour montrer ses bonnes intentions, il s'est fait précéder de deux beaux oursons pour remplir notre fosse aux Ours si vide aujourd'hui. C'est à prendre comme un cadeau destiné à montrer ses bonnes intentions, comme la diplomatie en faisait beaucoup par le passé. Et je suis sûr que sa visite débouchera sur une grande amélioration de nos relations billatérales. Un accord de libre échange n'est d'ailleurs pas exclu. Et par les temps qui courent, avoir de bonnes relation avec un grand état est suffisamment rare pour être souligné. Je dis donc bienvenue à M. Medvedev, et j'espère que mes compatriotes ne vont pas lui réserver un accueil trop glacial. S'il se sent bien dans notre pays, si en particulier on ne lui prépare pas des manifestations dans chaque lieu où il passera, il pourrait être bien plus enclin à améliorer les relations entre nos deux pays.