22/08/2009

Est-ce la fin de la Suisse isolationniste ?

Ces derniers mois les évènements se succèdent à rythme soutenu. Attaquée de toutes parts, la Suisse prend l'eau. D'abord par la France et l'Allemagne. Les deux puissants voisins sur lesquels nous avions cru pouvoir compter pour nous défendre quand on s'en prenait à nous. Mais désormais nous savons ce qu'il en est. Ils ne souhaitent plus qu'une chose nous concernant : que notre arrogance si insupportable soit ravallée, que nous subissions des revers politiques en série. Leurs attaques n'ont d'ailleurs pas mis longtemps à donner des résultats. Nous avons tout cédé en fin de compte. Tout ce que nous nous étions dit prêts à défendre corps et âme, nous l'avons abandonné. Notre secret bancaire, garant de la protection des données privées, ne sera plus assuré. Finalement, il faut bien avouer que Peer Steinbrück avait raison. La Suisse est bel et bien une réserve d'indiens fuyant devant la cavalerie.

Les attaques américaines ensuite. Ce que le Conseil Fédéral considère comme une victoire, à savoir la levée des poursuites contre UBS, est pour la confiance dans le système bancaire helvétique une cuisante défaite. Car plus un client américain ne choisira la protection de notre système bancaire désormais. Pas que sur un plan moral, ça ne soit pas une bonne chose que les fraudeurs ne puissent plus bénéficier de notre bienveillante protection. Mais dans ce cas, pourquoi tant de places financières continuent-elles à offrir les services que nous ne pourrons plus assurer ? Et quand on sait quels états se cachent derrière ces paradis fiscaux, on a de quoi s'interroger sur les intentions de nos accusateurs. Parmi ces paradis du fraudeur, on trouve les îles Caymans et les îles anglo-normandes (protectorats britanniques), les Bahamas (membre du Commonwelth) et surtout l'état américain du Delaware ! Et étrangement, personne n'a demandé aux USA et à la Grande-Bretagne de mettre de l'ordre dans leurs propres affaires avant de faire des réclamations. L'OCDE, qui se dit pourtant au service de tous ses états membres, semble plutôt au service de ses membres les plus puissants.

N'en déplaise à ceux qui se félicitent d'un glissement de la Suisse vers la moralité. Les attaques qu'a vécues la Suisse n'ont aucune visée morale. Il s'agit d'une guerre économique. Et notre défaite est totale. Nous sommes rentrés dans le rang et d'autres pourront récupérer les bénéfices que ne feront plus nos banques. L'UBS a sans doute gagné dans cette affaire, mais pas la Suisse.

Et maintenant, nous avons assisté impuissants, à la pire humiliation que pouvait subir notre pays. Lorsque nous perdons face à de grands pays, lorsque nous savons qu'au fond la moralité y a gagné, nous pouvons encore accepter la défaite. Mais lorsqu'il faut céder face à un dictateur honni du monde entier, président d'un pays dont la seule puissance est pétrolière et surtout à un assassin notoire, seule l'incompréhension subsiste. Nous avons dû nous excuser de fautes que nous n'avons pas commises. Le Président de la Confédération a dû désavouer le travail de fonctionnaires qui n'ont fait que ce que la loi leur demandait de faire. Il s'agit d'un des jours les plus noirs pour notre pays, comme l'aurait peut-être dit Jean-Pascal Delamuraz. Nous récupérerons peut-être nos deux concitoyens bloqués à Tripoli. Mais en contrepartie, nous avons livré notre âme, notre honneur. "Tout est perdu fors l'honneur" avait dit François Ier après sa défaite à Pavie. "Tout est sauvé fors l'honneur" scande aujourd'hui le Conseil Fédéral. Mais l'honneur ne mérite-t-il pas qu'on se batte pour lui ? N'est-ce pas l'ultime pré carré d'un état ? Lorsqu'on a tout perdu, si la fierté nationale a disparu, que reste-t-il au peuple ?

Tout cela montre une chose : la Suisse n'a plus l'aura que nécessite ses ambitions. Elle est isolée. Lorsqu'un dictateur méditérannéen déclare qu'on doit démembrer la Suisse, nos voisins qu'on croyait amis gloussent sans aucune gêne et tendent le stylo à ce dictateur pour signer un contrat ! Toutes les négociations que la Suisse entreprend se terminent par un total abandon. Et c'en est assez. Certains prétendent que dans l'Union Européenne la Suisse aurait subi les mêmes attaques. Et pourtant personne n'ose s'en prendre au Luxembourg. Personne n'ose s'en prendre à Chypre. Quant à l'Islande, c'est au moment où sa faiblesse se fait réellement jour qu'elle devient pro-européenne. Ces états sont encore plus petits que la Suisse. Mais leur statut de membres ou futur-membres de l'UE leur confère une protection que la Suisse a perdu depuis longtemps. Au contraire, elle est même attaquée par ses voisins et partenaires. Il est temps que ça change. Et si ces évènements servaient à ouvrir les yeux à un nombre suffisant de Suisses pour faire pencher la balance, alors tout cela n'aura pas été vain.

19/05/2009

De qui se moquent les dirigeants de l'UBS ?

De nous bien sûr. Des contribuables de ce pays qui avons financé un plan de sauvetage de la banque et qui semblons si idiots que nous ne sommes pas capables de réagir face aux sornettes qu'ils répètent sans cesse.

Premier épisode. après avoir reçu sept milliards de la Confédération, et sans parler des trente milliards de la banque nationale, ils annoncent verser deux milliards de bonus à leurs collaborateurs. Bien sûr, je ne veux pas de mal aux employés de l'UBS. Et je ne souhaite pas qu'ils doivent vivre avec des clopinettes. Mais tout de même. Si ça n'avait pas été l'UBS, on n'aurait jamais aidé la société en difficulté ! Et elle s'en serait tout de même sortie malgré tout, ça j'en suis sûr ! En demandant à ses employés de faire un effort, en licenciant une partie d'entre eux malheureusement, elle aurait réussi à revenir d'elle-même dans les chiffres verts ! Mais voilà, c'est l'UBS, une banque dans laquelle la moitié des politiciens de ce pays ont des intérêts privés et qui dispose d'un gigantesque lobby à Berne, et à ce titre, elle mérite une aide spéciale...

Second épisode. La banque annonce le licenciement de deux mille collaborateurs. Ainsi, non contente de piller les deniers publics et de les utiliser pour verser des bonus, elle se permet de mettre une partie de son personnel au chômage. A la charge des cantons donc. N'aurait-on pas mieux fait de ne pas verser les bonus et de licencier moins de personnel ? Je suis sûr qu'expliqué comme ça la plupart des employés l'auraient compris...

Troisième épisode. (mais sans doute pas le dernier) La direction vient d'annoncer que pour faire face à l'exode du personnel le plus qualifié, elle a décidé d'augmenter les salaires ! Et certainement pas les salaires des employés de base qu'on a de toute façon décidé de licencier, mais plus certainement des cadres ! La raison invoquée ? On pense que le "bas revenu" pousse ces gens à fuire la banque.


Mais que croient-ils ? Qu'on peut annoncer des milliers de licenciements et créer ainsi une ambiance extrèmement malsaine et en même temps espérer que les meilleurs éléments vont rester, fidèles au poste ? Il est clair que dans cette situation, si on a l'occasion de partir, on le fait ! Et ça n'est jamais les plus mauvais qui partent en premier, surtout en temps de crise lorsque les places dans d'autres établissements se font rares. Une augmentation de salaire n'y changera rien. Mais peut-être qu'il y a une autre raison à ces augmentations ? Peut-être sont-elles destinées à compenser la diminution de revenus de la direction avec la baisse des bonus ? Non je n'ai rien dit. Je vais passer pour une mauvaise langue...