27/06/2010

Aux pro-européens turcs

Je suis Suisse et Français, mais ici je m'exprime plus souvent en tant que Suisse. Mais aujourd'hui, c'est en tant qu'Européen que je vais m'exprimer. Cet appel, lancé par un supporter de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne s'adresse aux forces politiques turques qui souhaitent toujours cette entrée.

Il y a presqu'un an, j'ai écrit ce billet. A l'époque, je me disais que la demande d'adhésion de la Turquie à l'UE devait être prise en compte, car cela aiderait ce grand pays, en partie européen, à se diriger vers les nécessaires réformes de ses institutions. Mais depuis, mon opinion a largement évolué. Je ne pense plus que la Turquie actuelle, dirigée par Recep Tayyip Erdogan, n'a une chance de faire un jour partie de l'organisation européenne. A l'époque je pensais pourtant qu'il fallait tenter de traiter avec lui, puisque c'est le premier ministre dont la population turque s'était légitimement dotée. Et comme il a toujours répété vouloir faire entrer son pays dans l'UE, j'espérais qu'il était prêt à conduire les réformes qui pourrait permettre à la Turquie de légitimement attendre une réponse favorable de l'Union. Mais aujourd'hui je pense qu'il n'en est rien. Je me demande même si le but de Erdogan n'est pas de provoquer le rejet de la part de l'Union Européenne et la déception de sa population pour pouvoir se tourner vers d'autres alliances.

turkish_pm_erdogan-_with_ahmadinejad.jpgEt aujourd'hui, alors que le monde se dirige à grand pas vers une bipolarisation sur fond de crise pétrolière, (voir ici) Erdogan montre enfin  quel camp il tente de faire choisir à son pays. L'affaire des "bateaux de la paix", dans laquelle des pseudo-ONG islamistes proches du pouvoir turc ont été à l'origine d'une provocation unilatérale d'Israël, montre bien qu'Erdogan fait tout pour se débarrasser des anciennes alliances. Israël est le premier à en faire les frais. Mais l'Europe  et les Etats-Unis suivront. Et en soutenant désormais ouvertement le Hamas, la Turquie montre que les nouvelles alliances qu'elle cherche à tisser se trouvent du côté de l'Iran, principal mentor des extrémistes palestiniens.

Si la Turquie devait se tourner vers l'islamisme radical, ça serait un terrible retour en arrière. N'oublions pas que cet état, sous l'impulsion de Mustafa Kemal Atatürk, après la défaite durant la première guerre mondiale, a fait le choix de la laïcité. Une modernité que beaucoup d'états européens n'avaient pas encore choisi à l'époque. Depuis lors, l'histoire de la Turquie s'est fondue dans celle de l'Europe. Durant la guerre froide, elle a même été un maillon vital de l'Alliance Atlantique. En effet, sa position géographique a permis à l'OTAN de verrouiller la sortie de la mer Noire sur la Méditerrannée ainsi que le sud du rideau de fer.

Aujourd'hui, Erdogan est sur le point de mettre fin à cette imbrication de l'histoire turque avec l'histoire européenne. Un rapprochement avec les Perses serait contre nature, tant la Turquie s'en est éloignée depuis longtemps. Tenter de recréer l'Empire Ottoman est de toute façon vain: je pense que le rapport de force qui va s'établir au sein d'une telle alliance va plutôt servir l'Iran et c'est plutôt l'Empire Perse qui va être recréé ! Et au sein d'un tel ensemble, je ne donne pas cher de la démocratie et de la laïcité turques...

Alors si vous souhaitez encore que votre grand pays rejoigne l'Union Européenne, je n'ai qu'un conseil à vous donner: débarrassez-vous d'Erdogan ! Remettez au pouvoir des forces dignes de l'héritage d'Atatürk. Des forces prêtes à tout pour défendre la laïcité et la démocratie. Des forces prêtes à réformer l'armée et le gouvernement. Des forces prêtes à reconnaître le génocide arménien et à normaliser les relations avec la minorité kurde. Des forces, enfin, prêtes à s'attaquer à la problématique de la division de Chypre. Si de telles forces existent en Turquie, il faut qu'elles soient mises au pouvoir pour relancer un rapprochement avec l'Europe. Sans cela, la Turquie va faire un retour en arrière historique de près d'un siècle et sombrer dans l'obscurantisme. Démocrates turcs, il n'y a que vous qui puissiez empêcher cela !

07/07/2009

La Turquie doit-elle entrer dans l'Union Européenne ?

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'en déposant une demande d'adhésion, la Turquie a mis les Européens devant un dilemme. Deux camps bien tranchés se sont immédiatement fait jour et il s'agit depuis d'un des plus gros motifs de discorde au sein de l'Union. Et c'est une première, car lors des précédents élargissements, les voix qui se sont opposées par principe aux nouvelles adhésions étaient rares. A la suite de la chute du rideau de fer, l'Occident avait accueilli à bras ouverts ces pays frères qui avaient, l'espace de quelques décennies, quitté le giron familial. La seule question qui se posait réellement concernait le niveau de vie de ces pays et la période transitoire durant laquelle ces pays allaient devoir rattraper les pays occidentaux. Ainsi que dans certains pays, un déficit démocratique qu'il fallait combler avant l'entrée de ces pays. Mais sur le fond, il n'y a jamais eu de réel problème. Il a toujours été considéré comme normal de les accueillir pour autant qu'ils le souhaitent.

Par contre, en ce qui concerne la Turquie, le problème est bien plus profond et touche à l'idée même qu'on se fait de l'Union Européenne. Souhaite-t-on qu'elle soit un simple espace de libre-échange ? Voire un instrument pour se renforcer mutuellement et avoir plus de poids face aux autres grandes puissances économiques ? Ou veut-on aller plus loin et la voit-on comme une association de pays qui se sentent proches les uns des autres et qui veulent bâtir un avenir commun ? Dans ce dernier cas, il y a de fortes chances qu'on ait une appréhension à y voir entrer un grand pays musulman. La question est donc plutôt ardue.

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