02/09/2010

En 2010, la paix au Proche Orient est-elle négociable ?

Barack Obama semble le croire en tout cas. Il semble vouloir marcher sur les pas de Bill Clinton en finissant son oeuvre inachevée. A moins que l'idée ne soit d'une Hillary soucieuse de remettre le rêve de son mari sur les rails. Quoiqu'il en soit, c'est pour d'intenses négociations que Barack Obama a convié Benyamin Netanyahou et Mahmoud Abbas. Mais la situation se prête-t-elle à ces négociations ? Peut-on comparer la situation actuelle avec celle qui prévalait à l'époque de Clinton ? Rien n'est moins sûr.

obama-abbas-netanyahu.jpgD'une part, côté israélien, on continue une colonisation de la Cisjordanie qui réduit peu à peu le territoire d'un possible état palestinien à peau de chagrin. La volonté de laisser cette région accéder à l'indépendance semble plus absente que jamais. Pour ce qui est de Gaza, ce territoire reste sous l'emprise d'un blocus, bien sûr nécessaire à la sécurité d'Israël, mais également problématique dans l'optique de la résolution du conflit. Et surtout, on peut se demander quelle est la crédibilité d'un Mahmoud Abbas pour négocier un tel traité alors qu'il ne contrôle plus Gaza depuis des années. Un traité quel qu'il soit, ne peut être signé que par un dirigeant faisant largement consensus, ou à défaut, par toutes les parties. Et même si le Hamas prétend vouloir la paix, il est plus que douteux qu'il soit prêt à parapher un accord de paix, surtout s'il devait lui faire perdre de fait son emprise sans partage sur Gaza.

Sans parler de la solution des deux états. Elle est relativement peu satisfaisante du fait de la séparation des peuples qu'elle impose. Comment réconcilier deux peuples vivant sur un même territoire, s'ils ne sont même pas prêts à partager un même état , ni même accepter la présence de l'autre sur son territoire ? Mais le fait est que ni du côté israélien, ni du côté palestinien, on n'est prêt à accepter de partager le pouvoir politique avec l'autre. Et les vues politiques des deux camps ne semblent pas du tout conciliables. Donc finalement, la séparation des peuples semble la seule voie envisageable pour l'instant. La vraie réconciliation pourrait venir plus tard, peut-être au travers de l'intensification des échanges commerciaux. L'Europe pourrait avoir un rôle à jouer au travers de la création d'une grande zone de libre-échange dans la Méditerrannée.

Bref, je suis assez sceptiques quant aux chances de succès de ces négociations. Mais finalement, ça ne serait pas la première fois que la lassitude de la guerre conduirait à un miracle. Donc je suis prêt à recommencer à espérer. Très timidement. Et souhaitons bonne chance aux négociateurs.

20/10/2009

Et si on cessait l'angélisme ?

Oui, car comme on peut le lire dans le Matin aujourd'hui, la politique actuelle du Conseil Fédéral peut amener nos otages à poser leurs valises (qu'ils n'ont plus) en Libye encore huit années supplémentaires, à l'instar des infirmières bulgares !

On ne négocie pas avec la Lybie comme on le fait avec la France ou l'Allemagne. (et même là on ne peut pas dire que nous soyons très doués...) Lorsqu'on sort d'Europe ou d'Occident, les mentalités changent. Pour ma part, j'ai pas mal voyagé professionnellement et j'ai pu constater à quel point la notion de partenariat qui nous est chère, est une notion purement occidentale ! La plupart des cultures considèrent une négociation comme un rapport de force, dans lequel on se doit d'obtenir le maximum de son adversaire. Dans ces conditions, il est évident qu'on ne doit rien lâcher "dans le but d'obtenir", mais qu'on doit avoir un accord préalable. Ce que le Président Merz a fait est donc une grosse erreur et les otages en payent aujourd'hui le prix.

Dans une négociation, il faut donc s'assurer de posséder quelque chose que son adversaire convoite. Pour l'instant ça n'est pas le cas. La Suisse a abattu toutes ses cartes d'emblée et la Libye n'a rien à gagner en échange des otages. Dans ces conditions, le clan Kadhafi ne voit aucune raison d'honorer ses promesses. Cette façon de procéder heurte profondément notre sens de la justice, mais elle est normal pour beaucoup de cultures. Donc, maintenant qu'il est clair que la Lybie ne respectera pas ses engagements, il faut immédiatement durcir la position suisse. Ce qui signifie en particulier :

- Cesser tout échange économique avec la Libye. L'Algérie nous avait fait la proposition de remplacer le brut libyen par le sien. Il est temps d'accepter cette proposition. Et si Tamoil Suisse refuse d'importer ce brut algérien, il faut placer l'entreprise sous administration fédérale temporaire, pour raison stratégique évidente.

- Bloquer immédiatement tous les comptes de la famille Kadhafi, pour autant qu'il en reste. (ceci aurait dû être fait il y a un an au moins...)

- Annuler tous les visas et tous les permis de travail accordés à des Libyens. Seules les personnes bénéficiant d'un statut de réfugiés ou de requérants, ainsi que le personnel diplomatique peuvent rester en Suisse.

- Bloquer l'accord signé en août, compte tenu du non-respect des conditions par la partie adverse.

Une fois ces conditions remplies, nous devons exiger de rencontrer les otages et savoir où ils se trouvent. Si nécessaire, nous pouvons demander à un pays tiers (la France ou l'Italie puisque, apparemment, ils nourrissent de bien meilleures relations avec ce pays que nous...) de servir d'intermédiaire pour faire connaître nos exigences à la Libye.

Je pense qu'un retour rapide des otages est à ce prix. Mais bien sûr, il faut être prêts à perdre des plumes sur le plan économique. Notre pays est-il prêt à faire cela ? Je l'espère, car si nous faisons passer la vie de deux personnes après notre approvisionnement en pétrole libyen, ça veut dire que notre pays n'a aucune morale. J'aurais donc vraiment honte de ce qu'est devenu notre pays...