09/10/2009

La rémunération des témoins peut-elle être utlisée dans un état de droit ?

Megrahi, pour ceux qui ne s'en souviendraient pas, c'est le Lybien condamné pour l'attentat de Lockerbie, qui a été libéré voici quelques semaines, "pour raisons humanitaires" par la justice écossaise. Sa culpabilité a été établie grâce à un faisceau d'indices assez mince, mais irréfutable. Parmi les preuves, il y a un témoignage clé, celui du propriétaire d'une boutique maltaise, qui a reconnu Megrahi comme étant la personne ayant acheté un vêtement retrouvé dans la même valise ayant contenu la bombe. Sans ce témoignage, toute l'accusation aurait capoté. On peut donc dire que la condamnation de Megrahi a été obtenue grâce à lui.

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Et bien Megrahi, qui n'a jamais cessé de clamer son innocence, avait fait appel sur la base d'un dossier contenant des preuves, qui avaient conduit la justice écossaise à accepter de rouvrir le dossier. L'appel aurait dû être jugé au début de l'année prochaine, ce qui bien sûr ne se fera jamais, compte tenu de la libération de Megrahi. Et bien malgré tout, Megrahi tient à faire connaître ces preuves et les a mises à disposition sur Internet. Voici ce qu'en dit le Guardian, journal britannique qu'on peut qualifier de très sérieux, dans son édition du 2 octobre :

Deux personnages clé ayant permis de prouver la culpabilité dans l’attentat de Lockerbie ont secrètement reçu des récompenses allant jusqu’à 3 millions de $ dans un arrangement discuté par les enquêteurs écossais et le gouvernement américain, selon des papiers légaux  parus aujourd’hui. Les preuves concernant les payements devaient être révélés dans un dossier d’appel que Abdelbaset al-Megrahi, le Libyen condamné pour le meurtre de 270 personnes dans l’attentat du vol Pan Am 103 en 1988.

Megrahi a abandonné son appel le mois dernier après que les gouvernements libyen et écossais soient arrivés à un accord concernant sa libération pour raison humanitaire, car il est mortellement atteint d’un cancer de la prostate. Maintenant à l’hôpital de Tripoli, Megrahi a dit qu’il voulait que le public puisse voir les preuves dont il affirme qu’elles auraient causé  sa libération.

"Je continue de clamer mon innocence – comment ne pas le faire?," a-t-il dit. "Je n’ai aucun désir de fâcher encore plus tous les gens qui ont été profondément affectés par ce qui s’est passé à Lockerbie. Mon intention est seulement de faire éclater la vérité."

Les documents publiés aujourd’hui sur le net par les avocats de Megrahi montrent que le département US de la justice (DoJ) s’est vu réclamer le payement de 2 millions de $ pour Tony Gauci, le vendeur maltais qui a donné des preuves cruciales pour le procès suggérant que Megrahi a acheté des vêtements retrouvés plus tard dans la valise où se trouvait la bombe de Lockerbie. (…)

La question qui se pose bien sûr, c'est de savoir s'il est normal de rémunérer un témoin pour faire son devoir, à savoir renseigner les autorités à propos d'un criminel. La réponse est évidemment non. Et il ne s'agit pas ici d'une légère rémunération, parfois utilisée pour obtenir des informations, mais de l'enrichissement du témoin capital d'une affaire non moins capitale. Il est évident qu'on trouvera facilement des témoins lorsqu'une telle somme est donnée en récompense. Pas forcément des vrais témoins. Et vu que cette méthode est difficilement justifiable autrement, on ne peut s'empêcher de penser que Gauci était un faux témoin fabriqué par les justices américaine et écossaise.

Dès lors, la libération tant décriée de Megrahi apparaît sous un nouveau jour. Il est bien pratique pour la justice écossaise de ne pas avoir à rouvrir ce dossier. Car l'aboutissement à un non-lieu serait une grosse catastrophe. Le peuple ne manquerait pas de demander des comptes à la justice. Et une nouvelle enquête devrait être réalisée pour faire véritablement la lumière sur cette affaire. Donc, une incompréhensible libération valait mieux que de devoir remettre toute cette affaire sur le tapis, avec à la clé l'évidence que la lumière n'a toujours pas été faite et qu'elle ne le sera probablement jamais, quelles qu'en soient les raisons.

Cela ne veut évidemment pas dire que Megrahi est innocent. Ca ne veut pas non plus dire que la Libye est un état exemplaire qui ne doit plus être cité comme état terroriste. Kadhafi ne trouve pas plus grâce à mes yeux. Mais cela pose des questions primordiales sur le fonctionnement de la justice de certains pays occidentaux, qui se disent démocratiques. De telles pratiques sont intolérables et s'il s'avérait qu'elles sont courantes, cela signifierait que nous sommes manipulés par les gouvernements, avec la complicité involontaire des médias qui ne parviennent pas à se positionner comme le nécessaire contre-pouvoir qu'ils devraient être. Et plus le temps passe, plus on découvre des affaires très louches et plus je suis persuadé que le monde occidental est pourri par le fascisme et la dictature...