23/06/2010

Tout va bien dans l'immobilier genevois ?

J'étais assez étonné par l'annonce de la BNS selon laquelle il existe une bulle immobilière et qu'elle risquait d'éclater prochainement. Non pas que cette affirmation soit dénuée de sens. Au contraire il faut être fou pour penser que les bulles financières puissent continuer à grossir indéfiniment sans jamais dégonfler. Non, ce qui m'a étonné c'est qu'il est très rare qu'on ose dire la vérité dans ce domaine. En général, on a trop peur justement de précipiter le dégonflement de cette bulle ! Il s'agit au contraire de bénéficier le plus longtemps possible des juteux bénéfices qu'elle permet d'engranger. Faire croire au consommateur qu'en achetant tout de suite il est assuré de payer moins cher qu'à l'avenir, c'est s'assurer qu'il ne va pas faire l'énorme bêtise d'attendre que les prix soient au plus bas pour acheter. L'économie a besoin de gogos pour fonctionner...

Donc, pourquoi avoir fait cette annonce ? Sans doute s'agit-il d'une erreur. Une parole malheureuse lâchée par un porte-parole trop honnète. Et la réaction des milieux concernés ne s'est pas faite attendre. Dans l'édition d'aujourd'hui, la Tribune donne la parole aux milieux immobiliers, qui comme prévu nous certifient que la Banque Nationale a fait une erreur de jugement. En réalité, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Continuez à acheter braves gens, endettez-vous et participez à cet effet de bulle. La bonne santé du marché immobilier est à ce prix. Et tant pis si vous n'avez pas assez pour rembourser vos crédits. Ce ne sera plus alors le problème des entrepreneurs.

Il y a d'ailleurs un fossé gigantesque entre les intérêts des milieux immobiliers et ceux de la population. La préoccupation de cette dernière, c'est de pouvoir se loger à des prix corrects. Ce qui en réalité est composé de deux préoccupations distinctes: se loger et à prix correct. La préoccupation des milieux immobiliers, c'est de faire le maximum de bénéfices sur la construction. On pourrait croire que pour réaliser cela, il faille construire beaucoup. Mais au contraire, le mieux pour eux c'est de construire peu, pour diminuer les frais engagés et conserver une situation de pénurie et ainsi continuer à vendre les logements à des prix indécents. C'est bien cette situation qui leur permet de conserver la marge maximale.

Il est donc clair que les préoccupations de la population ne peuvent être réalisées, car elles sont inconciliables avec celle des milieux immobiliers. Donc les prix vont continuer à prendre l'ascenseur et la population va de plus en plus s'endetter pour acquérir des logements. Voir pour simplement payer un loyer. Jusqu'à ce que... trop de monde ne puisse plus rembourser! Alors la bulle va éclater et les prix vont redescendre.

Si on a un tant soit peu de jugeote, il faut donc refuser cette situation et attendre un meilleur moment pour faire l'acquisition d'un logement. Un de ces jours, la bulle immobilière va se dégonfler comme l'a prédit la BNS. Et alors, il sera très facile de trouver des logements à un prix raisonnable...

10:23 Publié dans Economie, Genève | Tags : immobilier, crise | Lien permanent | Commentaires (8)