06/08/2009

Il y a soixante-quatre ans, Hiroshima...

CGP-038.jpgIl y a soixante-quatre ans aujourd'hui, le 6 août 1945 Paul Tibbets pilotait l'Enola Gay, un B-29 transportant une charge spéciale, un prototype qui devait être utilisé pour la toute première fois dans une attaque réelle. Une bombe d'un tout nouveau type qui n'avait été testée pour la première fois que deux semaines auparavant. C'était l'accomplissement du projet Manhattan qui avait mobilisé de nombreux physiciens depuis des années. Et ce projet avait accouché d'un monstre. "Little boy", la bombe à laquelle Tibbets faisait traverser le Pacifique, avait une puissance phénoménale. Pour la première fois depuis le début de la guerre, un seul avion, occupé par un petit équipage, avait le pouvoir de raser toute une ville.

La deuxième guerre mondiale était une sale guerre. Peut-être une des pires de toutes. Les nations du monde entier se sont déchirées durant six années. Combien de villes ont été rasées par des tapis de bombes ? Combien de vies innocentes ont été anihilées à jamais par cette violence inouie hiroshima_champ.jpg? Ne fallait-il pas que ça cesse ? Deux petites villes martyres ne valaient-elles pas toutes les vies sans doute économisées par la suite grâce au point final que cet évènement à mis à la guerre ? C'est une question dont on pourrait parler pendant des heures. Sur l'instant, je suppose que ce terrifiant déferlement de violence avait un sens. Tout le monde en avait assez. Les militaires voulaient rentrer dans leurs foyers. Les autres voulaient retrouver la quiétude de la paix. Il était temps que tout cela cesse. Mais si une réflexion sur le plus long terme avait eu lieu, il est possible que toute la folie qui a suivi aurait pu être évitée.

Ainsi, si à l'époque Little boy ainsi que son successeur "Fat man", largué sur Nagasaki trois jours plus tard, ont eu le pouvoir de précipiter la fin de la guerre, le développement de l'arme nucléaire a aussi eu pour conséquence de plonger le monde dans la terreur pour des décennies. Trente-cinq années de guerre froide ont suivi la fin de la guerre. Une guerre froide sur fond de course aux armements, menant en définitive à l'absurde situation où chaque camp possède le pouvoir de raser l'ensemble de la planète plusieurs fois. Une guerre froide qui a mis face à face les anciens alliés. Une guerre froide enfin, dont les ferments sont toujours présents et qui pourrait être relancée à n'importe quel moment.

Et même si la guerre froide est terminée, lui a succédé une menace encore plus grande : la prolifération. Désormais n'importe quel état peut se doter de l'arme suprême. Et les pires dictateurs ne se gênent pas de lancer des programmes nucléaires très ambitieux. Kim Jong Il, le leader nord-coréen, est même à un cheveu de parvenir à faire aboutir le sien. Désormais le temps est compté. Si le monde ne veut pas se réveiller un matin et s'apercevoir qu'il faut désormais compter avec une Corée du Nord devenue puissance nucléaire, il ne faut plus tarder à montrer les dents pour faire cehiroshima_afterbomb.jpgsser ce programme. Barack Obama a exhorté les nord-coréens à cesser ces provocations. Mais je pense qu'il se trompe lourdement s'il croit qu'il ne s'agit que de provocations. Et il pourrait ainsi se rendre responsable d'une erreur historique. Une erreur qui conduira le monde dans une nouvelle escalade. Pour éviter cela, il n'y aura qu'un seul moyen : mouiller sa chemise et montrer sa puissance. La diplomatie que l'administration américaine déploie sans cesse est perçue par la Corée du Nord comme une faiblesse. A raison sans doute...

Aujourd'hui, durant la commémoration de l'attaque, le maire d'Hiroshima a plaidé pour un monde sans arme nucléaire dans vingt ans. Il s'agit clairement d'une utopie. Mais c'est une utopie dans laquelle je veux croire. Le vingtième siècle aura été le siècle de la guerre et de la destruction. Faisons du vingt-et-unième siècle celui de l'espoir et du progrès...

20:12 Publié dans Histoire, Monde | Tags : hiroshima | Lien permanent | Commentaires (4)