06/05/2010

Révolution grecque ? Révolution mondialisée ?

Ce qui devait arriver est-il en train de se produire ? Malgré l'apparent bol d'air fourni par les membres les plus puissants de la zone Euro et par le Fonds Monétaire International, la Grèce s'enfonce dans le tourbillon d'une tornade économique que rien ne semble pouvoir arrêter. La Grèce qui par sa frivolité budgétaire est la première à sombrer, mais sans doute pas la dernière. Comme je le rappelais il y a quelques jours dans ce billet, l'hystérie keynésienne avec laquelle on a tout fait pour sauver la haute finance au détriment de l'économie publique a un prix. Celui de l'endettement public porté à son paroxysme. Celui d'une crise bien plus terrible que celle à laquelle on a presque échappé.

Le mécanisme est à la fois simple et complexe. Restrictions budgétaires drastiques. Arrêt de l'investissement public. Baisse des prestations sociales. Economie privée souffrant du manque d'investissements publics. Licenciements massifs. Augmentation du chômage coordonné à la chute du social. Troubles sociaux. Révolte. Renversement du gouvernement. Érection de guillotines. Boum font les têtes sur les pavés.

J'exagère ? J'espère bien. Mais je vois mal aujourd'hui comment arrêter tout cela. D'autant que la crise ne restera pas une simple crise grecque. Dans une économie mondialisée, les crises sont également mondialisées. Et si les crises mènent à des révolutions, ces révolutions sont à leur tour mondialisées. Et dans le fond, on peut se demander si ça n'est pas le mieux qui puisse se produire. Ce monde où le pouvoir économique repose entre quelques mains avides et où les gouvernements ne sont que de pacotille et font des courbettes devant le vrai pouvoir a quelque chose de fondamentalement malsain. Il est temps que ça change. Que le pouvoir revienne aux mains du peuple. Si possible dans le calme. Mais il est possible qu'il ne soit  déjà plus question de révolution pacifique. Est-ce le début de la fin ? On devrait en savoir plus dans les semaines à venir. D'autant plus que les évènements semblent évoluer rapidement.

Je ne parle évidemment pas ici de la Suisse qui devrait, heureusement, rester passablement préservée. Sa santé budgétaire pourrait être citée en exemple en Europe. Mais il ne faut pas se faire trop d'illusions. La dépendance de la Suisse vis-à-vis de l'économie européenne est aussi forte que si elle faisait partie de l'Union Européenne. Et juste un tout petit peu moins que si elle faisait partie de la zone Euro. Alors tout cela aura aussi des conséquences pour nous. Peut-être pas ou peu de troubles, mais des moments difficiles sont à prévoir.

29/04/2010

La grande faillite des plans de relance européens

On vous avait chanté les louanges de ces fantastiques plans de sauvetage que tous les pays développés ont lancé pour sauver leurs principales institutions financières. Même la Suisse, avec son gros plan de sauvetage de l'UBS, s'était jointe à cette grande action mondiale, censée sauver le monde d'un naufrage économique d'ampleur stratosphérique! Pour vous démontrer la nécessité de tels plans, on vous a rappelé que lors de la grande dépression des années trente, on avait cru qu'il ne s'agissait que d'une adaptation des marchés, que les branches pourries allaient casser et que les autres allaient les remplacer. Mais selon eux, si la crise s'est éternisée, c'est parce que ce mécanisme ne fonctionne pas. Lorsque l'économie chute, elle cale et ne parvient pas à redémarrer.

Ils suivaient en cela les théories de John Maynard Keynes, pourtant tombées en désuetude, qui avait analysé les raisons de la dépression. Ces théories, qui n'avaient jamais vraiment été confrontées à la pratique, ont alors été suivies à la lettre. Après la chute de Lehman Brothers, on s'est évertué à ne plus laisser tomber les banques d'investissement, pourtant largement responsables de la crise ainsi que de leur propre situation. Les états ont instantanément trouvé des sommes faramineuses pour sauver de la faillite ces géants financiers. Ces mêmes états étant pourtant eux-mêmes dans une situation économique assez difficile et en déficit chronique. Les milliards ont alors plu sur le monde bancaire. Jusqu'il y a peu, on s'est félicité un peu partout de la grande clairvoyance des gouvernements qui ont évité une grande partie de la crise. Pourtant les signes étaient là. Le G20, qui avait pour mission de créer une nouvelle régulation de la finance mondiale, n'a-t-il pas acouché d'une souris en ne réussissant à se mettre d'accord que sur des lois anti-"paradis fiscaux" ? Pourquoi la fiscalité était-elle la cible de ces grands états, alors qu'ils auraient dû se fixer sur les causes de la crise ? La réponse est simple pour qui veut la voir: tous ces grands états sont des colosses aux pieds d'argile. Ils se sont mis dans une situation budgétaire intenable avec leurs gigantesques plans de relance et recherchent maintenant le moindre revenu qui pourrait leur permettre de sauver leur peau. Mais rien n'y fera. Ils sont condamnés.

La situation est maintenant assez surréaliste. Ceux qui ont déclenché la crise sont toujours là. L'énorme manne financière qui leur a été fournie leur a évité les pourtant indispensables réformes qui auraient pu les assainir. Sans être la cause première de la crise, la reprise du système de rémunération variable pratiqué auparavant avant même le retour aux chiffres noirs prouve bien que le système est totalement pourri de l'intérieur. Tout est donc à nouveau en place pour qu'une nouvelle catastrophe financière se produise. Tout ce qui change, c'est que les états sont totalement démunis. Au prochain crash, ils ne pourront plus rien faire pour sauver les banques.

D'ailleurs, ils n'auront sans doute pas le temps d'avoir qui que ce soit à aider. Car après le gigantesque transfert de fonds dont les milieux financiers ont bénéficié au détriment des états, les premières victimes risquent bien d'être les états eux-mêmes. En Europe particulièrement, l'imbrication des économies risque de faire des dégâts sans précédent sur les économies publiques des grands états. D'abord les plus faibles vont être touchés. Mais il est évident que les grands états ne pourront pas les laisser tomber du fait de leur implication économique réciproque. C'est donc l'ensemble de l'Europe qui va sombrer dans la crise. Et le monde suivra. On a voulu éviter la crise. On a cru y être arrivé. Mais c'est bien connu en physique: rien ne se créé, rien ne se perd. C'est vrai pour l'énergie, mais c'est également applicable en économie. Lorsque de l'argent est artificiellement créé, cela fait un effet de bulle. Et toutes les bulles finissent par éclater. Si on cherche à les en empêcher, elles continuent à grossir et finissent de toute manière par éclater. Et alors, la catastrophe est bien plus gigantesque...