06/06/2013

Contre les frontaliers mais aussi contre les logements locaux

C'est ainsi qu'on peut résumer la position du MCG et de l'UDC quand on lit qu'ils s'opposent tous deux à la densification des zones de développement dans le canton de Genève. Si je trouve tout à fait respectable de vouloir favoriser le cadre de vie des Genevois, il faut tout de même comprendre ce que ça implique. Et je soupçonne ces deux partis de bien le comprendre mais de sombrer, une fois n'est pas coutume, dans le populisme pour soigner leur base électorale.

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21/03/2010

Et si le plus grand problème de Genève était l'imposition à la source des frontaliers ?

Suite au jugement du Tribunal fédéral accordant les mêmes déductions aux personnes imposées à la source qu'aux autres contribuables, Eric Stauffer parle de déposer une motion pour que Genève renégocie les conditions d'imposition des frontaliers avec la France. Et bien il a peut-être raison. Mais pas pour les raisons qu'il pense ! Il faut bien se rendre compte que la situation de Genève, où les frontaliers sont imposés dans leur pays de travail et non dans leur pays de résidence, est vraiment unique. La norme en Europe et même en Suisse, c'est l'imposition dans le pays de résidence. Genève profite donc largement de ce système d'imposition. Et il est évident que par les temps qui courent, il vaut mieux que la France ne se penche pas sur ce cas particulier. Car actuellement, le gros des impôts des frontaliers reste en Suisse et seule une petite partie est reversée aux municipalités de domicile. L'Etat français quant à lui ne touche rien du tout...

Dès lors, il est assez amusant de lire les anti-frontaliers dire que la France doit prendre en charge les frais pour les infrastructures nécessaires aux frontaliers. Car après tout, si la France ne touche pas un sou, pourquoi elle payerait quoi que soit ? N'est-ce pas plutôt à Genève de payer pour pouvoir profiter de cette main-d'oeuvre facile et nécessitant peu d'investissement ? Les municipalités de France voisine sont bien sûr plutôt riches selon les critères français, mais leur rôle n'est pas de payer les grosses infrastructures. Elles ne doivent investir que dans les infrastructures locales.

De l'autre côté, il faut aussi se demander pourquoi Genève payerait pour pouvoir loger ses travailleurs, alors que c'est financièrement beaucoup plus intéressant de les faire loger par la France. Dès lors, on ne doit pas s'étonner que le Conseil d'Etat ne fasse aucun effort pour régler ce qui est tout de même le principal problème de Genève, à savoir le manque de logement. De même, si on devait faire confiance au privé pour compenser les lacunes de la politique cantonale, on peut aussi se demander pourquoi les entrepreneurs construiraient plus de logements pour les vendre moins cher, alors qu'ils sont les premiers bénéficiaires de la pénurie...

Alors finalement, si la France imposait elle-même les frontaliers, ne serait-ce pas la solution à nos problèmes ? Cela ne forcerait-il pas nos autorités à chercher à attirer les employés des entreprises genevoises sur son territoire  pour compenser cette perte de contribuables ? Car je suis certain que peu de frontaliers le sont pour le plaisir. Il ne faut pas oublier que la libre circulation autorise toute personne au bénéfice d'un contrat de travail à s'installer en Suisse. Alors pourquoi les frontaliers restent en France ? Est-ce parce qu'ils prennent plaisir à passer des heures dans des embouteillages interminables ? Et si ce que certains affirment est vrai, à savoir que les employeurs genevois font de la sous-enchère sur les salaires des frontaliers, est-ce qu'un frontalier est heureux de gagner moins ? Ne préférerait-il pas gagner le même salaire que les résidents ? S'il lui suffisait de venir s'installer dans le canton de Genève pour bénéficier d'un salaire plus haut, pas de doute qu'il le ferait. Enfin s'il pouvait se loger à Genève...

Car finalement, si les frontaliers restent frontaliers et si les nouveaux arrivants dans la région s'installent majoritairement en France, c'est surtout parce qu'il est devenu impossible de se loger à Genève à bon compte ! Le seul moyen de payer un loyer correct, c'est d'être installé dans son appartement depuis longtemps. Si on veut changer de logement, les augmentations sont insuportables. Si on veut devenir propriétaire, il vaut mieux franchir la frontière cantonale, pour aller s'installer en France ou dans le canton de Vaud...

Bref, on peut se demander si la cause de tous nos souçis, ça ne serait pas ce mode d'imposition des frontaliers, qui favorise tellement la situation actuelle et qui empêche de trouver des solutions profitables à tous. (si on excepte bien sûr le canton, les employeurs et les entrepreneurs...)