07/05/2010

Crise grecque: échec européen ?

Ici ou là, on entend dire que la crise grecque est une démonstration de l'échec européen. Bien sûr, l'inclinaison politique de ceux qui prédisent la fin imminente de la construction européenne ne laisse aucune équivoque. Mais finalement la question ne peut pas être évitée. L'Europe est-elle vraiment en cause ? Mieux: sans la construction européenne, la crise grecque aurait-elle aussi pu se produire ?

En réalité, les causes de la crise grecque sont pûrement internes. Une gestion calamiteuse de ses affaires publiques et un manque à gagner chronique dans les perceptions de l'Etat. A la rigueur, on peut accuser les payements directs européens d'avoir encouragé le pouvoir à dillapider cet argent sans aucune retenue. On peut aussi l'accuser d'avoir manqué à son devoir en laissant la Grèce (et d'autres pays) s'enfoncer dans les dettes publiques sans aucun plan visant à diminuer le déficit chronique. Car il ne faut pas oublier que l'accession à la zone Euro a en principe un prix: le déficit et la dette publics doivent être sous contrôle. Mais sans doute que par les temps qui courent, où les grands états de l'Union n'ont pas hésité à faire plonger leurs budgets très profondément dans les chiffres rouges afin de venir au secours des banquiers, ils se sont faits moins regardants sur la dette des autres...

Alors fin de l'Europe ? Je dirais pour ma part qu'il y a quelque chose de rassurant quand on voit le plan d'aide qui a été mis en place. Certes on peut critiquer le taux d'intérêt pratiqué, mais après tout, les règles des marchés veulent qu'on fasse payer les risques plus élevés. Et à moins de se tourner vers une économie planifiée, je vois mal comment faire autrement. On ne peut prêter aux mauvais payeurs sans se couvrir. Sinon quel intérêt y aurait-il à rembourser ses dettes ? On peut aussi critiquer l'obligation faite à la Grèce de se lancer dans une politique d'austérité. Mais bon. A un moment donné, il faut quand même arrêter les frais non ? Bref, ce qu'il y a de rassurant dans ce plan, c'est qu'on voit bien que malgré les rechignements initiaux, l'imbrication réciproque des économies européennes oblige à la solidarité. Devenus frères, les pays de l'UE ne peuvent plus se laisser tomber! Et sans l'Union Européenne, la situation de la Grèce aurait été bien plus catastrophique encore.

Mais le simple fait que la crise se soit produite met en lumière un problème très profond: le manque de contrôle supra-étatique au sein de l'Europe. On ne peut pas mettre en commun ce qu'on a de plus stratégique, c'est-à-dire sa monnaie, sans mettre en place un organisme de contrôle centralisé fort pour vérifier le respect des règles. Il est impensable qu'un état de l'Union puisse se laisser aller de la sorte et que personne ne mette le doigt sur ce manquement! Pour faire un parallèle à une échelle réduite, immaginons un pays fait de 23 cantons qui partagent une monnaie unique (le franc) et qui gèrent leurs administrations de manière indépendante. Si l'un de ces cantons se mettait à montrer une frivolité comparable à celle du gouvernement grec, au point de mettre en danger la santé financière de l'ensemble du pays, serait-il remis à l'ordre ? Et bien sans tarder oui! Car le pouvoir centralisé de ce pays fédéral a tout pouvoir sur le plan économique et sa banque centrale est seule compétente pour gérer la politique monétaire.

Il en va malheureusement tout autrement de la zone Euro. Les états restent compétents pour fixer leur politique économique et la banque centrale européenne n'est qu'une mise en commun de toutes les banques centrales des états. Et c'est probablement la cause première de l'apparition de cette crise. Si l'Europe veut éviter un tel fiasco à l'avenir, elle doit plus centraliser sa politique économique et donner un pouvoir fort à l'Union pour imposer une politique budgétaire stable aux états membres, pour vérifier son application et, le cas échéant, mettre les états sous tutelle. En gros, elle doit s'inspirer du modèle suisse. Donc, la solution à ce problème n'est pas la fin de l'Union Européenne comme certains le prétendent, mais un approfondissement de la construction de l'Europe économique.