01/07/2013

La France comme la Grèce ?

Petit à petit la France s'enlise. Le gouvernement avait promis de maitriser le déficit. Sans pourtant vraiment expliquer, de manière réaliste en tout cas, comment il comptait y arriver. La solution choisie, hausses d'impôts à tout va, n'apporte pas le résultat escompté. Bien sûr les recettes de l'impôt sur le revenu augmentent. Mais dans un pays où beaucoup de monde ne gagne que 1100€ net par mois, étrangler les consommateurs n'est pas une bonne idée. Résultat: la consommation est en baisse et les recettes de la TVA et de l'impôt sur les carburants aussi. (voir ici, un tableau sans doute encore plutôt optimiste par rapport à la réalité)

Pire: une consommation en baisse implique une économie en récession. Et qui dit économie en récession dit licenciements, faillites, chômage. Au final, même l'impôt sur le revenu finira par en pâtir, car pour qu'il y ait impôt sur le revenu, il faut avant tout qu'il y ait revenu. Et au lieu de maîtriser le déficit, la stratégie du gouvernement finira par conduire à une plongée encore plus grave de la dette publique.

Quant aux dépenses publiques, on promet de les réduire, mais on peine à confronter les syndicats. Les dépenses publiques doivent être réduites, mais on ne sait pas comment y arriver. Alors on choisit la politique du pire: on réduit les investissements plutôt que le budget de fonctionnement. (voir ici par exemple) Non seulement on continue à privilégier une baisse de l'activité du secteur privé pour préserver la fonction publique, mais en plus on prétérite l'avenir.

Donc si la barre n'est pas redressée au plus vite, la France se dirige tout droit vers un scénario à la grecque. Peut-on encore équilibrer le budget ? Pas si sûr que ça soit encore possible vu le niveau abyssale de la dette et des intérêts à payer. Voir ici le compteur des intérêts de la dette. Et comparer avec le tableau des recettes fiscales sur mon premier lien. Ca fait frémir... L'impôt sur le revenu ne couvre que la moitié des intérêts de la dette. La TVA les couvre plus ou moins. Autrement dit, la majeur partie des recettes fiscales servent à payer les intérêts de la dette. Ce n'est qu'ensuite qu'on commence à financer l'Etat. Et pour ce qui est de rembourser la dette, on peut parler de science-fiction.

Payer des impôts c'est censé être utile. Ca sert à assurer le fonctionnement des services de l'Etat et à financer les infrastructures. Mais quand payer des impôts ne sert plus qu'à payer des intérêts aux banques et à enrichir des investisseurs, il y a un problème. C'est ce que vivent les Grecs, les Espagnols, les Portugais et c'est ce vers quoi se dirigent les contribuables français. Un scénario à la grecque n'est plus un risque, mais c'est presque une certitude.

Peut-être la barre peut-elle encore être redressée. Mais je ne pense pas que les deux partis au pouvoir depuis quarante ans et responsables de 100% du déficit public depuis lors soient capables d'opérer les changements de dogme nécessaires pour remettre l'économie privée et les finances publiques sur les rails. Il faudrait s'attaquer à la vraie source du problème, les coûts de l'Etat. Et surtout il faudrait améliorer les conditions cadres de l'économie privée et favoriser la consommation afin de relancer l'économie. Il faut également continuer à investir pour doper l'économie privée. C'est le seul moyen d'augmenter les recettes fiscales. Car lorsqu'il n'y a pas d'argent, il n'y a pas de recettes fiscales. Croire qu'il suffit d'augmenter les impôts pour augmenter les recettes fiscales c'est étonnant de la part d'un gouvernement dirigé par un président sorti de l'ENA !

Bref, je ne pense pas que le gouvernement actuel ou tout autre gouvernement pourra comprendre ça. Actuellement la politique économique et fiscale de la France et de pas mal de pays européens est dictée par les directives de Bruxelles, et à travers Bruxelles, de Berlin. Sans un président fort, capable d'imposer sa vision à l'Europe, la France est condamnée à connaître la situation de la Grèce, à plus ou moins courte échéance. Ca les électeurs français l'ont compris ou le comprendront bientôt. Il ne faudra donc pas s'étonner si au final, Marine Lepen tire les marrons du feu. C'est tout ce que gagneront les grands partis à force de s'entêter dans la même direction. Et le pire du pire, c'est que je pense qu'elle ne peut pas réussir plus mal là où les autres ont totalement échoué. Et c'est bien la première fois que je pense une chose pareille.

09/08/2011

2008 - 2011, deux crises séparées ?

L'économie mondiale est à nouveau en train de sombrer. Tous les spécialistes tentent de dire le contraire, car leur but est d'éviter que nous cessions de consommer. Il faut éviter que le climat économique tourne à la morosité générale. Mais qui peut croire que tout va bien se passer ? Non tout ne va pas bien se passer. La crise se profile bien à l'horizon. Si soudaine qu'elle était impossible à prévoir, nous dit-on.

Vraiment ? En réalité, cette crise n'est qu'une conséquence directe de la gestion déplorable de la précédente crise. En effet, en 2008, on nous a affirmé qu'il fallait tout faire pour sauver le système bancaire. Que sans cela, toute l'économie allait s'éffondrer. Et à court terme, c'était peut-être vrai. Il est possible que la crise que nous avons vécue en 2009 a été bien moins grave qu'elle n'aurait pu l'être sans l'intervention des états. Mais le problème de fond c'est la solvabilité des états. Qui pouvait croire que les états étaient capables de sortir de leur portefeuille des sommes se comptant en milliers de milliards ? Qui pouvait être assez naïf pour cela ?

Dans ce monde, l'argent ne se fabrique pas d'un coup de baguette magique. L'argent, se fabrique en créant de la dette ! Et si c'est vrai pour un particulier qui veut changer de voiture ou s'acheter un appartement, il en va de même pour les états. Et croire que des états déjà fortement endettés sont capable de débourser des sommes faramineuses au moment même où leurs revenus fiscaux sont en chute libre, il faut vraiment être fou. Ou être prévisionniste économique.

Malheureusement, comme on pouvait s'y attendre, les marchés n'ont rien appris. Tout ce qui a été fait, c'est retarder l'échéance. Les bonnes intentions des débuts du G20 sont restées lettre morte. Le système financier international n'a pas été assaini. Les incendiaires d'hier sont toujours en poste et reçoivent toujours leurs bonus faramineux comme récompense pour avoir réussi à piller les fonds publics. Les banques n'ont pas eu à changer leurs habitudes puisqu'elles ont échappé à l'incendie qu'elles ont elles-mêmes allumé.

La réalité, c'est que la crise grecque, la crise portugaise, la crise américaine, les futures crises italiennes, espagnoles, puis bientôt françaises et allemandes sont toutes des conséquences directes de la gestion à court terme de la crise financière de 2008. On a sauvé les banques, mais on a fait couler les états. Et au final, l'insolvabilité des états fera tout de même couler les banques et tout le système économique avec. Personne ne pourra venir en aide aux banques cette fois. Car le système d'autofinancement de la dette est arrivé à son point de rupture. Le niveau pharaonique de la dette au niveau mondial doit maintenant régresser drastiquement. C'est ce qu'on appelle la compression des marchés. En termes politquement corrects un "rajustement". Et l'argent créé artificiellement à partir de ces dettes doit disparaître.

Au final, le PNB mondial va beaucoup baisser. Et qui dit PNB en baisse dit moins d'argent, donc moins d'emploi. Les temps vont être rudes. Mais peut-être que c'est nécessaire. Car quand les gens comprendront enfin qu'on les prend pour des imbéciles, peut-être qu'ils se décideront à descendre dans la rue. Peut-être qu'ils comprendront enfin qu'on a fait d'eux les esclaves d'un système économique pourri jusqu'à l'os où quelques pontes manipulent tout y compris les gouvernements, dans le seul but de se remplir les poches. Une économie qu'on a voulu mondialisée, non pas pour faire progresser le tiers-monde, mais pour mettre les travailleurs de tous pays en concurrence et pour mieux les asservir. Peut-être qu'il faudra que les gens commencent à souffrir de la faim pour cesser de se laisser bercer par leur petit confort et par les illusions de la télé-réalité. Au final, il faudra peut-être passer par une table rase pour créer un monde nouveau où l'économie sera au service de l'homme plutôt que le contraire...

23/06/2010

Tout va bien dans l'immobilier genevois ?

J'étais assez étonné par l'annonce de la BNS selon laquelle il existe une bulle immobilière et qu'elle risquait d'éclater prochainement. Non pas que cette affirmation soit dénuée de sens. Au contraire il faut être fou pour penser que les bulles financières puissent continuer à grossir indéfiniment sans jamais dégonfler. Non, ce qui m'a étonné c'est qu'il est très rare qu'on ose dire la vérité dans ce domaine. En général, on a trop peur justement de précipiter le dégonflement de cette bulle ! Il s'agit au contraire de bénéficier le plus longtemps possible des juteux bénéfices qu'elle permet d'engranger. Faire croire au consommateur qu'en achetant tout de suite il est assuré de payer moins cher qu'à l'avenir, c'est s'assurer qu'il ne va pas faire l'énorme bêtise d'attendre que les prix soient au plus bas pour acheter. L'économie a besoin de gogos pour fonctionner...

Donc, pourquoi avoir fait cette annonce ? Sans doute s'agit-il d'une erreur. Une parole malheureuse lâchée par un porte-parole trop honnète. Et la réaction des milieux concernés ne s'est pas faite attendre. Dans l'édition d'aujourd'hui, la Tribune donne la parole aux milieux immobiliers, qui comme prévu nous certifient que la Banque Nationale a fait une erreur de jugement. En réalité, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Continuez à acheter braves gens, endettez-vous et participez à cet effet de bulle. La bonne santé du marché immobilier est à ce prix. Et tant pis si vous n'avez pas assez pour rembourser vos crédits. Ce ne sera plus alors le problème des entrepreneurs.

Il y a d'ailleurs un fossé gigantesque entre les intérêts des milieux immobiliers et ceux de la population. La préoccupation de cette dernière, c'est de pouvoir se loger à des prix corrects. Ce qui en réalité est composé de deux préoccupations distinctes: se loger et à prix correct. La préoccupation des milieux immobiliers, c'est de faire le maximum de bénéfices sur la construction. On pourrait croire que pour réaliser cela, il faille construire beaucoup. Mais au contraire, le mieux pour eux c'est de construire peu, pour diminuer les frais engagés et conserver une situation de pénurie et ainsi continuer à vendre les logements à des prix indécents. C'est bien cette situation qui leur permet de conserver la marge maximale.

Il est donc clair que les préoccupations de la population ne peuvent être réalisées, car elles sont inconciliables avec celle des milieux immobiliers. Donc les prix vont continuer à prendre l'ascenseur et la population va de plus en plus s'endetter pour acquérir des logements. Voir pour simplement payer un loyer. Jusqu'à ce que... trop de monde ne puisse plus rembourser! Alors la bulle va éclater et les prix vont redescendre.

Si on a un tant soit peu de jugeote, il faut donc refuser cette situation et attendre un meilleur moment pour faire l'acquisition d'un logement. Un de ces jours, la bulle immobilière va se dégonfler comme l'a prédit la BNS. Et alors, il sera très facile de trouver des logements à un prix raisonnable...

10:23 Publié dans Economie, Genève | Tags : immobilier, crise | Lien permanent | Commentaires (8)

27/11/2009

Problèmes financiers à Dubaï

Depuis hier le monde entier retient son souffle, parce que la compagnie Nakheel, filiale immobilière de Dubaï World, a demandé un rééchelonnement de six mois de sa dette, en particulier des 3,5 milliards de dollars que la compagnie devait rembourser en décembre. Du coup les bourses du monde entier ont réagi à la baisse, faisant presque craindre un nouveau crash financier. Mais est-on dans la même situation qu'en 2008 ? Il faut tout d'abord dire que la dette de Dubaï, 80 milliards, ne peut en aucun cas être comparée avec la bulle des crédits subprimes pourris aux Etats-Unis. Le manque à gagner pour l'économie qu'a provoqué l'inconsistance chronique des banques dans leur gestion du crédit immobilier aux Etats-Unis se comptera certainement en milliers de milliards de dollars ! On parle donc d'une catastrophe d'une ampleur sans rapport...

palm_jumeirah_08.jpgEnsuite, il semble qu'on évalue assez mal la cause de cette crise. On ne peut pas comparer un marché financier qui implose parce que toutes les valeurs qu'on échange manquent de garanties, avec un marché immobilier où toutes les dettes correspondent à des actifs réels. Pour se rendre compte des activités de Nakheel, il faut se rendre sur leur site et voir tout ce qu'ils sont en train de construire. Il s'agit d'une ville toute nouvelle, en grande partie gagnée sur la mer...

Dès lors, il est évident que la somme globale investie par la compagnie phare de Dubaï est largement supérieure à ces 80 milliards de dollars ! La compagnie a donc un bilan très positif et ses fondations reposent sur des bases plutôt solides. Alors pourquoi cette crise ? En réalité, il s'agit d'une crise de liquidités. Même si les actifs de la société couvrent largement les dettes, ils sont tous investis dans divers projets. Et lorsqu'on n'a plus de liquidités, on n'arrive pas à payer ne serait-ce que l'intérêt des dettes. Et c'est le genre de choses que les banques apprécient moyennement...

Maintenant, est-ce que ces problèmes de liquidités vont conduire à la faillite de Dubaï World et de tout l'émirat avec ? Disons que ça n'est pas impossible. Il est certain que la frénésie avec laquelle on a construit et on construit encore était assez malsaine. Mieux aurait valu échelonner le développement de la ville pour éviter de créer un effet de bulle. Mais sur le fond, je ne pense pas que le développement de Dubaï soit basé sur du vent. Et les banques le savent. Il y a donc tout à parier que ces dernières vont accepter la proposition de report de six mois. Et d'ici là, Nakheel va mettre sur le marché plusieurs projets immobiliers qui devraient lui apporter des liquidités. A commencer par la Palm Jumeirah, la première des 3 "Palm Islands", qui représente de nombreux milliards de revenus en résidence de grand standing en perspective.

Et la réaction de la bourse ? Doit-on vraiment tenir compte des réactions émotionnels des investisseurs qui souvent réagissent dans la précipitation ? On le sait, la haute finance est souvent déconnectée de la réalité économique. Je suis pour ma part persuadé que c'est à nouveau le cas aujourd'hui. Pour le reste, ce qu'on peut espérer, c'est que Dubaï apprenne à réfréner sa croissance et garde le contrôle de son développement. Rien ne sert de construire plus que ce qu'on est capable de financer. Rien ne sert non plus de construire plus que ce que d'autres sont prêts à acheter.

15:19 Publié dans Economie, Monde | Tags : crise, dubaï | Lien permanent | Commentaires (10)