29/10/2018

Le GIEC est-il pro-nucléaire ?

Bien sûr, le dernier rapport du GIEC ne préconise pas ouvertement d'augmenter la part du nucléaire parmi les sources d'approvisionnement mondial, mais il sous-entend implicitement que c'est la seule manière réaliste d'arriver à atteindre les objectifs qu'il fixe. Comme on peut le voir ici, l'objectif de 1,5 degrés d'augmentation maximale de la température ne peut être atteint, selon ses simulations, que dans une série de scénarios, dont les plus réalistes impliquent une augmentation du nucléaire.

Centrale.jpgA la lecture de ce rapport, les industriels du nucléaire ont dû pavoiser. Eux qui gèrent des centrales vieillissantes, dont le remplacement est très difficile et on ne parle même pas d'augmentation de la puissance totale. Un allié tel que celui-ci, c'est inespéré, non ? Enfin pas sûr. Depuis que la théorie du réchauffement climatique est apparue, et malgré la catastrophe de Tchernobyl qui avait rendu leur technologie très impopulaire, l'industrie du nucléaire s'est servie du réchauffement pour balayer toute critique. 'Comment voulez-vous lutter contre le réchauffement sans le nucléaire ?' C'est un argument d'autorité qui prend le dessus sur tous les autres... si on considère la catastrophe climatique comme la principale plaie qui nous guette pour le siècle à venir.

La plupart des écologistes se permettent bien d'être à la fois anti-nucléaires et anti-pétrole. Ils prétendent ainsi qu'on peut à la fois se passer des deux technologies. On tombe ainsi dans les scénarios les moins réalistes des simulations du GIEC. Mais le moins qu'on puisse dire c'est qu'on ne prend pas ce chemin et qu'on n'est pas près de le prendre. Bien entendu, à la fin de ce siècle, d'une manière ou d'une autre nous aurons été forcés d'abandonner ces deux sources d'énergie. Mais la manière dont nous allons nous y prendre dépend des priorités que l'on fixe.

Pour ma part, je suis profondément opposé à la technologie nucléaire, du moins celle employée aujourd'hui et qu'on continue à prôner pour le remplacement des centrales existantes, car elle est dangereuse et extrêmement polluante. Oui j'ai bien dit polluante. Le nucléaire ne produit que très peu de CO2 bien sûr, mais ce gaz inerte et présent naturellement dans l'atmosphère n'est pas à proprement parler un polluant. Ce qui pollue par exemple dans les émissions liées à la combustion de produits pétrolier, c'est les autres émissions telles que le monoxyde de carbone, les oxydes d'azote, les particules fines, car ce sont des émissions dangereuses pour la santé. Pour ce qui est du nucléaire, il produit des produits toxiques extrêmement dangereux et qui resteront dangereux pour certains des centaines de milliers d'années ! En réalité, le nucléaire est la technologie la plus polluante que l'homme n'ait jamais inventée.

Et là je ne parle même pas de la dangerosité grandissante des centrales qu'on cherche par tous les moyens à ne pas fermer, ni de l'impossible démantèlement qui nous attend et qui sera sans doute impossible à financer. En réalité, le plus probable c'est que par manque de crédits la majorité des centrales resteront ainsi, monuments en ruines éternellement radioactifs à la gloire de la bêtise et de la cupidité humaine.

Bref, la transition énergétique d'accord, mais pas à n'importe quel prix. Je disais l'autre jour à une personne qui me disait que les voitures électriques faisaient beaucoup de progrès, que tant que la part du nucléaire était ce qu'elle est et qu'on considérait comme impossible le fait de réduire la consommation de produits pétroliers sans le nucléaire, je continuerai à considérer les voitures électriques comme des voitures nucléaires et je n'en voudrai pas. En fait pour aller vers le tout électrique, il faut se donner le temps des énergies renouvelables ou d'autres solutions que la technologie du futur nous fournira, par exemple la fusion nucléaire. Ce siècle verra bien la fin des énergies fossiles car nous ne pourrons pas en produire plus. Mais vouloir en finir trop vite avec elles va nous forcer à une nouvelle course effrénée vers la construction de nouvelles centrales et ça je ne le veux pas.

08/09/2018

Emmanuel Macron aime-t-il le peuple qu’il dirige ?

Une fois de plus, Macron s’est moqué des Français depuis un pays étranger, faisant comprendre à demi-mots qu’il préférerait diriger un peuple composé de Danois, plutôt qu’un peuple de ‘Gaulois réfractaires au changement’. C’est bien sûr son droit. On n’est pas obligé d’aimer ses compatriotes. Mais ce qui est vraiment insupportable, c’est de choisir de se faire élire à la fonction de Président d’un pays dont on n’aime pas les habitants. Alors pourquoi avoir fait ce choix ?

Macron au danemark.jpegEn réalité, la fonction de Président de son propre pays devrait être vue comme un point culminant d’une carrière politique particulièrement bien réussie. C’est sans doute ce qu’ont ressenti tous les prédécesseurs d’Emmanuel Macron. Mais dans son cas, il n’y a pas de longue carrière politique derrière lui. En réalité, il partage une caractéristique forte avec Donald Trump : le poste de Président est le premier mandat politique auquel il est élu. Il n’est pas passé par toutes les étapes normalement nécessaires pour avoir une reconnaissance suffisante pour être choisi par son parti comme représentant.

La manière dont Emmanuel Macron est devenu Président, donne en réalité le tournis voire, si on ne l’a jamais soutenu, la gueule de bois. Il faut se rappeler que personne n’avait jamais entendu parler de lui avant le milieu du mandat présidentiel de François Hollande. Il a été parachuté ministre de l’Economie, soit un des plus importants ministères, à partir de 2014 seulement. C’est alors qu’il a été connu du grand public, il y a donc seulement 4 ans ! En même pas 3 ans, il passe d’une fonction de conseiller du Président à la fonction suprême de Président. C’est plus que fulgurant.

Mais pour y arriver, ne nous y trompons pas, il lui a fallu l’aide de grands groupes économiques et des médias qu’ils possèdent. Le matraquage outrancier dont il a bénéficié, qui lui a permis d’acquérir une image de jeune homme éloigné des affaires politiques et aux idées neuves, alors même qu’il n’avait absolument rien fait de bon en tant que ministre, est évidemment à l’origine de sa montée fulgurante et incompréhensible dans les sondages.

Mais il a vu juste, le quidam a la mémoire courte et quand on lui explique longuement ce qu’il doit voter, il obéit. Au final toutefois, s’il a été élu par le peuple, c’est bien les groupes économiques qui l’ont soutenu à qui il doit son élection et de qui il est redevable. C’est pourquoi, il ne se sent pas investi d’une mission auprès du peuple français, mais il se doit de faire accepter à ce peuple qu’il méprise les réformes que ses véritables maîtres considèrent comme nécessaires.

D’ailleurs le choix même de décrire les Français comme ‘des Gaulois réfractaires au changement’ en faisant bien sûr, dans une tentative humoristique, allusion au village d’Astérix et Obélix est finalement assez révélateur de la pensée profonde d’Emmanuel Macron. Les Gaulois dans leur village sont réfractaires au changement. Le changement bien entendu c’est l’Empire romain qui a conquis le reste de la Gaule. Donc pour lui, les Gaulois c’est le passé, l’Empire romain c’est la modernité. Un esprit qu’on voit d’ailleurs chez certains Gaulois de l’époque qui ont contribué à la victoire de Jules César en refusant de participer à la révolte dirigée par Vercingétorix. Ainsi l’esprit réformateur que Macron appelle de ses vœux, c’est seulement un esprit de collabo.

Au passage d’ailleurs, il oublie que le peuple danois, en refusant de participer à l’Euro, a fait preuve d’un esprit réfractaire aux réformes, lui aussi. D’ailleurs, il y a fort à parier que ce choix salutaire soit en grande partie responsable de la santé économique de ce pays, bien plus en tout cas que son ‘esprit luthérien’. Sa petite phrase est donc complètement imbécile et montre à quel point il est dirigé par une vision dogmatique, plutôt que par la très grande intelligence qu’on lui prétend.

En fait, je pense que, à l’instar du ministère qu’il a dirigé, il ne considère pas le poste de Président de la République comme un point culminant, mais comme une étape. A ce poste, il se doit de montrer sa capacité à réformer un pays très connu pour sa résistance au changement afin de démontrer sa capacité à de plus hautes responsabilités. Mais quelles responsabilités pourraient être plus hautes que celles-ci ? Et bien aucune qui existe pour l’instant. Je pense qu’il se verrait bien dirigeant d’une future Fédération européenne. C’est peut-être bien ce qui lui est promis par les pouvoirs économiques qui le soutiennent. Dans ces conditions, il est ainsi tout à fait logique qu’il méprise le peuple français, qu’il voit comme une gêne dans son ascension, et qu’il courtise d’autres peuples européens, qu’il voit comme ses futurs administrés.

Et après cela ? Et bien je suis persuadé qu'il se verrait bien roi du monde...

09/05/2018

Trump et l'Iran

Cette fois c'est fait, Donald Trump met fin à la participation des Etats-Unis à un accord qu'il juge totalement déséquilibré en défaveur de son pays. Il prétend que cet accord n'empêchera pas l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire, mais ses justifications appuyant cette affirmation semblent bien fragiles. Le fait que l'accord n'empêche pas l'Iran de faire des essais d'armes balistiques ainsi que le fait que ce pays peut toujours faire jouer son influence régionale n'expliquent pas comment une arme nucléaire pourrait être développée. Reste donc qu'un seul argument: l'accord est limité dans le temps. C'est toutefois une chose totalement habituelle en matière d'accords internationaux. Et de toute manière, un accord illimité dans le temps n'engagerait pas plus l'Iran. En effet, la règle en droit international, c'est qu'aucun traité ne peut être considéré comme définitif. Tout état peut se retirer d'un traité, et les USA en se retirant de celui-ci, démontrent que la date finale d'un traité n'est pas un engagement définitif et qu'il peut donc être dénoncé en tout temps.

Par contre, un accord valable jusqu'en 2030 donne le temps de bâtir des relations économiques stables et ainsi pérenniser le pouvoir iranien. De telles relations économiques seraient très difficiles à casser et donc, elles rendaient obligatoires la prolongation de l'accord au-delà de cette date. En cela, l'accord était très malin, puisqu'il n'engageait que très peu le pouvoir iranien tout en le poussant à s'engager sur un chemin sans retour. Sans les Etats-Unis, il est très probable que l'Iran soit beaucoup moins enclin à bâtir des relations avec l'Europe et se tourne exclusivement vers la Russie et la Chine. Trump engage donc encore un peu plus le monde vers la bipolarisation et la guerre froide. Et l'Iran vers la reprise de son programme nucléaire.

La position de la France

Emmanuel Macron montre à cette occasion les limites de sa 'prodigieuse intelligence'. En proposant à Trump de négocier un meilleur traité avec l'Iran s'il décidait de rester dans l'accord, il reconnaissait implicitement les défauts de l'accord dénoncés par le président américain. En confirmant maintenant que la France continuerait à participer à l'accord malgré le retrait américain, (tout comme l'Allemagne et l'Angleterre dont il se fait le porte-parole) il décide donc de prolonger un accord dont il avait reconnu plus tôt qu'il était mauvais. A force de vouloir ménager la chèvre et le chou, on finit par s'attirer l'incompréhension du berger et du cultivateur qui ne savent plus où placer leur confiance. Bref, plus que jamais, la position de la France devient inaudible.

La position d'Israël

Hier sur BFMTV, l'ambassadrice d'Israël en France a dénoncé cet accord comme étant basé sur des mensonges. Elle confirme ainsi l'appui total de l'état juif à la décision de Donald Trump. En fait tout porte à croire que le président américain ne fait que relayer l'avis des faucons du parti républicain, eux-mêmes les voix d'Israël aux Etats-Unis. En faisant cela, il assure la cohésion de son camp politique derrière lui et ainsi l'assise de son pouvoir. Il s'agit donc finalement d'une décision de politique intérieure dont les implications sont mondiales. Et au final on comprend une fois de plus que c'est Israël (et probablement l'Arabie Saoudite) qui fait la pluie et le beau temps de la politique du Proche- et Moyen-Orient aux Etats-Unis.

25/04/2018

La rencontre de Laurel et Hardy

Vous y croyez vous au numéro de duellistes de Trump et de Macron ? Cette fabuleuse amitié doublée d'une profonde divergence de vues ? Depuis qu'il est président, tout est fait sur la scène internationale pour faire de Trump une sorte d'inconscient prenant des décisions totalement irréfléchies et pouvant potentiellement mener à la fin du monde. De l'autre côté, Macron joue le rôle de la tempérance et fort heureusement, il a de l'influence sur le fou qui règne de l'autre côté de l'Atlantique. On dirait un peu Laurel et Hardy, duo dont le premier membre joue l'insouciance et l'autre la raison, pour atteindre une sorte d'équilibre qu'ils ne parviendraient pas à trouver seuls. Un duo d'acteurs de même acabit donc, mais en beaucoup moins drôle toutefois.

Trump-Macron.jpgÇa me fait un peu penser au gentil flic et au méchant flic, stratégie qui est censée pousser un suspect à se rapprocher du gentil, jusqu'à se confier à lui. Ici le suspect, c'est l'homme de la rue, celui qui potentiellement pourrait se rebeller contre l'ordre établi. Celui qui a conscience des méfaits du mondialisme et souhaite une meilleure protection, ce qu'on qualifie de 'repli sur soi', mais qui n'est rien d'autre qu'un retour au monde des années quatre-vingt, il n'y a pas si longtemps donc. Bref, c'est celui qui a élu Trump. Et en désignant Trump comme le méchant flic, on montre à la population à quel point voter pour le repli est dangereux. Au contraire, l'hyper-mondialisme de Macron est montré comme la seule voie raisonnable. La voie du bien.

Pour moi, ni Trump ni Macron ne joue son propre rôle. Tous deux ont été choisi dans un casting dont l'enjeu est la promotion du mondialisme, d'un Occident totalement soumis aux lois du marché et de ceux qui le dominent. Ce sont des pantins du véritable pouvoir, celui de l'argent.

14/04/2018

Pas de réplique russe

C'est un sujet que j'ai souvent abordé ces dernières années. (par exemple iciici et ici) J'ai laissé ce sujet de côtéfrappes.jpg depuis l'été dernier, car je ne pense pas qu'on puisse raisonnablement tenter l'aventure d'une guerre contre la Russie après le printemps. En effet, la taille du territoire et la rigueur de ses hivers ont déjà maintes fois permis à la Russie de prendre un avantage stratégique décisif face à ses envahisseurs potentiels et ça serait pareil aujourd'hui. La seule chance de réussir une telle invasion, serait une guerre éclair lancée au printemps. Mais justement, le printemps est de retour, et avec lui la tentation d'une guerre frontale.

Ainsi, je crains depuis longtemps un attentat de Sarajevo 2, à savoir une étincelle mettant le feu aux poudres d'une troisième guerre mondiale. Cette étincelle, tout porte à croire que les Occidentaux cherchent sans relâche une occasion de la provoquer. En effet, comment expliquer que la Syrie, ayant pratiquement gagné la bataille de la Ghouta, décide de franchir la ligne rouge fixée par les Occidentaux sans aucune justification stratégique ? N'est-il pas infiniment plus probable que les rebelles aient choisi de tenter de sauver leurs fesses en forçant les Occidentaux à intervenir ? Et ces derniers en feintant de ne pas voir cette manipulation évidente ne sont-ils pas complices ?

Et il n'est pas certain que les Russes accepteront toujours de jouer les pompiers pour éviter que cette étincelle ne provoque le pire. Pour cette fois, ils n'ont pas répliqué. Cela peut signifier plusieurs choses.

1. Ils ont perdu la capacité à intercepter les missiles occidentaux

C'est ce à quoi le fameux tweet de Trump, dans lequel il défiait les Russes en les avertissant de l'arrivée des missiles, m'a fait penser. Et si toute cette histoire ne servait qu'à prouver aux Russes qu'ils n'ont plus la capacité à sanctuariser le ciel de la Syrie, comme celui de leur propre pays ? Je pense en tout cas que ça n'annoncerait rien de bon, car cela donnerait du grain à moudre aux "faucons" du Pentagone qui n'ont de cesse de plaider pour une guerre frontale avec la Russie.

2. Ils préparent la riposte

Je n'y crois pas trop, car ils ne veulent pas d'une guerre directe avec les Occidentaux. Une interception des missiles sur l'instant aurait suffisamment servi leurs intérêts en démontrant au monde qu'ils restent maîtres dans ce pays. Mais il est clair que leur non-réaction donne au contraire un message de faiblesse qu'ils ne souhaitent pas donner. En effet, cela fait partie de la dissuasion. Si on a fait une menace de réplique en cas d'attaque et que lorsque l'attaque a effectivement lieu, on ne réagit pas, on perd toute crédibilité. Tout dépend donc de leur volonté de défendre cette crédibilité. Ira-t-elle jusqu'à risquer l'escalade incontrôlée ?

3. Un accord entre Trump et Poutine a eu lieu

Je n'exclus pas du tout cette possibilité. Le choix des objectifs de ces frappes limitées signifie peut-être que le président américain a à nouveau choisi de sauver la face, et calmer les faucons de son administration sans avoir à les suivre sur le chemin qu'ils cherchent à lui faire prendre, et ainsi ne pas risquer une confrontation directe avec les Russes. Dans ce cas, nous verrons comme souvent la pression retomber dans les prochains jours. Jusqu'à la prochaine fois...

4. Les Russes acceptent de perdre du terrain face aux Occidentaux plutôt que risquer une confrontation

Ne comptez pas trop sur celle-ci ! La nouvelle Russie, celle qui a relevé la tête et a décidé de ne plus se laisser mener par le bout du nez est toujours là, bien plus que jamais. Désormais, elle défendra chaque lopin de terre que les Occidentaux chercheront à lui faire lâcher. Et jamais les Russes n'accepteront de lâcher la Syrie.

Bref on le voit, on ne sait encore pas grand chose sur les causes de la non-réaction de la Russie, peut-être provisoire, mais on devrait en apprendre plus dans les prochains jours. Espérons en tout cas que cette situation explosive n'échappe pas à tout contrôle.

19/03/2018

La "démocratie européenne"

En Europe, les technocrates au pouvoir ne voient plus depuis longtemps le droit de référendum d'un très bon œil. En effet, en quoi le "petit" peuple serait plus compétent que lui-même pour décider de l'avenir du continent ? Non seulement la grande majorité du peuple n'a pas fait de grandes études d'économie ou de politique et ne peut donc pas comprendre les implications à grande échelle des décisions qu'il prend. Mais en plus, il écoute régulièrement les "populistes" qui ont une vision simpliste et beaucoup plus à la portée des gens simples qu'ils sont.

Oui c'est malheureusement la pensée des gens qui dirigent l'Union Européenne. Ils se disent démocrates, mais en réalité, ils honnissent la démocratie qu'ils voient comme une empêcheuse de décider en toute quiétude. Bref, ils répondent totalement à la définition de despotes.

D'ailleurs, qu'est-ce que c'est que ce "populisme" qu'on décrie tant ? Et bien dans la novlangue imposée par les médias, cela recouvre à peu près tout discours qui critique le pouvoir. C'est un mot de plus qui sert à discréditer toute forme de rébellion à la pensée unique. C'est à mettre dans la même catégorie que "complotisme", soit celle des termes disqualifiant. Du moment que le mot est prononcé, il crée dans l'esprit un effet de repoussoir et aucune autre démonstration n'est dès lors nécessaire. En réalité, le "populisme" c'est la critique d'un dogme économique, celui de la mondialisation à outrance, qui ne profite en aucun cas aux peuples mais à une petite caste qui accroît sans cesse sa spoliation des richesses. On comprend donc pourquoi cette caste souhaite faire de la critique de ce dogme une sorte de blasphème et profère son catéchisme à longueur d'année, par médias interposés.

Donc l'UE n'aime pas les référendums. En 2005, trois pays avaient refusé la constitution européenne par référendum. Deux ans auparavant, la Suède avait refusé son entrée dans la zone Euro de la même manière. Si la Suède ne fait toujours pas partie de la zone Euro, les trois pays qui avaient refusé la constitution se sont vus imposer le traité de Lisbonne, reprenant l'ensemble du texte de la constitution ou presque, sans nouveau référendum. Si la ratification par le parlement était légale parce qu'on ne parlait plus de constitution mais de traité, on voit vite qu'il s'agit d'une véritable félonie politique. D'ailleurs depuis, l'idée que "voter ça ne sert à rien" semble s'imposer dans les esprits et les taux d'abstentions augmentent sans cesse.

La Grèce de Tsipras a fait encore mieux, avec le nouveau concept de référendum pour beurre. A peine quelques jours après avoir obtenu du peuple le vote contre le plan de redressement du pays, le premier ministre fraîchement élu était accouru à Bruxelles pour accepter un plan... encore plus drastique !

Mais finalement, c'est aux Pays-Bas que la ligne rouge vient d'être franchie jeudi dernier. En décidant de supprimer le droit de référendum dans le pays suite au vote négatif de 2005 mais surtout à celui de 2016 qui avait vu le refus du plan d'association UE - Ukraine, (vote dont il n'a de toute façon pas été tenu compte naturellement) les députés ont officiellement transformé la pseudo-démocratie européenne en dictature officielle. Donc bravo à eux pour cette clarification salutaire.

Au final, je pense que cet exemple montre bien au peuple helvétique ce qu'il adviendrait du droit de référendum et du droit d'initiative si d'aventure, il commettait l'irréparable erreur de faire entrer son pays dans l'UE. J'espère en tout cas qu'on en reste préservé pour toujours.

03/03/2018

L'heure de la tonte a sonné

Hier j'écoutais France Info et je suis tombé sur une interview d'un couple de retraités français qui se plaignaient de l'augmentation de la CSG (un impôt directement imputé sur les revenus) qui réduit leur pouvoir d'achat. J'aurais presque eu de la compassion. Je me disais que ce n'est pas normal de s'en prendre aux retraités qui en France ne sont déjà pas très bien lotis. (même si ceux-ci annonçaient un revenu cumulé de près de 4000€, ce qui ne les place pas parmi les plus démunis) Et puis ils ont dit qu'ils avaient voté Macron au Printemps dernier. Ils disaient avoir voté par défaut, parce qu'ils ne savaient pas quoi voter d'autre.

Bref, ce sont typiquement ce genre de personnes qui ont permis à Emmanuel de prendre le pouvoir. Et pourtant, s'ils avaient simplement pris la peine de lire son programme, ils auraient su, car tout était dedans. On peut reprocher beaucoup de choses à Macron mais pas d'être menteur. Tout ce qu'il avait promis de faire, il le met maintenant en place. Ils n'avaient qu'à lire plutôt que d'écouter les médias qui faisaient constamment sa publicité. Le vote Macron, c'était le vote d'une société de souris qui éliraient constamment des chats pour les diriger.

 

C'est surtout le vote d'une société de moutons qui votent constamment pour celui qu'on lui désigne. Qu'importe que ça soit un loup. Je ne pense pas que ces deux retraités me liront, mais s'il y en a d'autres qui se reconnaîtraient et qui passeraient par là, voici la petite fable que j'ai pour eux:

Le mouton, ayant voté Macron au Printemps, se trouva fort dépourvu quand l'heure de la tonte fut venue. Pas une seule compensation à l'augmentation de CSG. Il alla crier famine auprès du berger à la radio, le priant de lui prêter quelques sous pour subsister.

- Jusqu'à la saison nouvelle, je vous paierai, lui dit-il. Avant l'Août, foi d'ovin, intérêt et principal. 

Le berger n'est pas prêteur; c'est là son moindre défaut.

- Que faisiez-vous au mois de mai ? dit-il à cette emprunteur.

- Nuit et jour à tout venant, je chantais les louanges d'Emmanuel et de sa Brigitte, ne vous en déplaise.

- Vous chantiez? Et bien bêlez maintenant !

Bêêêê. Bêêêê. L'heure de la tonte a sonné!

la-tonte.jpg

20/12/2017

Pour sauver la planète, limitons le réchauffement à moins de 2 degrés

C’est officiellement l’objectif fixé par l’accord de Paris signé lors de la COP21. On n’a pas fixé un but en émissions de carbone, ce qui aurait eu un sens objectif, mais un but lié à une augmentation de température supposée catastrophique. En faisant cela, on a gravé dans le marbre la relation numérique entre les émissions de CO2 et l’augmentation de température. Cela signifie donc qu’on considère ce qu’on appelle la « sensibilité climatique », à savoir l’effet du doublement du taux de CO2 sur la température, comme une donnée inscrite dans le marbre.

Je revois avec amusement ces chefs d’états tombant dans les bras des uns et des autres pour la réussite exceptionnelle qu’ils venaient d’accomplir. « Wouhouhou ! Nous sommes les meilleurs ! Nous avons réussi à signer ! Le monde est sauvé grâce à nous ! »

Oui c’était un exploit formidable. Ils ont réussi à tenir un stylo le temps d’apposer un paraphe sur une feuille de papier. Le reste n’est que bagatelle. Les progrès techniques monstrueux et les fonds abyssaux à mettre en jeu, c’est du pipeau. Les dizaines ou centaines de milliers d’ingénieurs qui vont devoir plancher sur les moyens d’atteindre l’objectif fixé ont la tâche facile. Le plus dur était de signer.

 

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04/11/2017

La vague sécessionniste en Europe

J'ai entendu plusieurs fois ces derniers temps des analystes comparer le Brexit avec le référendum d'indépendance de la Catalogne. Or la seule chose qui rapproche ces deux événements c'est qu'ils sont basés sur un référendum. Organisé en toute légalité et en respect des règles des traités européens dans le cas du référendum britannique, en toute inconstitutionnalité dans le cas du référendum catalan. Sous certains angles on peut même les considérer comme exactement opposés. Concernant le Royaume-Uni, il faudrait plutôt rapprocher le dernier référendum catalan de celui qui avait été organisé en Ecosse. En effet, dans les deux cas, il s'agissait de se séparer d'un état-nation pour acquérir une indépendance régionale "dans le cadre de l'Union Européenne". 

C'est d'ailleurs une constante chez tous ces mouvements indépendantistes, que ça soit en Espagne, en France, en Grande-Bretagne, en Belgique ou en Italie: ils réclament tous l'indépendance "dans le cadre de l'Union Européenne". Il peut paraître assez étrange, voire même suspect, de réclamer une souveraineté pleine et entière pour immédiatement en abandonner la plus grande partie à une autre entité supra-régionale. L'indépendance pour quoi finalement ? En quoi ces régions sont-elles opprimées ? Peut-on considérer que leur cas est comparable à celui de l’Érythrée par exemple ? Ces régions sont-elles victimes de colonialisme ?

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21/10/2017

Vous avez dit harcèlement ?

Weinstein.jpgHier, une réflexion d’une collègue m’a inspiré ce billet. Lors du déjeuner à la cantine, elle a demandé un supplément à un jeune serveur qui se trouve être très avantagé par la nature. Elle a rajouté ensuite avec un roulement des yeux : « Et tu peux me l’amener torse nu, ça sera encore mieux ! » C’était bien sûr une plaisanterie et tout le monde l’a compris. J’ai moi-même souri. Seulement souri, car j’ai aussi vu le sourire gêné du jeune homme et je me suis dit qu’il ne vivait peut-être pas si bien que ça ces lourdeurs répétées de femmes d’âge mûr dans le cadre de son travail.

Et là, je me suis demandé quelle indignation cela aurait provoqué si ça avait été un homme d’âge mûr qui avait fait la même remarque à une jeune femme. A cause de l’affaire Weinstein, dont personne ne niera qu’il s’agit d’un vieux porc fortuné qui a fortement abusé de son pouvoir, on parle beaucoup de harcèlement sexuel en ce moment. Or, on ne parle que d’hommes d’âge mûr exerçant leur pouvoir sur de jeunes subordonnées. Mais l’inverse n’existe-t-il pas ? Ce problème est d’autant plus important qu’on s’apprête en France à inverser la charge de la preuve en donnant la valeur de preuve aux témoignages des plaignantes. Cela revient ensuite à forcer l’accusé à prouver son innocence pour contrer cette accusation. En effet, une nouvelle loi est parait-il en préparation, alors qu’à priori, aucune nouvelle loi n’est nécessaire. Le harcèlement sexuel est interdit et lourdement réprimé par la loi. Seule l’application de la loi est assez marginale, mais pour des raisons tout à fait explicables.

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02/10/2017

L'affaire des glyphosates

Monsanto.PNG

* Image tirée du site officiel de Monsanto

Monsanto nourrit le monde. C'est ce que cette entreprise affirme depuis des années. Sur le papier, c'est une belle histoire. Monsanto s'implante dans les pays en voie de développement et apporte ses semences génétiquement modifiées pour aider ces pays à produire assez de nourriture pour tout le monde. Bref, comme sur le bandeau ci-dessus, Monsanto aide les plus pauvres à vivre.

Mais dans la réalité cela ne se passe pas vraiment comme ça. Pourquoi tant d'agriculteurs, en Inde par exemple, choisissent le suicide ? Le problème c'est que Monsanto arrive avec une solution clé en main, semences, pesticides, herbicides, et enferme les agriculteurs dans ce système dont il n'est plus possible de sortir par la suite. Chaque année, ces agriculteurs doivent acheter leurs semences et autres produits auprès de Monsanto et ne sont plus maîtres de leur production. On les transforme en ouvriers de Monsanto. Et vu la différence extrêmement maigre entre le prix de revient et le prix de vente des produits de leur labeur, les agriculteurs ne parviennent plus à vivre et à faire vivre leur famille. Beaucoup choisissent le suicide pour mettre fin à cette situation insoutenable.

Ce problème est identique dans les pays riches. Par exemple en France, on dénombre chaque année près d'un suicide d'agriculteur par jour. Ramené à la population du pays, ça fait encore moins qu'en Inde, mais tout de même, c'est alarmant. Surtout que la France interdit toujours les OGM, même ceux que la commission européenne a autorisés. (ce pour quoi la France est d'ailleurs mise à l'amende...) Mais Monsanto a tout de même réussi à rentrer par la porte arrière en proposant des semences dites 'standard', c'est-à-dire non-OGM, mais tout de même clonées. * Monsanto perd ainsi l'attrait du 'Roundup ready' à savoir la capacité des plantes à résister au Roundup, son produit phare, mais conserve l'autre avantage, le contrôle des semences.

C'est dans ce contexte que survient l'affaire des glyphosates. Ce composant chimique essentiel du Roundup a été classé par l'OMS comme cancérogène probable, le second niveau de dangerosité après les cancérogènes certains. Cela devrait être suffisant pour qu'on applique le principe de précaution et qu'on interdise l'usage et l'importation de produits contenant du glyphosate. Mais la Commission européenne s'est refusée à le faire. Cela démontre au passage aux consommateurs que la santé publique n'est pas le premier soucis de la Commission, mais que les intérêts financiers des grands groupes internationaux passent avant. En France, plus soucieuse de la santé de ses habitants, le gouvernement a décidé de manière isolée d'interdire la commercialisation de ce produit. Mais les traités européens interdisent à la France de restreindre l'importation de produits autorisés en Europe. Ainsi la France va se retrouver dans une situation absurde: elle interdit la production de produits traités au glyphosate, mais autorise l'importation de produits eux-mêmes traités avec cette substance !

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02/09/2017

Le nouvel impérialisme est-il durable ?

Aujourd'hui, l'impérialisme colonial comme il s'est pratiqué de l'Antiquité à la période moderne semble avoir disparu, au moins provisoirement. Suite à la décolonisation, on a cessé d'étendre son territoire par l'invasion de pays tiers et par l'occupation physique de ces pays. La première conséquence, c'est que le nombre d'états a littéralement explosé. Il est passé de 53 états souverains en 1914 à 197 états reconnus par l'ONU aujourd'hui, soit un quasi-quadruplement en un siècle. Ces états sont considérés comme intouchables du point de vue de la souveraineté par les règles de l'ONU et toute agression extérieure est considérée comme un crime de droit international, susceptible d'être sanctionné par le conseil de sécurité, comme ça avait été le cas lors de l'invasion du Koweit par l'Irak.

Mais ça n'est pas parce qu'on n'étend plus la taille de son territoire par la force que toute forme d'impérialisme a disparu. La forme ancienne a été remplacée par une forme plus subtile, celle des sphères d'influences. Si on n'envahit plus un pays pour l'annexer, désormais on "intervient" dans le but de changer de gouvernement, de manière à faire passer certains états jugés stratégiques du camp adverse à son propre camp. Cela passe par des confrontations directes, comme en Irak en 2003, avec occupation temporaire le temps de mettre en place un gouvernement plus ou moins fantoche, à des stratégies bâties sur le chaos.

Cette dernière invention américaine est d'ailleurs plus récente. Il s'agit d'utiliser ses services secrets afin de pousser les oppositions internes au régime en place à se soulever afin de créer une situation de guerre civile, dont ne peut émerger qu'une sorte de putréfaction politique, dans laquelle l'ordre ne peut plus s'installer. On créé donc (de l'aveu même d'Hillary Clinton) des mouvements comme Daesh, non pas volontairement mais parce que seuls des mouvements de ce genre peuvent émerger du chaos créé, et on les désigne ensuite comme ses ennemis. Ne reste plus alors qu'à intervenir militairement afin de se débarrasser de ce mouvement. La suite est identique à la version précédente: on occupe le terrain, on met en place un gouvernement fantoche et on s'en va.

Ces méthodes sont bien sûr celles des Etats-Unis, mais d'autres états ont également des visées impérialistes. En particulier la Chine, qui utilise plutôt sa croissance économique interne pour proposer ses services à des états plus pauvres et leur promettre de leur amener des richesses. Cette méthode est plus pacifique, mais elle n'en reste pas moins impérialiste, puisqu'il s'agit d'étendre sa zone d'influence au détriment du camp adverse. 

Finalement, on doit citer la Russie, qui est réduite à défendre ce qu'il reste de la zone d'influence qu'elle avait à l'époque soviétique. Cette zone d'influence est attaquée de toutes parts par le camp occidental et par les Etats-Unis en particulier.

On a donc là, les trois puissances impériales du moment, les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Mais si on veut comprendre ce qui les motive, il faut analyser le fonctionnement d'un empire, ce qui motive sa création et son extension. Pour cela je prendrai l'exemple de l'Empire qui a le mieux fonctionné dans l'histoire: l'Empire romain.

Le fonctionnement de l'Empire était basé sur la conquête. Lorsqu'on étendait le territoire vers d'autres régions, on pillait ces régions et on ramenait les richesses au centre de l'Empire, à Rome. Les soldats adverses étaient transformés en esclaves, qui travaillaient gratuitement pour les riches romains et leur permettaient ainsi d'accroître encore leurs richesses. Puis, une fois ces régions pacifiées, (la fameuse Pax Romana) on les mettait au travail et on leur faisait bénéficier petit à petit d'une partie des richesses et de la grandeur romaine. On faisait ainsi de ces populations conquises de véritables citoyens, heureux de leur nouvelle condition. C'était donc un véritable système, dont le but était d'accroître sans cesse la richesse des romains tout en pacifiant les zones conquises afin de pouvoir diminuer leur occupation militaire. En effet, l'extension d'un empire non pacifié sera limité par la capacité d'occupation militaire. L'idée géniale des Romains, c'était donc de transformer petit à petit les territoires conquis en véritables provinces ne nécessitant que très peu de présence militaire et fournissant même des militaires à l'Empire.

On le voit en tout cas, l'extension de l'Empire romain avait pour but la croissance économique de Rome. Ainsi, à cette époque, on aurait pu lier l'idée de la croissance économique (si elle avait existé) à celle de la croissance territoriale. Plus on conquérait de territoires, plus on pouvait ramener de richesses à Rome et en faire profiter d'autres provinces. Ce système génial a permis à la République romaine, déjà impérialiste dans son fonctionnement, puis à l'Empire romain lui-même, de perdurer des centaines d'années. Mais on le comprend, dans un monde fini, ce mode de fonctionnement ne peut pas être éternel. Arrive fatalement le moment où les frontières ne peuvent plus être étendues et l'économie se met à stagner à l'instar du territoire. Et cela d'autant plus que plus l'Empire est étendu, plus le rythme des conquêtes doit s'accroître pour maintenir une croissance économique constante. Au sud, le Sahara empêchait la conquête de nouveaux territoires. A l'Est, l'extension était bloquée par les empires asiatiques. Au nord, les peuples germains dont on avait définitivement abandonné l'idée de les soumettre étaient poussés vers l'Empire par des peuples venant de plus loin. (entre autres les fameux Huns) Et en Bretagne, la frontière nord était définitivement fixée par le mur d'Hadrien.

La richesse cessait donc d'augmenter, le réservoir d'esclaves ne se renouvelait plus. Et pire, le territoire commençait à s'amoindrir par le Nord. Avec cette décrue territoriale est arrivée la crise économique. C'est cela qu'on appelle généralement la décadence de l'Empire romain, ce n'est rien de plus qu'une crise. Mais une crise très profonde dont l'Empire n'a jamais pu ressortir. C'est donc le système génial qu'ont inventé les Romains qui a finalement causé leur propre perte. Et c'est une constante historique: nul empire n'est éternel. Et cela même si ceux qui y vivent ne peuvent imaginer qu'il puisse un jour disparaître.

Aujourd'hui, les derniers empires coloniaux comparables à l'Empire romain, les Empires britannique et français, se sont réduits à peau de chagrin et on peut même dire que ces deux anciens empires coloniaux sont désormais des provinces d'un autre empire, l'Empire américain. Mais comme on l'a vu, cet empire a ceci de nouveau qu'il n'annexe pas, mais s'assure de son influence au sein de sa zone économique. Ainsi, le but final de ce nouvel impérialisme est somme toute identique. En étendant sa zone d'influence, on accroît ses richesses et on s'assure la continuité de sa croissance économique. Les provinces, telles que la province Europe, sont autorisées à bénéficier des largesses de l'Empire et ont ainsi l'impression d'être des partenaires de premier plan, alors que les zones nouvellement conquises (par les armes ou d'autres méthodes) sont là pour fournir des richesses et des esclaves aux plus riches citoyens de l'Empire.

Finalement, on peut se poser la question titre. Ce nouvel impérialisme est-il durable ? A long terme, l'impérialisme moderne est-il voué à la décadence comme cela a toujours été le cas, ou est-il capable de perdurer à long terme ? La première chose à dire, c'est que tout comme dans l'Empire romain, la croissance infinie de l'économie passerait par la croissance infinie du territoire, ce qui est impossible. De plus, il y a un fait nouveau qui n'existait pas à l'époque de l'Empire romain ou même des empires coloniaux: la taille de la population mondiale est désormais si grande que si tout le monde vivait comme des Américains ou des Européens, il n'y aurait pas assez de ressources pour tout le monde. En particulier, la substance qui est à la base du fonctionnement de l'économie des empires modernes, le pétrole, (l'équivalent de l'or à l'époque romaine) existe en quantité limitée sur la planète et disparaîtra d'autant plus vite que la croissance économique s'accélérera. Donc non seulement la croissance éternelle n'est pas possible, mais en plus c'est la croissance elle-même qui sera à l'origine de la décadence future. Tout comme dans l'Empire romain donc.

Pour l'instant, ce système a trouvé une parade à sa propre destruction. Afin d'éviter une croissance continue à long terme, le système s'ajuste de lui-même avec une succession de périodes fastes et de crises économiques limitées. Mais cet auto-ajustement aura fatalement ses limites. Le système finira par s'effondrer. Et malheureusement, (ou heureusement suivant le point de vue) cela arrivera durant ce siècle et peut-être bien avant encore.

27/08/2017

Une autre Europe existe déjà...

Et cette Europe c'est l'AELE. L'Association Européenne de Libre-Echange, créée à l'instigation de la Grande-Bretagne qui aurait sans doute mieux fait de ne jamais la quitter pour l'UE, ne comporte plus aujourd'hui que 4 états membres: La Suisse, la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein, soit les irréductibles non-gaulois qui résistent toujours et encore à l'envahisseur bruxellois. Il s'agit en tout cas d'une zone bien plus prospère que l'Union Européenne. Certains y verront l'égoïsme de quelques états qui ont peur qu'on leur prenne leurs biens. D'autres y verront la splendide démonstration que le libre-échange fonctionne alors que le modèle de l'Union Européenne est le cimetière de la prospérité pour ses membres les plus riches. Je me placerai personnellement plutôt dans la seconde catégorie.

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27/06/2017

Après l'embargo, l'ultimatum et après... la guerre ?

Je suis sidéré qu'on ne parle presque pas des tensions internationales sur nos médias occidentaux en ce moment. Pourtant jamais la situation n'a été si tendue. Les nouvelles se succèdent et font écho les unes aux autres, comme si on vivait un improbable scénario de film catastrophe. Pourtant, on continue simplement les préparatifs des vacances comme si tout allait pour le mieux. Dans les précédents billets, j'ai déjà cité les 3 théâtres d'où une crise majeure pouvait venir. La Syrie bien sûr, mais aussi le Golfe Persique et la Corée du Nord.

missile coréen.jpgDans ce dernier état extrême-oriental, on continue à narguer le monde entier avec des missiles qui menaceraient jusqu'aux rives continentales des Etats-Unis. Il semble qu'on soit désormais en mesure d'équiper des missiles balistiques d'armes nucléaires, certes assez peu puissantes, mais tout de même potentiellement très meurtrières si utilisées contre des zones habitées. La rhétorique est plus guerrière que jamais, Kim Jong Un ayant traité Donald Trump de nouvel Hitler aujourd'hui même, ou de psychopathe la semaine dernière après la mort de l'étudiant américain peu après sa libération des prisons nord-coréennes. Bref, on est loin d'un langage diplomatique !

http://www.20minutes.fr/monde/2094571-20170627-coree-nord...

Ce qui est sûr c'est que la Chine et la Russie se préparent déjà à une confrontation entre la Corée du Nord et les USA. Ces deux pays ont groupé beaucoup de troupes aux frontières qu'ils ont avec la péninsule coréenne. Officiellement il s'agit de faire face à un possible afflux de réfugiés. Mais il s'agit aussi et surtout de faire face à une possible extension du conflit...

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1733/Coree-du-Nord/article/det...

En Syrie, les tensions vavion syrien.jpgont également croissante entre l'autoproclamée "coalition internationale" et les forces gouvernementales. Avion syrien abattu par les Américains, attaque israélienne contre les forces gouvernementales suite à une attaque de missiles dans le plateau de Golan, on peut dire qu'on s'éloigne de plus en plus d'une attaque coordonnée contre Daesh. Même lorsque les Américains bombardent des bâtiments officiels de Daesh à Raqqa, ils bombardent une prison où sont bien sûr en majorité détenus... des fidèles du gouvernement syrien !

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20170619-avion-syrien-abat...

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/06/24/97001-201706...

http://www.rfi.fr/contenu/ticker/syrie-une-frappe-aerienn...

Et finalement, on prétend qu'Assad préparerait une nouvelle attaque chimique. (alors que bien entendu, on n'a encore jamais daigné présenter des preuves de l'implication du gouvernement Assad dans les attaques chimiques précédentes) Et on menace à nouveau la Syrie de représailles dans un tel cas. Gageons qu'une attaque va avoir lieu prochainement, qu'on en accusera immédiatement le gouvernement syrien et qu'on va en profiter pour se lancer dans une véritable guerre contre les troupes gouvernementales, délaissant au passage Daesh qui pourra enfin souffler et reconstituer ses forces.

http://www.lemonde.fr/syrie/article/2017/06/27/les-etats-...

Mais c'est finalement entre le Qatar et la coalition menée par l'Arabie Saoudite que se situe le principal motif d'inquiétude. En effet, un ultimatum en treize points, dont beaucoup sont totalement irrecevables, a été transmis au gouvernement qatari. Ce dernier a une dizaine de jours pour s'y conformer. Certes le souverain des Emirats Arabes Unis prétend que ça n'est qu'une base de négociations, mais dans ce cas pourquoi l'assortir d'un ultimatum ? Est-ce la bonne manière de conduire des négociations ?

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orien...

http://www.europe1.fr/international/pour-erdogan-lultimat...

La question qui se pose donc c'est "Et après ?" Le Qatar ne cédera pas, c'est évident. Donc à la fin de l'ultimatum que va-t-il se passer ? La guerre ? Si c'est le cas, l'Iran et la Turquie se sont déjà rangés derrière le Qatar. On se retrouvera donc avec deux grosses coalitions opposées l'une à l'autre. Iran, Turquie et Qatar contre Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Egypte et Bahrein. Possiblement aussi Israël. Et derrière ces deux coalitions, la Russie et la Chine d'une part, les Occidentaux d'autre part. Cela ne prédit rien de bon.

Bref, ce début d'été ne pousse pas à l'optimisme. Je pense même qu'on n'a jamais été si proche d'un conflit global depuis la crise des missiles de Cuba. Et peut-être même qu'il faut remonter plus loin pour trouver une situation plus explosive...

13/06/2017

Un point sur la situation internationale

Pendant que tout le monde prépare ses vacances et que la France et la Grande Bretagne ne parlent que des conséquences de leurs élections législatives réciproques, des événements très inquiétants se produisent ailleurs dans le monde. Que cela soit en Syrie, dans le Golfe Persique ou en Corée du Nord, la tension semble à son comble en cette fin de printemps. Je rappelle au passage mon analyse de la situation mondiale datant de la fin de l’année passée (voir ici et les billets suivants pour les détails) : je pense que ce printemps catalyse tous les dangers et que la moindre étincelle peut enflammer toute l’hémisphère nord. Or ces derniers temps, les étincelles virevoltent un peu partout et, contrairement à ce que peut laisser penser la quiétude ambiante, le danger est à nos portes. Pour rappel d’ailleurs, la quiétude régnait également juste avant la première guerre mondiale…

Ce que j’avais plus ou moins prédit, c’est qu’une guerre entre l’Iran et l’Arabie Saoudite pourrait dégénérer et se répandre dans le monde entier. La Corée du Nord a elle aussi le potentiel d’entraîner le monde dans la guerre. Même si je ne crois pas trop que ce pays qui s’est attiré l’inimitié du monde entier puisse amener la Chine ou la Russie à combattre à ses côtés. Cependant, un conflit nucléaire localisé peut très bien enfler jusqu’à devenir mondial. Le danger n’est donc pas à sous-estimer.

La Syrie

Ce pays reste bien sûr une poudrière. Il ne faut pas pavoiser en entendant parler des victoires militaires, tant de la "coalition internationale" et des "forces syriennes libres" que des forces syro-russes. Il y a eu également des attaques graves de ladite coalition internationale contre les forces syriennes. D’ici quelques temps, il est probable que les derniers bastions de Daesh vont tomber. Les deux coalitions vont alors se retrouver face à face et il faudra envisager l’avenir du pays et de la région. Que va-t-il se passer ? Il y a peu de chances que ces deux camps arrivent à s’entendre tant leurs positions sont différentes. En particulier, il est impossible que le gouvernement Bachar accepte l’idée occidentale d’un avenir dont il serait écarté. Une telle position est donc incompatible avec une paix dans la région et il y a à craindre que la guerre continue ensuite, opposant directement les deux coalitions et entraînant derrière elles leurs "parrains" occidentaux et russes.

A propos de l'attaque de la coalition contre un convoi syrien et avertissement de Moscou:

http://www.europe1.fr/international/bombardement-en-syrie...

Le Qatar

Depuis une semaine, le Qatar est sous embargo suite à la découverte de ses liens avec le terrorisme. Personnellement, non seulement la révélation de ces liens ne m’étonne pas – je suis convaincu depuis des années que le Qatar finance le terrorisme, en particulier de Daesh – mais ce qui m’étonne par contre, c’est que le principal accusateur se trouve être l’autre état soupçonné de financer ce terrorisme, l’Arabie Saoudite ! J’ai même déjà dit que pour moi, cet état et Daesh ne formaient qu’une seule entité. Et je le pense toujours.

Dans ces conditions, à quoi ce blocus rime-t-il ? Il faut évidemment aller chercher du côté des liens que le Qatar tente de créer avec l’Iran. Car si le Qatar a jusqu’ici financé le terrorisme, il faut rappeler que l’Iran n’a rien à voir avec le terrorisme et d’ailleurs il vient de subir un attentat de grande ampleur, ce qui cause encore plus de tensions dans la région. Donc en se rapprochant de l’Iran, le Qatar s’éloigne de l’Arabie Saoudite et de Daesh. C’est cela qui est considéré comme intolérable par les Saoudiens. Si l’Iran nouait des relations étroites avec le Qatar, les Iraniens se retrouveraient à leurs frontières terrestres alors que jusqu’à maintenant ils étaient séparés d’eux par un bras de mer.

Cette crise a bien sûr également été rendue possible par la visite de Trump le mois dernier, durant laquelle il a rappelé le lien indéfectible des Etats-Unis avec le royaume de Saouds, et qui a à nouveau désigné l'Iran comme le grand Satan de la région, rompant avec la politique de détente suivie par Obama. Il semble donc que ceux qui avaient espéré que Trump serait un anti-guerre (au rang desquels je me trouvais) et qu'il se mettrait en choc frontal avec le complexe militaro-industriel se soient trompés. D'ailleurs les contrats gigantesques de vente d'armes conclus durant cette visite ne font qu'envenimer une situation déjà explosive.

Je pense que parmi les étincelles actuelles, celle-ci a véritablement le potentiel d’enflammer toute la région, puis le reste du monde. Car si l’Arabie Saoudite et l’Iran se retrouvent en guerre directe, c’est aussi les Occidentaux qui se retrouveraient opposés, par leurs alliances réciproques, à la Russie et la Chine.

Au passage, il faut signaler que la Turquie soutient le Qatar dans cette crise. Cela confirme donc que, bien que faisant toujours partie de l'OTAN, ce pays s'éloigne rapidement des Etats-Unis.

L'Iran accuse l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis d'être à l'origine des attentats de Téhéran:

http://www.leparisien.fr/international/iran-fusillades-au...

La Turquie augmente sa présence militaire au Qatar:

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/06/07/97001-201706...

Visite de Donald Trump à Riyad: vente d'armes record, réaffirmation du soutien à l'Arabie Saoudite et accusation contre Téhéran de soutenir le terrorisme:

http://www.lefigaro.fr/international/2017/05/21/01003-201...

La Corée du Nord

Même si les Etats-Unis ont rappelé l’une de leurs flottes pour la poster dans la région, la Corée du Nord continue à tester toutes sortes de missiles en vue d’une confrontation directe. Il y a entre autres des missiles terre-mer, visant donc directement le groupe aéronaval qui lui fait face, et un missile intercontinental (de type ICBM) que Pyongyang dit être presque prêt à tester. Cette dernière menace serait bien sûr inacceptable pour les USA. Dans ces conditions, un conflit régional, potentiellement nucléaire, deviendrait inévitable. Et comme écrit plus haut, dans une telle éventualité, on ne peut pas exclure une extension du conflit.

Test imminent de missiles intercontinentaux :


http://www.lci.fr/international/la-coree-du-nord-affirme-...

missile corée.jpg

28/04/2017

Les primaires françaises, grande réussite

Quelques mois plus tard, il est assez drôle de constater que les 2 partis qui ont organisé des primaires sont hors jeu après le premier tour. Pourtant, pendant plusieurs mois, les médias n'avaient parlé que de ça. D'abord de la primaire de la droite puis de celle de la gauche, qui avaient réuni respectivement environ 10% et 6% de l'électorat. Sachant d'ailleurs que parmi les électeurs de droite, il y avait de nombreux socialistes qui s'étaient mobilisés contre Nicolas Sarkozy, offrant au passage 2€ aux républicains, on comprend à quel point ces primaires n'avaient pas intéressé grand monde.

D'ailleurs, si on fait le compte des favoris présumés l'année dernière, il est d'autant plus amusant de constater que peu d'entre eux sont arrivés à l'élection présidentielle.

Côté socialiste, la question que se posaient les médias l'année passée, c'était si Hollande allait se présenter aux primaires et, s'il jetait l'éponge, si Manuel Valls allait le remplacer. Finalement, ni l'un ni l'autre n'a atteint l'élection, pas plus que le challenger désigné, Arnaud Montebourg.

Côté républicain, on nous a longtemps vanté le fabuleux Alain Juppé. Et on se demandait s'il parviendrait à battre Nicolas Sarkozy... Tous deux ont été envoyé à la retraite bien avant l'élection!

On s'attendait dès lors à ce que le prochain président soit Fillon... mais le seul membre respectable des républicains s'est révélé être beaucoup moins respectable que prévu. Si bien qu'une partie de ses électeurs se sont reportés sur Dupont-Aignan et Fillon va devoir faire face à la justice.

Au final, les deux partis qui ont dominé les 35 dernières années sont éliminés du second tour. C'est un véritable séisme, tout comme les scores de l'extrême-droite et de l'extrême-gauche qui sont sans précédent. Cette élection est vraiment hors normes. Et vu le résultat de cet exercice inédit, je pense qu'on ne devrait plus assister à des primaires en France, ce qui serait très salutaire pour la vitalité de la démocratie qui aura souffert de la spoliation de l'attention des médias.

Finalement, la seule chose qui s'est révélé exacte, c'est la présence de Marine Le Pen au second tour. Et comme le prévoyaient les médias depuis le début, son opposant, quelqu'il soit, est très largement favori. Ceci dit, Macron est tellement lisse et peu convaincant, je pense de plus en plus que Marine Le Pen a contre toute attente plus de chances que prévu. Son élection serait finalement le dernier séisme de cette présidentielle et en ferait un événement historique sans précédent.

Je réitère ce que j'avais dit il y a quelques temps: Si Marine Le Pen est une machine à faire élire un âne (autrement dit n'importe qui lui étant opposé), Emmanuel Macron est peut-être bien une machine à faire élire une machine à faire élire un âne.

09/04/2017

Les questions en suspens après l'attaque américaine sur territoire syrien

Une fois n'est pas coutume: la première stupeur passée, on se pose des tas de questions. Souvent, lorsqu'il s'agit de confrontation militaire, il ne faut pas chercher la réponse dans les médias, ils ne les abordent même pas. Pour ma part, je me pose toute une série de questions auxquelles je peine pour l'instant à répondre.

1200px-Tomahawk_Block_IV_cruise_missile_-crop.jpgTout d'abord, il faut savoir que le Tomahawk utilisé par les Américains est un missile de croisière, qu'on peut assimiler à un avion sans pilote ou à une bombe volante descendant des fameux V1 allemands, qui vole à basse altitude en utilisant un logiciel de suivi de terrain. Il est de conception relativement ancienne, puisqu'il date des années 80. Il n'a de ce fait aucune capacité en matière de furtivité et fait donc une très belle cible pour la DCA adverse. On compte plutôt sur leur grand nombre pour surpasser les capacités de défense de l'ennemi. 

Deuxièmement, il faut savoir que la Russie a justement déployé d'importants moyens de défense anti-aérienne pour protéger le territoire contrôlé par le gouvernement syrien. Il s'agit de missiles de haute technologie S-300 et S-400, dont on dit qu'ils sont d'une très grande précision, à tel point qu'on leur accorde des capacités anti-missiles. (autrement dit, ils sont capables de cibler et détruire des toutes petites cibles se déplaçant à très grande vitesse, ce qui n'est pas le cas du Tomahawk, qui se déplace lui à vitesse subsonique) Il se dit d'ailleurs qu'en 2013, c'est la destruction de deux missiles Tomahawk tirés depuis la Méditerranée qui avait convaincu Obama d'abandonner l'idée d'une invasion de la Syrie. En effet, comme prémisse à toute attaque terrestre, les Américains considèrent qu'il est primordial de contrôler le ciel.

Finalement, on peut considérer que d'un point de vue stratégique, cette attaque n'a aucun intérêt. D'une part, les Tomahawk sont plutôt considérés comme une arme d'appui de l'aviation, l'équivalent de l'artillerie pour l'armée de terre. En  2003, des Tomahawk avaient été tirés pendant plusieurs heures avant que les premiers avions n'emplissent le ciel irakien. C'est bien une tactique classique d'artillerie, qui pilonne les lignes ennemies pendant une longue période avant que les troupes combattantes avancent pour occuper le terrain, mais appliquée à l'aviation. Or, on voit qu'ici c'est l'arme d'appui qui est utilisée comme arme offensive. Je trouve de ce fait cette attaque d'un intérêt tactique quasi-nul, d'autant qu'il semble que les Russes aient été prévenus de l'attaque.

Ce peu d'intérêt tactique est d'ailleurs confirmé par les images diffusées par les médias. On voit des hangars bombardés vides, (s'il y avait eu des avions dedans, on aurait vu des restes des carlingues) une piste de décollage totalement indemne et des vieux Mig-21 alignés, d'ailleurs sans doute là plutôt pour l'effet de la mise en scène tant ces avions datant du Vietnam ont peu de chances d'être engagés dans un conflit moderne.

Les questions que je me pose sont donc les suivantes:

1. Pourquoi choisir de détruire une cible sans intérêt tactique, voire même préparée pour subir le minimum de dégâts ?

2. Pourquoi aucun Tomahawk n'a-t-il été détruit alors qu'ils sont censés être vulnérables aux S-400 russes ?

3. Pourquoi lancer si vite une opération sans plan de bataille réel ?

Je ne peux faire qu'une théorie. Je n'ai aucune preuve de ce que j'avance. Mais au moins, tout porte à croire que Poutine et Trump se sont bien entendu sur cette affaire et qu'ils ont contré ceux qui souhaitent jeter de l'huile sur le feu et provoquer une troisième guerre mondiale.

A mon avis, ils se sont en effet entendu sur une cible afin de gêner au minimum les opérations russes et syriennes sur les territoires occupés par les djihadistes. Il s'agit d'une opération de marketing visant l'opinion publique américaine afin de la convaincre que les USA ne restent pas les bras croisés face aux horreurs de la guerre en Syrie. Il s'agit également de tuer dans l’œuf toute attaque de la présidence qui pourrait à terme la forcer à intervenir réellement en Syrie, avec les risques qu'on sait. Selon moi donc, l'ennemi qu'à combattu Trump avec cette attaque, ça n'est pas le gouvernement syrien ni la Russie. Mais c'est ceux qui dans son propre pays souhaitent le forcer à envenimer une situation déjà très compliquée.

Je vois tout de même une autre possibilité. Il est possible que les Tomahawk tirés aient été dotés de systèmes de brouillage et qu'il s'agissait en fait d'une démonstration faite aux Russes prouvant que désormais, ce qui était vrai en 2013, à savoir que la Russie contrôlait l'espace aérien syrien, n'est plus vrai en 2017. Je considère cette théorie comme peu probable mais pas impossible. Si c'était le cas, cela signifierait en tout cas que les rapports de force en Syrie et dans le monde s'en retrouveraient totalement chamboulés.

06/04/2017

L'attentat de Sarajevo de notre époque ?

Dans mon analyse de la situation géopolitique et du risque qu'elle dégénère en 3ème guerre mondiale, j'avais, dans un commentaire fait cette prévision: "Bien sûr, il n'y aura pas d'attaque unilatérale. Je pense plutôt qu'il y aura un attentat de Sarajevo comme déclencheur. Si un ou plusieurs attentats de Sarajevo se produisent dans les prochains mois, nous pouvons commencer à avoir très peur."

Voir le billet ici

Attaque-chimique-en-Syrie-le-bilan-s-eleve-a-72-morts.jpgJ'avais aussi prévu que le dernier créneau disponible pour lancer une troisième guerre mondiale serait le printemps 2017. (voir l'analyse pour plus de détails) Et bien je crains que les événements des derniers jours me donnent raison. Jusqu'à l'été, nous vivons la période la plus dangereuse, peut-être de toute l'histoire. Et l'attaque chimique, réelle ou non, qui a eu lieu en Syrie avant-hier est un événement extrêmement dangereux dans ce contexte. Si, comme la menace a été proférée par les Etats-Unis, une intervention unilatérale devait avoir lieu, (ce qu'on appelle communément une déclaration de guerre) dans la situation explosive que nous vivons, la guerre pourrait rapidement se répandre à travers le monde entier.

Et je ne suis qu'à moitié étonné qu'on n'attende pas une enquête sérieuse pour définir le coupable. La théorie russe selon laquelle le régime syrien a bombardé un entrepôt des terroristes qui dominent la ville et que cet entrepôt contenait malheureusement des armes chimiques, me paraît pourtant très plausible. Dans ce contexte, je suis sûr que la Russie n'aurait pas mis son veto contre une résolution condamnant l'utilisation des armes chimiques sans désigner de coupable. Une enquête sérieuse aurait ensuite pu être lancée, mais on préfère faire confiance à des ONG pourtant plus que douteuses. Il y a de ce fait une volonté claire de mettre de l'huile sur le feu, ce qui ne m'étonne pas compte tenu du souhait de certains militaires américains d'en découdre avec la Russie et la Chine.

Encore une fois, j'espère me tromper, mais la situation ne semble pas évoluer très positivement.

14/03/2017

Analyse des programmes économiques: 1. Macron, on rase gratis

Je l'avais dit dans ce billet, je vais analyser les programmes économiques des candidats et les comparer aux GOPE de la Commission Européenne. Et comme il paraît qu'il a un programme, je vais commencer par le candidat Macron.

2057545_presidentielle-2017-emmanuel-macron-sa-campagne-son-projet-web-0211697685848.jpgLe programme économique d'Emmanuel Macron se trouve sur cette page.

  • Baisse sensible du déficit budgétaire, notamment en licenciant des fonctionnaires.

Emmanuel Macron prévoit d'économiser 60 milliards d'euros annuel sur le secteur de la fonction publique, notamment en diminuant le nombre d'emplois publics de 120'000 fonctionnaires. A noter qu'on prévoit un programme d'investissement de 50 milliards. Étonnant non ?

  • Réduction des dotations communales, regroupement de communes et de communautés.

Le programme prévoit de diminuer le nombre de personnes assujetties à l'impôt local, il est vrai avec compensation de l'état. Au passage assez peu réaliste quand le programme prévoit de diminuer les taxes et les dépenses.

  • Abaissement du salaire minimum.

Rien de prévu là-dessus, mais en guise d'augmentation, on prévoit une baisse des charges salariales.

  • Réduction de la protection des employés en CDI.

Oui cela c'est bien prévu. La protection des prud’hommes en cas de licenciement abusif devrait diminuer.

  • Augmentation de l’utilisation de l’apprentissage.

Oui c'est également prévu. Une bonne chose d'ailleurs, je trouve la formation en France trop basée sur les études. Un modèle moins élitiste serait très profitable.

  • Baisse de la rémunération des chômeurs.

Ca n'est pas vraiment prévu, mais il est par contre prévu de mieux contrôler les chômeurs. Ca n'est pas un mal bien sûr.

  • Suppression de la protection des professions réglementées afin de favoriser l’ubérisation du monde du travail.

Vu que c'est la mesure phare de la loi Macron, on ne doute pas que ça fasse partie de ses souhaits.

  • Suppression des protections des PME par rapport aux grandes entreprises.

Je n'ai rien trouvé là-dessus.

  • Simplification du droit des entreprises.

Oui c'est prévu, par exemple en supprimant le régime du RSI ou en créant des facilités pour les créateurs d'entreprises.

  • Diminution de l’impôt sur les sociétés et report sur la TVA.

Rien n'est dit à propos de la TVA. Mais à force de raser gratis, on comprend bien qu'il va falloir trouver de l'argent !

  • Passage à une imposition à la source.

Cela n'est pas cité, mais puisque c'est déjà en cours, ne pas en parler c'est y consentir.

Bref, le programme de Macron, ni à gauche ni à droite, semble en effet un peu plus à gauche que le programme de l'Union Européenne pour la France. Par les temps qui courent, cela paraît donc moins néolibéral que la tendance générale. Ceci dit, les belles paroles de Macron lorsqu'il prétend aller négocier avec l'UE ne tiendront pas. Quelle est la légitimité d'un président français pour imposer sa vision à l'ensemble de l'Europe ? Au final, il devra bien s'adapter. Donc le programme, s'il n'est pas totalement en accord avec les GOPE, est partiellement mensonger.

En plus, on a de la peine à comprendre comment ce programme va se financer. Macron semble croire à une relance de l'emploi et donc de l'impôt qui suffira à ce financement. Mais c'est un pari assez risqué. D'ailleurs relancer l'emploi en commençant par promettre la suppression de 120'000 postes de fonctionnaires paraît paradoxal.

08/03/2017

Les primaires : un système pernicieux

Aux USA, c’est déjà une tradition depuis très longtemps. Avant chaque élection présidentielle, les électeurs ont droit à des élections primaires simultanées pour les deux partis dominants, le parti démocrate et le parti républicain. Cela donne lieu à des débats entre candidats proches, puis les élections ont lieu dans les différents états, un à un, de manière simultanée pour les deux grands partis afin de faire mousser le suspense.

Deux partis français ont choisi de suivre cet exemple américain : Les Républicains, qui montrent à quel point leur choix de dénomination ne doit rien au hasard, et les socialistes, qui conservent pour l’instant leur nom historique, mais qui ne devraient sans doute plus tarder à adopter la dénomination de partie démocrate, qui leur conviendrait bien mieux, tant ils cherchent à adopter la posture de leur grand frère américain.

Probablement, ces deux partis étant aux commandes du pays depuis plusieurs décennies, ils souhaiteraient aller plus loin et éliminer la concurrence pour faire du système politique français un véritable bipartisme à l’américaine. Car le principal avantage pour les partis qui organisent des primaires, c’est de spolier totalement le débat démocratique et de s’accaparer totalement l’attention des médias. C’est particulièrement vrai aux USA, où les autres candidats, et il y en a contrairement à ce qu’on cherche généralement à nous faire croire, n’ont quasiment pas droit de cité dans les médias.

En France par contre, d’autres candidats coexistent encore avec ceux des « grands » partis. Certains parce qu’ils ont refusé de se soumettre aux primaires, d’autres parce que leur parti reste assez grand pour parvenir à concurrencer les deux partis dirigeants. D’autres encore parviennent à survivre de manière marginale, à la manière des petits candidats américains. Personnellement je prédis à l’avenir une évolution à l’américaine, avec la marginalisation de tous les partis ne proposant aucune primaire.

penelope-francois-fillon-2.jpgMais cette évolution est-elle souhaitable ? Je pense personnellement qu’elle est très dommageable. D’une part la diversité politique est garante du bon déroulement du débat démocratique. Or celui-ci est déjà mis à mal par le traitement des médias, très inadapté car souvent basé sur la simplification et la polémique. Le focus exagéré sur le Pénélopegate à moins de 50 jours du premier tour est par exemple totalement contraire à la nécessité pour la population de se faire une opinion sur les divers programmes politiques avant l’élection. Est-ce planifié ainsi ou est-ce uniquement de l’incompétence ? Je n’en sais rien mais je trouve en tout cas le résultat très lassant…

Il faut bien comprendre que les primaires ne sont pas un système démocratique. Il n’est en rien le garant de la pluralité des opinions et même risque d’aller à l’encontre de celle-ci. Dès lors qu’un même électeur peut se prononcer pour les deux primaires, il risque de favoriser le même type de candidats dans les deux cas. Ceci poussera les partis à modifier leur programme politique afin de convaincre un maximum d’électeurs. C’est ce qu’on voit aux USA où les deux partis principaux sont, somme toute, en très grande partie sur une ligne commune. Et comme tous les autres partis sont marginalisés, peu d’idées neuves peuvent faire leur chemin. Finalement, le bipartisme américain n’est pas très différent du monopartisme soviétique…

Mais en réalité, je trouve que le principal désavantage des primaires est ailleurs. On l’a vu, aux USA la campagne10530756-17299546.jpg présidentielle aura été de piètre qualité. Entre une Hillary Clinton empêtrée dans ses affaires d’emails et un Donald Trump qui a fédéré beaucoup de monde contre lui, beaucoup d’Américains ne savaient pas trop pour qui voter. En France, c’est le Pénélopegate qui met à mal la candidature du champion issu de la primaire républicaine. Et bien c’est justement les primaires qui sont la cause de la mauvaise qualité de ces élections. Car dès le moment qu’un candidat a été issu d’un choix dépassant largement les limites du parti, sa légitimité dépasse elle aussi le cadre du parti.

Ainsi comment le parti républicain pourrait remplacer François Fillon par un autre candidat alors qu’il n’est pas responsable de son investiture ? Si Fillon (ou plus probablement un autre candidat) avait été choisi par un congrès du parti, c’est la base du parti qui l’aurait élu. Il aurait ainsi été très facile de convoquer un nouveau congrès pour soit renouveler la confiance au candidat ou le remplacer par simple vote. Mais on ne peut pas relancer une nouvelle primaire. Donc on est condamné à attendre un désistement du candidat lui-même ou à réitérer sa confiance en lui contre vents et marées.

C’est pareil pour le cas d’Hilary Clinton. Les affaires qu’elle a subies durant la campagne sont sans doute en grande partie responsables de son échec. Mais pas moyen de la remplacer par Bernie Sanders sur le fil. Elle était la candidate issue de la primaire et sa légitimité était trop grande pour cela.

Bref pour moi le choix d’un candidat est une affaire interne aux partis. Ensuite la véritable élection, cadre démocratique unique, ne peut reposer sur les partis. Les élections, ce sont des hommes et des femmes face à leur électorat. J’espère que dans cinq ans, on oubliera cette procédure responsable de tant de couacs.