31/05/2010

Israël doit signer le TNP!

S'il y a un point de la politique internationale du président Obama que je soutiens ardemment, c'est le désarmement nucléaire. Je pense que sa politique est très juste dans cette optique. Elle tient en deux mots: désarmement et non-prolifération. En bref, il ne suffit pas de jouer les gros bras face à quelques états qualifiés d' "axe du mal" comme le faisait le précédent gouvernement. Il faut aussi montrer qu'on a soi-même l'intention de réduire et, à terme, de se débarrasser de son arsenal nucléaire. De même, on ne peut pas exiger uniquement le désarmement de ses ennemis sans exiger la pareille de la part de ses alliés. Ainsi, il faudra un jour inclure les programmes nucléaires français, anglais et chinois dans les négociations de désarmement. Mais dans un premier temps, il faut exiger de la part de tous les pays non membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU, la participation au Traité de Non-Prolifération Nucléaire, ainsi que sa stricte application. Cela signifie bien sûr que l'Iran et la Corée du Nord, tous deux signataires de l'accord cessent leurs programmes nucléaires militaires et démantellent tout ce qui a déjà été fabriqué, mais aussi que les pays non signataires se metttent en conformité. Et parmi les pays non-signataires qui doivent plier, il y a l'Inde, le Pakistan et... Israël!

Les gesticulations de Benyamin Netanyahou concernant l'adoption par l'ONU d'un document demandant la création d'une zone sans armes nucléaires au Moyen-Orient, sont bel et bien un combat d'arrière-garde. Il prétend que ce document pointe uniquement du doigt les stocks israéliens d'armes nucléaires. Mais c'est bien sûr totalement faux. Une zone dénucléarisée au Proche et Moyen-Orient inclut forcément l'Iran, l'Inde et le Pakistan et c'est d'ailleurs bel et bien le défi posé par le nucléaire iranien qui justifie cette position internationale. Bien entendu, Israël ne doit pas accepter de se mettre en conformité avant que tous les acteurs régionaux, et même mondiaux, ne se soient mis d'accord. Mais refuser d'emblée d'entrer en matière, c'est pour Israël le risque de se mettre à dos le monde entier. Et aussi de perdre tout soutien international concernant le nucléaire iranien. Mais peut-on attendre autre chose de la part d'un gouvernement élu uniquement pour ses tendances sécuritaires ?

Officiellement, Israël ne possède pas d'armes nucléaires. Mais il est de notoriété publique que ce pays possède l'arme suprême depuis plusieurs décennies. Donc lorsqu'Israël exige de l'Iran d'arrêter son propre programme, on ne doit pas s'étonner que cette demande sonne faux. Car tant qu'on fermera les yeux sur le programme nucléaire de certains, comment pourra-t-on exiger quoi que ce soit des autres ? Ainsi même en Occident certains, oubliant que ce pays est signataire du TNP, n'hésitent pas à dire que l'Iran a parfaitement le droit de posséder des armes nucléaires. Pour ma part, je pense que le fait ou non que l'Iran en ait le droit importe peu et que le principal, c'est de préserver les intérêts stratégiques occidentaux dans la région. Toutefois, si un désarmement nucléaire totale de la région devait être une condition pour l'arrêt du volet militaire du programme nucléaire iranien, je pense que c'est une condition totalement acceptable.

Le désarmement nucléaire du monde, un rêve que je partage avec Barack Obama, passe par trois étapes. La première, une réduction drastique de l'armement des deux superpuissances nucléaires est déjà en bonne voie. L'étape suivante doit donc déjà être mise en chantier. Il faut s'assurer que tous les pays du monde signent le TNP et faire respecter strictement cet accord. La troisième étape, sans doute la plus difficile à concrétiser, consistera à désarmer les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité. Difficile sans aucun doute, mais impossible, j'espère que non. J'ai foi en l'humanité. Le 21ème siècle devra être celui où l'être humain aura su éliminer les menaces qu'il avait lui-même fait planer au-dessus de sa propre tête.

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26/05/2010

Pétrole: le grand enjeu stratégique de la première moitié du 21ème siècle

Oui je sais. Jusque-là rien de nouveau. Cela fait des décennies que le pétrole est déjà un enjeu stratégique. Et même le principal enjeu stratégique. Peut-être le seul. Alors qu'est-ce qui change ? Le fait est qu'il y a deux nouveaux facteurs qui en font plus que jamais le plus grand enjeu de ce début de siècle. Et seulement de cette première moitié de siècle d'ailleurs, car ensuite… il n'y en aura sans doute plus ! Ou en tout cas en quantité si faibles que notre économie aura déjà dû réussir sa reconversion ou à défaut se sera totalement effondrée.

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17/05/2010

Genève a un nouvel ennemi !

Oui, Genève s'est trouvé un nouvel ennemi ! On en a fini de s'en prendre aux étrangers venus du sud de l'Europe,  désormais considérés comme intégrés. Ils ont été remplacés par les étrangers venus d'Europe de l'Est et d'Afrique. On le sait bien, ils sont tous venus pour vendre de la drogue à notre brave jeunesse naïve. Si ce n'est souvent pour cambrioler nos chaumières. A cet ennemi du deuxième cercle, s'ajoute bien sûr les frontaliers, dont on connait l'avidité de francs suisses qu'ils ramènent chez eux dans leurs voitures diesel pour les déposer illico au Crédit Agricole. Et bien sûr, pour compléter ce tableau, on ne doit pas oublier la racaille annemassienne qui se cache parmi les frontaliers et pour qui on construit le CEVA! Et bien depuis peu, j'ai découvert dans les commentaires de la Tribune qu'un troisième ennemi venait s'ajouter à ces deux premiers. Il s'agit des employés de edge funds ! Bien sûr ces derniers ne viennent pas pour prendre l'argent des genevois, puisqu'il apportent de l'argent frais. Mais tout de même, on sait très bien ce qu'ils viennent chercher à Genève: ils viennent tout simplement pour nous voler notre bien-être de lacustres !

Car oui, désormais on le sait: chaque fois qu'un projet de construction qui ne soit pas réservé aux familles laborieuses voit le jour, c'est pour les employés de edge funds ! Ce sont les seuls à être capables de payer. Donc les nouvelles constructions ne servent qu'à loger de nouveaux venus, attirés par le paisible bien-être de notre cité. Bien-être qu'ils mettent donc en péril par leur simple venue! Car pour chaque nouvelle construction, c'est une poignée de braves Genevois qui perdent leur vue sur le lac ! Franchement quels égoïstes ces banquiers étrangers...

Plus sérieusement, cette accusion est souvent la critique de tout un système. On nous dit qu'il suffit de cesser d'attirer de nouvelles entreprises, ainsi il ne sera plus nécessaire de construire. Mais soyons clairs: qu'est-ce qui attire chez nous ces edge funds londoniens ? C'est simple, ce qui les attire c'est une fiscalité non confiscatoire, contrairement à celle qui vient d'être introduite en Grande-Bretagne. C'est aussi une place financière forte, malgré les attaques qu'elles a subies durant l'année écoulée. Doit-on changer cela ? Doit-on introduire une fiscalité défavorable au capital pour décourager ces sociétés étrangères de s'installer chez nous ?

Le problème, c'est que si nous faisions cela, nous vivrions la même chose que Londres. Non seulement personne ne viendrait plus s'implanter chez nous, mais de nombreuses autres sociétés s'en iraient pour des cieux moins défavorables ! Alors le seul résultat que nous obtiendrions, c'est une augmentation terrible de notre chômage. Et bien sûr, une fois que suffisamment de monde aura été forcé de dormir sous les ponts, la crise du logement sera enfin résolue puisque les appartements vides seront alors nombreux. Mais est-ce pour autant la bonne solution ?

14/05/2010

La gauche genevoise

La gauche à Genève a presque toujours été minorisée. La population genevoise a une majorité à droite, ça a toujours été clair. Mais il y a tout de même une exception. La ville de Genève, avec ses grands quartiers populaires, vote systématiquement à gauche, et cela depuis un bon moment. La raison en est simple. En ville, il est très difficile de trouver des logements bon marché. Les prix en loyer libre ou en PPE sont impossibles à payer pour la classe moyenne. Seule la part la plus riche de cette classe moyenne parvient donc à rester en ville. Pour le reste, la classe moyenne est de plus en plus rejetée à l'extérieur de la ville, dans les communes limitrophes, quand ça n'est pas dans le canton de Vaud ou en France. Les seuls à pouvoir rester en dehors des plus riches sont donc ceux qui bénéficient de logements sociaux, c'est à dire les classes les plus populaires, compte tenu des revenus extrêmement bas demandés pour y entrer.

Si on faisait voter les contribuables de la Ville, il est certain que la tendance s'inverserait. Car si la classe moyenne vit en majorité en périphérie, elle travaille majoritairement en ville. La conclusion est donc évidente: la part la plus importante des revenus de la Ville est perçue auprès de personnes qui n'ont pas le droit de se prononcer à propos des aménagements réalisés avec leurs impôts. C'est tout de même une situation intolérable, non ? Et bien loin de récompenser ces contribuables, la Ville passe son temps à leur imposer des chicaneries, les considérant comme des nuisibles, au contraire de ses gentils électeurs. Mieux: afin de s'assurer que la majorité ne change pas de côté, la gauche fait tout pour accentuer la difficulté de la classe moyenne à s'établir en ville.

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11:23 Publié dans Genève, Politique | Tags : gauche, genève | Lien permanent | Commentaires (5)

10/05/2010

Plaidoyer pour la vitesse sur rail en Suisse

J'ai toujours été un passionné de chemins de fer. Est-ce que cela me vient de ces années où je collectionnais les convois miniatures de mon train électrique et cherchais sans cesse à perfectionner le réseau qui encombrais ma chambre ? Ou est-ce dû au temps que je passais avec mon père à contempler ces belles locomotives sur des livres illustrés ? Oui je pense qu'il n'est pas étranger à cette passion. Disons donc que c'est un lègue familial.

Arrivé à l'âge adulte, j'ai découvert qu'en tant que citoyen suisse, j'étais en possession d'un autre réseau de chemins de fer. Et quel réseau! Le réseau suisse de chemins de fer est l'un des plus denses d'Europe. Au 19ème siècle déjà, la Suisse s'est lancée dans la construction de ce réseau qui rapprochait les cantons et ses habitants les uns des autres. Tout comme les Etats-Unis mais à une tout autre échelle, le pays s'est construit autour de ses chemins de fer. Le percement d'un ouvrage comme le tunnel du St-Gothard fait partie intégrante de notre histoire et a permis de sceller le lien fédéral avec le Tessin.

Mais aujourd'hui force est de constater que les chemins de fer ne sont plus le principal moyen de transport à longue distance en Suisse. Durant des décennies, ils se sont laissés distancer par la route et aujourd'hui notre pays s'est lancé dans une rénovation complète de son réseau ferroviaire avec les projets "Rail 2000" et les NLFA lancés dans les années 80. Mais si je pense que ça va dans le bon sens, je pense aussi que ça n'est pas assez.

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07/05/2010

Crise grecque: échec européen ?

Ici ou là, on entend dire que la crise grecque est une démonstration de l'échec européen. Bien sûr, l'inclinaison politique de ceux qui prédisent la fin imminente de la construction européenne ne laisse aucune équivoque. Mais finalement la question ne peut pas être évitée. L'Europe est-elle vraiment en cause ? Mieux: sans la construction européenne, la crise grecque aurait-elle aussi pu se produire ?

En réalité, les causes de la crise grecque sont pûrement internes. Une gestion calamiteuse de ses affaires publiques et un manque à gagner chronique dans les perceptions de l'Etat. A la rigueur, on peut accuser les payements directs européens d'avoir encouragé le pouvoir à dillapider cet argent sans aucune retenue. On peut aussi l'accuser d'avoir manqué à son devoir en laissant la Grèce (et d'autres pays) s'enfoncer dans les dettes publiques sans aucun plan visant à diminuer le déficit chronique. Car il ne faut pas oublier que l'accession à la zone Euro a en principe un prix: le déficit et la dette publics doivent être sous contrôle. Mais sans doute que par les temps qui courent, où les grands états de l'Union n'ont pas hésité à faire plonger leurs budgets très profondément dans les chiffres rouges afin de venir au secours des banquiers, ils se sont faits moins regardants sur la dette des autres...

Alors fin de l'Europe ? Je dirais pour ma part qu'il y a quelque chose de rassurant quand on voit le plan d'aide qui a été mis en place. Certes on peut critiquer le taux d'intérêt pratiqué, mais après tout, les règles des marchés veulent qu'on fasse payer les risques plus élevés. Et à moins de se tourner vers une économie planifiée, je vois mal comment faire autrement. On ne peut prêter aux mauvais payeurs sans se couvrir. Sinon quel intérêt y aurait-il à rembourser ses dettes ? On peut aussi critiquer l'obligation faite à la Grèce de se lancer dans une politique d'austérité. Mais bon. A un moment donné, il faut quand même arrêter les frais non ? Bref, ce qu'il y a de rassurant dans ce plan, c'est qu'on voit bien que malgré les rechignements initiaux, l'imbrication réciproque des économies européennes oblige à la solidarité. Devenus frères, les pays de l'UE ne peuvent plus se laisser tomber! Et sans l'Union Européenne, la situation de la Grèce aurait été bien plus catastrophique encore.

Mais le simple fait que la crise se soit produite met en lumière un problème très profond: le manque de contrôle supra-étatique au sein de l'Europe. On ne peut pas mettre en commun ce qu'on a de plus stratégique, c'est-à-dire sa monnaie, sans mettre en place un organisme de contrôle centralisé fort pour vérifier le respect des règles. Il est impensable qu'un état de l'Union puisse se laisser aller de la sorte et que personne ne mette le doigt sur ce manquement! Pour faire un parallèle à une échelle réduite, immaginons un pays fait de 23 cantons qui partagent une monnaie unique (le franc) et qui gèrent leurs administrations de manière indépendante. Si l'un de ces cantons se mettait à montrer une frivolité comparable à celle du gouvernement grec, au point de mettre en danger la santé financière de l'ensemble du pays, serait-il remis à l'ordre ? Et bien sans tarder oui! Car le pouvoir centralisé de ce pays fédéral a tout pouvoir sur le plan économique et sa banque centrale est seule compétente pour gérer la politique monétaire.

Il en va malheureusement tout autrement de la zone Euro. Les états restent compétents pour fixer leur politique économique et la banque centrale européenne n'est qu'une mise en commun de toutes les banques centrales des états. Et c'est probablement la cause première de l'apparition de cette crise. Si l'Europe veut éviter un tel fiasco à l'avenir, elle doit plus centraliser sa politique économique et donner un pouvoir fort à l'Union pour imposer une politique budgétaire stable aux états membres, pour vérifier son application et, le cas échéant, mettre les états sous tutelle. En gros, elle doit s'inspirer du modèle suisse. Donc, la solution à ce problème n'est pas la fin de l'Union Européenne comme certains le prétendent, mais un approfondissement de la construction de l'Europe économique.

06/05/2010

Révolution grecque ? Révolution mondialisée ?

Ce qui devait arriver est-il en train de se produire ? Malgré l'apparent bol d'air fourni par les membres les plus puissants de la zone Euro et par le Fonds Monétaire International, la Grèce s'enfonce dans le tourbillon d'une tornade économique que rien ne semble pouvoir arrêter. La Grèce qui par sa frivolité budgétaire est la première à sombrer, mais sans doute pas la dernière. Comme je le rappelais il y a quelques jours dans ce billet, l'hystérie keynésienne avec laquelle on a tout fait pour sauver la haute finance au détriment de l'économie publique a un prix. Celui de l'endettement public porté à son paroxysme. Celui d'une crise bien plus terrible que celle à laquelle on a presque échappé.

Le mécanisme est à la fois simple et complexe. Restrictions budgétaires drastiques. Arrêt de l'investissement public. Baisse des prestations sociales. Economie privée souffrant du manque d'investissements publics. Licenciements massifs. Augmentation du chômage coordonné à la chute du social. Troubles sociaux. Révolte. Renversement du gouvernement. Érection de guillotines. Boum font les têtes sur les pavés.

J'exagère ? J'espère bien. Mais je vois mal aujourd'hui comment arrêter tout cela. D'autant que la crise ne restera pas une simple crise grecque. Dans une économie mondialisée, les crises sont également mondialisées. Et si les crises mènent à des révolutions, ces révolutions sont à leur tour mondialisées. Et dans le fond, on peut se demander si ça n'est pas le mieux qui puisse se produire. Ce monde où le pouvoir économique repose entre quelques mains avides et où les gouvernements ne sont que de pacotille et font des courbettes devant le vrai pouvoir a quelque chose de fondamentalement malsain. Il est temps que ça change. Que le pouvoir revienne aux mains du peuple. Si possible dans le calme. Mais il est possible qu'il ne soit  déjà plus question de révolution pacifique. Est-ce le début de la fin ? On devrait en savoir plus dans les semaines à venir. D'autant plus que les évènements semblent évoluer rapidement.

Je ne parle évidemment pas ici de la Suisse qui devrait, heureusement, rester passablement préservée. Sa santé budgétaire pourrait être citée en exemple en Europe. Mais il ne faut pas se faire trop d'illusions. La dépendance de la Suisse vis-à-vis de l'économie européenne est aussi forte que si elle faisait partie de l'Union Européenne. Et juste un tout petit peu moins que si elle faisait partie de la zone Euro. Alors tout cela aura aussi des conséquences pour nous. Peut-être pas ou peu de troubles, mais des moments difficiles sont à prévoir.

03/05/2010

La société mondialisée survivra-t-elle à la fin de l'ère du pétrole ?

Enième hoquet de notre mode de consommation énergétique basée sur l'usage du pétrole, la marée noire en cours en Louisiane est bien évidemment une nouvelle incitation à se questionner à propos de l'avenir de cette substance. Une telle catastrophe est clairement inadmissible. Surtout que ça n'est de loin pas la première et que, si nous continuons à consommer le pétrole au même rythme, c'est encore moins la dernière !

3259_la-plate-forme-deep-water-horizon-en-feu-le-22-avril-2010.jpgMais si de tels évènements peuvent et doivent catalyser notre réflexion, il y a une catastrophe à venir bien plus grave encore pour notre avenir énergétique qui devrait nous faire réagir. Durant plus d'un siècle, notre civilisation a construit sa prospérité sur l'usage d'une forme d'énergie bon marché et, jusque-là, abondante. La découverte des applications liées au pétrole a dopé l'industrie et l'économie. Il est l'huile qui fait tourner l'économie. Mais beaucoup de spécialistes le disent: cette huile va bientôt venir à manquer et la machine économique pourrait bien de se gripper. Ces spécialistes donnent à nom à cette calamité: le pic pétrolier.

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30/04/2010

La Belgique ou l'échec d'un fédéralisme basé sur les communautés linguistiques

Bien sûr, il y a des précédents. On peut citer l'Irlande du Nord qui s'est longtemps déchirée sur la question de la séparation du Royaume-Uni. Mais dans ce cas-là, la souveraineté britannique sur ce petit morceau d'île est un reliquat de l'impérialisme britannique. Peu comparable donc. On peut aussi citer le divorce des Tchèques et des Slovaques ainsi que les multiples divorces ex-yougoslaves. Si le premier s'est réalisé dans le calme, les seconds se sont déroulés dans la douleur. C'est bien connu, pas tout le monde réussit son divorce. Mais ces deux cas partagent un point commun: ils sont issus d'un mariage forcé, maintenu en place par une dictature sans partage. Les tensions se sont donc accumulées pendant des années et lorsque la dictature a disparu, le mariage a sombré avec elle.

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29/04/2010

La grande faillite des plans de relance européens

On vous avait chanté les louanges de ces fantastiques plans de sauvetage que tous les pays développés ont lancé pour sauver leurs principales institutions financières. Même la Suisse, avec son gros plan de sauvetage de l'UBS, s'était jointe à cette grande action mondiale, censée sauver le monde d'un naufrage économique d'ampleur stratosphérique! Pour vous démontrer la nécessité de tels plans, on vous a rappelé que lors de la grande dépression des années trente, on avait cru qu'il ne s'agissait que d'une adaptation des marchés, que les branches pourries allaient casser et que les autres allaient les remplacer. Mais selon eux, si la crise s'est éternisée, c'est parce que ce mécanisme ne fonctionne pas. Lorsque l'économie chute, elle cale et ne parvient pas à redémarrer.

Ils suivaient en cela les théories de John Maynard Keynes, pourtant tombées en désuetude, qui avait analysé les raisons de la dépression. Ces théories, qui n'avaient jamais vraiment été confrontées à la pratique, ont alors été suivies à la lettre. Après la chute de Lehman Brothers, on s'est évertué à ne plus laisser tomber les banques d'investissement, pourtant largement responsables de la crise ainsi que de leur propre situation. Les états ont instantanément trouvé des sommes faramineuses pour sauver de la faillite ces géants financiers. Ces mêmes états étant pourtant eux-mêmes dans une situation économique assez difficile et en déficit chronique. Les milliards ont alors plu sur le monde bancaire. Jusqu'il y a peu, on s'est félicité un peu partout de la grande clairvoyance des gouvernements qui ont évité une grande partie de la crise. Pourtant les signes étaient là. Le G20, qui avait pour mission de créer une nouvelle régulation de la finance mondiale, n'a-t-il pas acouché d'une souris en ne réussissant à se mettre d'accord que sur des lois anti-"paradis fiscaux" ? Pourquoi la fiscalité était-elle la cible de ces grands états, alors qu'ils auraient dû se fixer sur les causes de la crise ? La réponse est simple pour qui veut la voir: tous ces grands états sont des colosses aux pieds d'argile. Ils se sont mis dans une situation budgétaire intenable avec leurs gigantesques plans de relance et recherchent maintenant le moindre revenu qui pourrait leur permettre de sauver leur peau. Mais rien n'y fera. Ils sont condamnés.

La situation est maintenant assez surréaliste. Ceux qui ont déclenché la crise sont toujours là. L'énorme manne financière qui leur a été fournie leur a évité les pourtant indispensables réformes qui auraient pu les assainir. Sans être la cause première de la crise, la reprise du système de rémunération variable pratiqué auparavant avant même le retour aux chiffres noirs prouve bien que le système est totalement pourri de l'intérieur. Tout est donc à nouveau en place pour qu'une nouvelle catastrophe financière se produise. Tout ce qui change, c'est que les états sont totalement démunis. Au prochain crash, ils ne pourront plus rien faire pour sauver les banques.

D'ailleurs, ils n'auront sans doute pas le temps d'avoir qui que ce soit à aider. Car après le gigantesque transfert de fonds dont les milieux financiers ont bénéficié au détriment des états, les premières victimes risquent bien d'être les états eux-mêmes. En Europe particulièrement, l'imbrication des économies risque de faire des dégâts sans précédent sur les économies publiques des grands états. D'abord les plus faibles vont être touchés. Mais il est évident que les grands états ne pourront pas les laisser tomber du fait de leur implication économique réciproque. C'est donc l'ensemble de l'Europe qui va sombrer dans la crise. Et le monde suivra. On a voulu éviter la crise. On a cru y être arrivé. Mais c'est bien connu en physique: rien ne se créé, rien ne se perd. C'est vrai pour l'énergie, mais c'est également applicable en économie. Lorsque de l'argent est artificiellement créé, cela fait un effet de bulle. Et toutes les bulles finissent par éclater. Si on cherche à les en empêcher, elles continuent à grossir et finissent de toute manière par éclater. Et alors, la catastrophe est bien plus gigantesque...

23/04/2010

La non-fusion Orange-Sunrise, une surprise ?

Une surprise pour tous les observateurs. C'est ce qu'on nous apprend dans la Tribune d'aujourd'hui. Il semble que beaucoup de monde tombe des nues en apprenant que la Comco a interdit à Orange et Sunrise de fusionner. Au travers de son édito, M. Pierre-Yves Frei fait la comparaison entre ce cas et la désinvolture avec laquelle la Comco a jugé les acquisitions effectuées par Coop et Migros ces dernières années. En effet, dans le commerce de détail, on se retrouve dans une situation où Coop et Migros se partagent le marché de fait, après notament les acquisitions de Denner par Migros et de Carrefour par Coop. C'est vrai que dans le cas de ces chaînes de magasins, la Comco n'a pas fait preuve d'une grande clairvoyance. Mais si on s'est trompé une fois, est-ce une raison pour se tromper à chaque fois ?

Pour ce qui est du commerce de détail, il faut reconnaître que l'enchaînement des évènements n'a pas aidé la Comco à prendre les justes décisions. D'abord, il y a eu l'arrivée d'Aldi et de Lidl sur le marché suisse. Bien que ne bataillant pas tout à fait dans le même segment de marché, l'arrivée de ces deux acteurs a forcément influencé la Comco dans ses choix. Puis le fait est que ces deux acquisitions n'ont pas été faites en même temps. D'abord il y a eu l'acquisition de Denner par Migros. L'acquisition de la plus grande chaîne du segment "discount" par le plus gros détaillant de Suisse était forcément un danger. La Comco a sans doute eu du mal à trancher. Mais c'est justement l'arrivée d'Aldi et Lidl sur un segment proche de celui de Denner qui a dû les convaincre que cette acquisition pouvait être validée.

Puis peu de temps après, Coop annonce sa décision de reprendre les points de vente laissés par Carrefour. D'une part, Carrefour ayant décidé de quitter le marché suisse, il était improbable qu'une nouvelle enseigne voit le jour. C'est un peu comme s'il n'y avait pas eu de plan B. Ensuite, juste après avoir accordé à Migros le droit de reprendre Denner, il était un peu difficile de dire non à Coop. Cela aurait biaisé la concurrence entre les deux grands détaillants, ce qui irait bien sûr à l'encontre de la mission de la Comco. C'est ainsi que, probablement la mort dans l'âme, la Comco a validé cette seconde fusion également. Elle a toutefois fixé des conditions à Coop, l'obligeant à céder des surfaces équivalentes à celles acquises en Suisse romande, sans doute afin de faciliter l'implantation des deux nouveaux arrivants dans notre bout de pays.

Pour ce qui est de la téléphonie, la situation est-elle la même ? D'abord, il faut séparer les activités de téléphonie mobile de celles de téléphonie fixe et de service Internet. En effet, Orange n'étant pas ou peu active dans les deux secondes, ces segments de marché ne posent pas de problèmes. De plus, une concurrence importante est déjà effective dans ces segments du domaine des télécommunications, un regroupement pourrait tout à fait se faire sans prétériter la concurrence. Par contre, dans le domaine de la téléphonie mobile, il existe une situation de concurrence faible, due à des raisons techniques principalement. Dans ces conditions, la Comco pouvait-elle accepter un regroupement de ces deux sociétés ? Evidemment non. Elle aurait failli à sa mission si elle avait accepté. Je ne peux dès lors pas comprendre que des observateurs qui se prétendent spécialistes de la question soient étonnés de cette décision. Il n'y avait pas d'autre décision possible, du moins pas avant qu'un autre acteur se présente pour reprendre la concession de téléphonie mobile libérée. Et compte tenu de la difficulté de s'implanter dans un marché aussi fermé, je ne pense pas que quelqu'un va montrer de l'intérêt prochainement.

Donc finalement, si Orange souhaite faire des acquisitions, il faudra se tourner vers la téléphonie fixe ou Internet. La Comco ne s'opposera pas à des acquisitions visant à la diversification des activités et non au regroupement. C'est le seul moyen que France Telecom peut utiliser pour atteindre une taille critique sur le marché suisse, sans doute assez étriqué au vue des ses ambitions européennes. Sunrise pourra également effectuer des regroupement avec d'autres sociétés plus petites actives dans ces marchés. Mais jamais, la Comco ne cédera sur la téléphonie mobile, car sa mission le lui interdit tout simplement. Qu'Orange et Sunrise en soient donc prévenus!

10:45 Publié dans Economie, Suisse | Tags : fusion, orange, sunrise | Lien permanent | Commentaires (0)

17/04/2010

A quoi sert l'OMS ?

On dirait une perte d'identité. A chaque fois que l'OMS prend position, c'est pour faire de l'alarmisme déplacé. Alors que le ciel suisse et une grande partie du ciel européen se vident de leur trafic aérien, pour répondre à un risque limité mais certain, l'OMS s'inquiète de la dangerosité des particules volcaniques pour la santé de la population. C'est à se demander si cette organisation est seulement capable de regarder ce qui s'est produit dans le passé. A l'échelle mondiale, les éruptions volcaniques n'ont rien d'exceptionnel. Une organisation internationale devrait donc être capable de faire des prévisions en se basant sur les cas répertoriés. Et l'expérience est sans équivoque: à moins de se trouver à proximité immédiate de la source volcanique, les nuages de poussière ne présentent aucun danger.

photo_1271455295336-1-0_w350.jpgEt pour cause. Outre le fait que ces nuages se déplacent en haute atmosphère et ne peuvent pratiquement retomber qu'en cas de pluie, et donc mélangés à l'eau de pluie, on parle de concentrations infimes. Même si le nuage se retrouvait au niveau du sol, ça ne ferait pratiquement aucune différence compte tenu des concentrations habituelles de particules polluantes. D'autant plus que ce volcan n'a rien de terrifiant. Les quantités de particules relâchées sont très limitées. En réalité, la seule chose qui rend cette éruption exceptionnelle pour nous, c'est le fait que le vent pousse le nuage de particules au-dessus de nos têtes...

Alors, outre l'interdiction de survol de notre espace aérien, que peut-on craindre ? L'effet le plus important qu'on  puisse craindre (ou espérer) ce sont des levers ou des couchers de Soleil plus longs et plus rougeoyants que d'habitude ! En effet, si le voile d'altitude est invisible à l'oeil nu, il fait office de prisme et lorsque le Soleil est bas, la lumière est difractée de manière plus prononcée que d'habitude. Il est également possible que ce nuage nous prive en partie du réchauffement printanier bienfaiteur que nous avait promis Meteosuisse pour ce week-end. Car le voile de particules sulfurées filtre la lumière du Soleil et l'empêche d'atteindre totalement le sol. Certains scientifiques, que je qualifierais pour ma part plutôt d'apprentis-sorciers, n'ont-ils pas proposé de rejeter des particules sulfurées dans la haute-atmosphère pour simuler l'effet des éruptions volcaniques et lutter ainsi contre le réchauffement planétaire ? L'effet refroidissant des nuages volcaniques est en effet bien connu. L'éruption du Pinatubo en 1991 est par exemple créditée d'un refroidissement planétaire de 0,6° pendant 2 ans ! Mais bien sûr, on n'avait pas alors affaire au même type de volcan. Il s'agissait d'une des plus terribles éruptions du 20ème siècle, qui a rejeté pas moins de 10 km3 de matériaux dans l'atmosphère ! Une grande partie de ces matériaux à fait le tour de la Terre et a continué à obscurcir le ciel de notre planète durant plusieurs années...

Pour en revenir à l'OMS, cette organisation a-t-elle encore une utilité ? Après avoir été à la source de l'alarmisme exagéré à propos de la grippette H1N1, elle lance une fois de plus un avis à l'emporte-pièce, allant jusqu'à conseiller aux asthmatiques de sortir avec un masque ! Après les masques pour les grippés, les masques pour les asthmatiques... A croire que les responsables de l'OMS possèdent des intérêts dans la fabrication de ces masques. D'ailleurs le problème est peut-être là: les responsables de cette organisation peuvent légitimement être mis en question. D'une part, la "crise" du H1N1 pose clairement la question de la collusion de ces responsables avec l'industrie pharmaceutique. D'autre part, ils semblent si empressés à appliquer le principe de précaution à tort et à travers à la première occasion, qu'ils paraissent totalement dépassés par leur charge. Alors je pense que la réponse est oui, l'OMS sert toujours à quelque chose. Mais l'organisation devrait remplacer au plus vite ses dirigeants avant que son discrédit soit total.

12/04/2010

Pour une école laïque en Suisse!

Ainsi des cantons alémaniques ont autorisé des fillettes musulmanes à fréquenter les cours de natation en burkini, maillot de bain éstampillé Islam friendly... Sur le fond, ils ont bien raison de trouver que ces jeunes filles ne doivent pas être dispensées de cours de natation du fait de leur religion. Et on pourrait penser comme eux que la burkini n'est pas une concession très grave. Mais le problème, c'est que cette concession est une dérive qui en appelle d'autres. Dès lors qu'on fait ce premier pas, qu'est-ce qui empêche qu'on accepte d'autres concessions ? Pourquoi les filles n'auraient pas le droit de fréquenter les cours en portant le voile ? Qu'est-ce qui les empêcheraient de travailler dans l'administration avec ce même voile ? Pourquoi ne pas accepter d'établir des heures d'ouverture spéciales pour les femmes musulmanes dans les piscines publiques ?

Il existe pourtant une réponse unique à toutes ces attaques contre notre système. Elle se nomme "laïcité" ! Cette réponse, universelle admise comme inattaquable par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour autant qu'elle règle les rapports à l'état de toutes les religions, est la protection ultîme contre toute tentative de la religion de s'immiscer dans la vie publique.  Or la Suisse, à l'exception de trois cantons dont Genève, n'a pas choisi officiellement la laïcité. Elle l'applique plus ou moins certes, mais aucune obligation n'est faite aux cantons et à leurs administrations de la respecter. L'école étant du ressort cantonal, il est évident qu'on voit dès lors un peu de tout. Des croix dans les écoles valaisannes, des cours de religion ici ou là. Et bien sûr la perception de taxes éclésiastiques est réalisée par la plupart des cantons. Non la Suisse n'est pas un pays laïque.

burkini.jpgDès lors, comment justifier une interdiction du voile islamique ? Si la religion chrétienne a le droit de s'immiscer dans la vie publique, pourquoi la religion musulmane ne le pourrait pas ? Certes, il nous semble à priori que l'église chrétienne est moins invasive que l'église musulmane. Mais ça n'est finalement qu'une question culturelle. Dans un pays à majorité musulmane, ce sont les traditions chrétiennes qui paraissent plus invasives. Et c'est cette meilleure adéquation avec notre culture qui nous a poussé à retarder le débat de la laïcité en Suisse. Il ne semblait pas jusqu'à aujourd'hui que notre démocratie avait besoin de se protéger de la religion. Mais l'arrivée de l'Islam devrait nous amener à revoir ce jugement. Car tôt ou tard, et plutôt tôt que tard, des lois ou des règlements spéciaux pour les personnes de confession musulmane vont commencer à fleurir aux quatre coins de Suisse.

Mais que signifie l'introduction de la laïcité en Suisse ? Et bien, il faudra commencer par éliminer de notre Constitution, ainsi que de toutes les Constitutions cantonales, toute référence à la religion. Entre autres les préambules, telles que le "Au nom de Dieu tout puissant" de la Constitution fédérale, doivent absolument en disparaître. Ensuite, un article doit y être ajouté, stipulant que l'état et la religion doivent être totalement séparées et cela à tous les niveaux de l'administration. Et enfin, il va de soi que l'article contre les minarets ne peut pas y perdurer tel quel, car il s'agit d'une référence religieuse inacceptable dans un état laïque. Il pourrait par exemple être remplacé par un article interdisant les constructions à caractère religieux ne respectant pas la tradition architecturale locale. Sur le fond ça revient à peu près au même. Sauf que ça n'est pas dirigé que contre l'Islam...

En revanche, contrairement à une idée reçue, la laïcité n'exclue pas le religieux. Par exemple, dans un état laïque des écoles privées à caractère religieux sont tout à fait admises. Alors, si on admet l'existence d'écoles catholiques, pourquoi on n'autoriserait pas la création d'écoles musulmanes ? Personnellement, ça ne me gênerait pas. Ou du moins, ça ne me gênerait pas tant qu'il ne s'agirait pas d'écoles coraniques destinées à faire du lavage de cerveaux chez les petits Musulmans. Un certain contrôle resterait donc nécessaire. Entre autres, ces écoles devraient respecter un programme de base permettant à tout moment de rejoindre l'école publique, programme auquel ces écoles pourraient ajouter un enseignement religieux prodigué par des pédagogues agréés. De même, des cimetières privés musulmans ou des piscines privées musulmanes n'entrent pas en conflit avec la laïcité. (contrairement aux carrés confessionnels dans les cimetières publiques ou les heures réservées aux femmes musulmanes dans les piscines publiques)

A noter que la Constituante genevoise envisage d'introduire un préambule à caractère plus ou moins religieux dans la nouvelle Constitution. Il s'agit d'une tentative évidente de l'église de mettre fin à la tradition laïque séculaire de Genève. Personnellement, cela constituerait pour moi un motif de rejet de toute cette Constitution. Et si la nouvelle Constitution devait contenir un tel article, non seulement je la refuserais, mais je militerais même activement contre elle.

Pour de plus amples renseignements sur la laïcité en Suisse, le site de l'association suisse pour la laïcité, présidée par Yves Scheller, explique très bien ces vues.

09/04/2010

L'accord START II est signé

Ce n'est pas une révolution, mais cela participe à une évolution plutôt positive. A petits pas, le monde se rapproche du but désormais poursuivi par le Conseil de Sécurité de l'ONU, à savoir l'élimination des armes nucléaires de la surface du globe. Certes une réduction d'un tiers du nombre d'ogives possédées par les deux grandes puissances ne va pas changer grand chose à la problématique. Toutefois, le fait que les deux grands se soient à nouveau assis à une table pour parler désarmement, c'était pratiquement inespéré il y a seulement deux ou trois ans. A nouveau, la dynamique est relancée et, on ne peut en douter, l'histoire reprend son cours dans la bonne direction.

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Toutefois, on peut encore entrevoir une différence de discours plutôt inquiétante à propos de l'Iran. Washingthon continue à montrer clairement sa fermeté vis-à-vis de cet état et de sa politique clairement illégale du fait qu'il est signataire du traité de non-prolifération. (TNP) En effet, les déclarations iraniennes selon lesquelles le programme nucléaire iranien serait purement civil ne tiennent absolument pas la route. Dans ce cas, pourquoi refuser la visite des installations nucléaires par l'AIEA ? (Agence Internationale de l'Energie Atomique) Pourquoi enterrer les sites d'enrichissement d'uranium dans des bunkers invisibles aux yeux des satellites et à l'abri des bombardements conventionnels ? Pourquoi développer parallèlement un programme de missiles à longue portée ? Croire à un programme nucléaire iranien purement civil, c'est se voiler la face. On ne peut pas y croire avec honnêteté. Et pourtant c'est ce que les Russes continuent à feindre de croire.

La raison en est simple. La Russie a largement participé au développement de la technologie nucléaire iranienne ! Bien sûr, ils n'ont joué un rôle que pour la construction d'implantations à caractère strictement civil en Iran. Toutefois, cette aide a largement profité au programme nucléaire militaire iranien, en lui faisant gagner de nombreuses années. Si les Russes ferment les yeux sur ce point, c'est qu'ils en ont tiré de substanciels bénéfices. Et bien sûr, parce qu'ils espèrent encore en tirer de nouveaux bénéfices. La conséquence, c'est une déclaration extrêmement molle à propos de l'Iran. Ils envisagent bien des sanctions, mais ne font aucune déclaration précise dans ce sens. Ils gagnent du temps c'est certain.

De même, la question des armes anti-missiles reste étrangement un point de discorde. Ce programme américain dirigé clairement contre l'Iran et la Corée du Nord est toujours ressenti comme une agression par les Russes. Pourquoi des armes défensives, développées par un allié et partenaire pour se protéger d'états tiers, devraient être ressenties comme une agression ? Bien sûr, ces armes sont également capables d'arrêter des missiles russes. Mais comme officiellement, ces missiles ne sont pas tournés vers l'Occident, qu'est-ce que ça peut faire ? Et bien le problème à nouveau, c'est les liens entre la Russie et l'Iran. La Russie ne fera rien pour froisser son voisin du Sud. Elle ne veut pas risquer que l'Iran se tourne totalement vers la Chine ou d'autres partenaires. Elle tient à ses contrats. Mais ce jeu dangereux que joue la Russie risque bien de se retourner un jour contre elle. Car aujourd'hui déjà, son territoire est à portée des missiles iraniens. Un jour ou l'autre, elle va probablement subir le chantage iranien. L'Iran qui ne manquera pas de prendre le leadership au sein de l'OPEP le jour il possédera la puissance militaire nécessaire pour dicter sa politique à tout les pays du Golfe Persique. L'Iran qui pourra alors fixer les conditions de l'accès au pétrole pour le monde entier. Et la Russie ne fera pas exception. Elle devra se plier aux règles fixées par l'Iran et aura alors perdu son indépendance parmi les pays producteurs de pétrole.

Pour éviter le piège qui lui est tendu par le président iranien Ahmadinejad, la Russie devrait aujourd'hui clairement prendre position. La seule position salvatrice à long terme serait de se ranger du côté occidental et, pourquoi pas, demander de bénéficier de la protection anti-missiles américaine. Elle pourrait même proposer un traité militaire élargi avec les pays de l'OTAN et d'autres états, tels les pays de l'ex-bloc de l'Est, le Japon et la Corée du Sud. Malheureusement, il ne semble pas qu'on en prenne le chemin. Le jeu des alliances internationales est très complexes et les intérêts économiques supplantent trop souvent les intérêts stratégiques. A ce rythme-là, ça n'est plus qu'une question de quelques mois avant que l'Iran soit en position de réaliser son premier essai nucléaire. Et alors, nous ne pourrons plus jamais nous sentir parfaitement en sécurité...

01/04/2010

Une croix autoroutière pour Genève!

Dans le cadre du projet d'agglomération franco-valdo-genevois, le Département de l'aménagement du territoire de Genève a dans ses cartons un nouveau projet: la Croix autoroutière! Exit la traversée du Lac, désormais on passera par le centre de Genève! Ce nouveau projet prévoit de relier par de longs tunnels l'autoroute des Jeunes, la douane de Vallard et l'échangeur du Vengeron. Une sortie permettra de quitter l'autoroute en plein centre de Genève, tout près de la gare Cornavin.

Je trouvecroix autoroutière.jpg ce projet très enthousiasmant, en ce sens qu'il permettrait de gagner un temps précieux pour se rendre au centre-ville. En quelques minutes, nous voilà rendus dans les grands magasins du centre depuis Perly, Thônex ou Bellevue! Quel progrès! Mais bien sûr, un tel projet devra être complété par de nouveaux parkings en ville, sinon le gain de temps ne servira pas à grand chose.

Si tout va bien, le projet pourra être soumis au vote du Grand Conseil dans les 5 ans. Ensuite, le projet sera soumis au référendum facultatif. Si un référendum est lancé, un vote devra être organisé dans l'année qui suit. Si bien qu'il est très possible que les travaux puissent commencer durant la présente décennie! Pour un achèvement aux alentours de 2025. Voilà qui est beaucoup mieux que l'année 2040 pour laquelle on nous annonçait la traversée du lac...

28/03/2010

Les médias participent-ils à la diffusion de l'antisémitisme ?

Aujourd'hui, on apprend par la Tribune de Genève que le rapport 2009 de la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation) montre un accroissement des propos antisémites sur le web et que près de la moitié a été proférée durant l'opération "Plomb durçi" en janvier. Et justement, en janvier nos médias avaient inconditionnellement pris parti pour Gaza, dirigée par le Hamas faut-il le rappeler, plutôt que choisir la neutralité dans un conflit qui ne nous concerne pas directement.  Les articles parus à cette occasion étaient clairement orientés, parlant par exemple des hôpitaux bombardés, en oubliant de préciser que le Hamas les avait militarisé en violation claire des lois et coutumes de la guerre. D'ailleurs, toute l'opération a été montrée comme une agression sans provocation, en faisant peu de cas des attaques répétées du Hamas contre des villes israéliennes.

Depuis, les médias se font régulièrement l'écho de violations des droits de l'homme, révélées entre autres par l'association Amnesty Internationale, mais en oubliant de citer les violations des droits de l'homme proférées par le Hamas sur sa propre population. Il est vrai qu'on ne sait pas grand chose sur ce que vivent les gens dans cet enfer. Aller y enquêter est quasiment impossible. Le Hamas vérouille l'information et ne laisse filtrer que ce qu'il souhaite. Dès lors, il n'est pas étonnant qu'Amnesty International ne voit qu'une petite partie des violations qui ont probablement lieu. Le moins qu'on puisse espérer de leur part, c'est de l'avouer.

Alors en prenant fait et cause pour les Palestiniens contre Israël, les médias occidentaux ne participent-ils pas à l'installation d'un sentiment antisémite latent, qui ne demande pas mieux que ce feu vert pour se dévoiler au grand jour ? Si les médias ne montrent pas l'exemple en restant parfaitement neutres et en ne citant que des faits, il n'est pas étonnant que les antisémites se mettent à parler sans honte. Mais le problème de fond n'est-il pas que l'antisémitisme a déjà gagné les médias ?

11:37 Publié dans Monde, Suisse | Tags : antisémitisme | Lien permanent | Commentaires (46)

27/03/2010

Sécurité routière: une statistique encourageante

Vous souvenez-vous de début novembre et de ces trois accidents mortels survenus coup sur coup ? Ils avaient fait énormément réagir. J'y avais moi-même consacré un billet plus étonné par le battage médiatique qu'on faisait autour de cette série d'accidents et par les réactions de politiciens que choqué par ce qui arrivait. Car il faut bien dire que l'humain se fait une fausse idée du hasard. Il pense que lorsque des évènements se déroulent au hasard, ils doivent forcément se dérouler à intervalle plus ou moins régulier. La meilleure preuve, c'est la croyance courante en une "loi des séries". Lorsqu'un évènement se déroule plusieurs fois d'affillée, on pense qu'il s'agit d'une sorte de fatalité. Mais c'est totalement faux. Il faut différencier les statistiques de la réalité. Ce n'est pas parce que les statistiques prévoient qu'un évènement se passe 3 fois par an, qu'il va se produire tous les ans 3 fois. Certaines années, il peut se produire 10 fois, et d'autres jamais! Ce n'est que sur les grands nombres que la réalité commence à se rapprocher de plus en plus de la statistique.

330061507.jpgOr, la statistique sur les accidents mortels à Genève ne peut pas être précise du fait du nombre, heureusement, très peu élevé de cas! La police cantonale vient de sortir sa statistique pour l'année 2009. On y voit que le nombre d'accidents, y compris les accidents avec blessés et les accidents avec dégâts matériels simples, sont en constante baisse depuis des années et cela malgré l'augmentation régulière de trafic. L'année 2009 semble même marquer une accélération de cette diminution alors que le nombre d'accidents était presque stable depuis 3 ans. Il faudra toutefois vérifier ce fait dans les prochaines années, mais le nombre total d'accidents est suffisamment élevé pour que la statistique soit assez fiable.

Finalement, il n'y a qu'un seul type d'accidents qui augmente, ceux avec décès! Et quelle augmentation: près de 50%. C'est sans doute malheureux, mais il faut voir que les fluctuations du graphique sont très importantes. A n'en pas douter, il s'agit d'une accumulation d'évènements qui sera probablement compensée l'année prochaine par une nouvelle baisse. Globalement, il est même probable que la tendance statistique suive la même courbe que celle des accidents, même si c'est difficilement perceptible. Car le taux d'accidents mortels n'a à priori aucune raison de varier beaucoup. Celui-ci se situe aux alentours de 1/200.

Et maintenant où sont-ils ces politiciens qui voulaient prendre des mesures spéciales pour enrayer les dangers croissants sur la route ? Ne réagissent-ils qu'aux journaux de la veille ? Ne sont-ils pas capables de suivre une ligne de conduite sur le long terme ? Il faut lutter sans cesse pour améliorer la sécurité de la route. C'est un travail quotidien et ceux qui en sont chargé n'ont pas attendu ces réactions pour s'en occuper. La meilleure preuve, c'est que les routes genevoises sont de plus en plus sûres, année après année. Dans cette statistique, ce que je trouve le plus intéressant, c'est le nombre d'accidents par voie de circulation. Il montre où il faut prendre des mesures pour continuer à abaisser le nombre d'accidents. Et c'est sans doute là-dessus qu'il faut mettre l'accent, plutôt que de prendre des mesures générales parce que 3 accidents d'affilée se sont produits.

26/03/2010

La Suisse condamnée

Ainsi nous avons été condamnés. Ça nous pendait au nez. En prenant une décision discriminatoire qui n'avait aucune chance d'être acceptée du reste du monde, nous nous exposions à l'incompréhension. Le monde n'a pas interprété le vote anti-minarets des Suisses comme un simple vote sanction. Il a jugé qu'il s'agissait d'un vote raciste. D'un geste de repli et d'exclusion d'une communauté. La seule consolation que nous puissions avoir, c'est d'avoir été soutenus par l'ensemble de l'Europe et par les Etats-Unis. Ça faisait longtemps qu'on attendait de pouvoir compter sur ces pays! Mais ce sont des pays qui ne font généralement pas beaucoup de cas des Droits de l'homme qui ont fait pencher la balance. Pour une fois que ce ne sont pas eux qui subissent une condamnation, ils ont pu s'en donner à coeur joie.

79716553.JPGIl est vrai que cette condamnation n'a pas force contraignante. Car évidemment, si les décisions de la commission des droits de l'homme des Nations Unies avaient force contraignante, peu de pays reconnaîtraient sa validité. En effet, la plupart des pays subissent très souvent des condamnations, sans en tenir aucun compte bien évidemment. Donc la Suisse n'a pas à modifier quoi que ce soit à sa constitution pour autant. Elle n'en a d'ailleurs tout simplement pas le droit. A partir du moment où la condamnation n'a pas force contraignante, personne n'a le droit de modifier la constitution sur sa seule base.

Par contre, il ne faut pas oublier que plusieurs recours auprès de la Cour Européenne des Droits de l'homme, tribunal faisant partie des institutions du Conseil de l'Europe, ont été déposés. Lorsque la Suisse a choisi d'être signataire de la convention qui régit cet organe, elle a également accepté de se soumettre à ses jugements. Ces derniers ont donc force contraignante. Et on imagine assez mal les juges de Strasbourg ne pas tenir compte de la condamnation des Nations Unies. Cette condamnation nous rapproche donc d'un scénario catastrophe: un vote invalidé et notre constitution modifiée!

On aurait pu éviter cela. Il aurait fallu ne pas envoyer le peuple voter sur un texte qui nous exposait à ces condamnations. Mais pour cela, il aurait fallu que nos parlementaires fassent preuve de plus de discernement. En effet le jeu de la politique a joué en faveur de l'initiative. Afin d'éviter la victimisation de l'UDC, les autres partis, ou du moins certains d'entre eux, ont décidé de valider le texte, malgré tous les problèmes qu'il posait. Et les évènements leur ont donné tort. Leur faute est directement responsable de la situation dans laquelle nous allons probablement nous retrouver.

Le moins qu'on puisse espérer désormais, c'est que nos institutions évoluent afin d'éviter une situation pareille à l'avenir. Cette situation a d'ailleurs peu de chances de se produire au niveau cantonal, car le Tribunal Fédéral est compétent pour juger de la recevabilité des textes proposés dans les cantons. Donc de leur constitutionnalité et de leur respect du droit supérieur. Il est bien dommage que le TF ne dispose pas de la même compétence au niveau fédéral. Cela doit changer. Ou du moins une cour constitutionnelle doit être créée comme c'est le cas dans la grande majorité des démocraties. Seul un organe juridique pourra juger les textes d'un point de vue strictement juridique sans qu'il y ait pollution d'intérêts politiciens. Une telle réforme est vitale pour notre pays. Bien plus que la réformette du gouvernement dont on parle ces jours! Alors qui va mettre cela sur le tapis ?

22/03/2010

Energies renouvelables: la solution du PS

Ca fait un moment qu'il y a polémique dans le domaine de l'énergie. On le sait, durant ce siècle nous allons devoir remplacer le pétrole comme source d'approvisionnement principale en énergie. Cela signifie bien sûr qu'il va falloir refondre toute notre société autour d'un nouveau mode de consommation de l'énergie. Les énergies renouvelables sont une des solutions. Il y en aura sans doute d'autres. Mais quoi qu'il en soit, cet avenir sans pétrole, c'est aujourd'hui que nous devons le créer. C'est bien tout un modèle de société qu'il va falloir construire. Le changement sera aussi fondamental pour notre mode de vie que l'électrification  l'avait été pour le réseau ferroviaire. Il est probable que l'une des voies technologiques pour arriver à atteindre ce but sera une baisse de la consommation globale. Et il est également probable que dans l'avenir l'énergie deviendra une denrée moins abondante et donc plus chère. D'autant que la demande mondiale risque d'exploser dans le même temps. Voilà pourquoi nous ne devons pas attendre et nous lancer dès aujourd'hui dans cette refonte de notre mode de vie. Malheureusement, pour l'instant on parle et on n'avance pas beaucoup...

289716698.jpgSi les énergies renouvelables sont effectivement une voie encourageante à explorer, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles ne sont pas prêtes à fournir des quantités d'énergie équivalentes à ce que nous accorde généreusement le pétrole. Pour l'instant, elles n'ont même pas, et de loin, la capacité de remplacer l'énergie nucléaire, qui représente 40% de notre production électrique. (voir ici pour les détails) Tout au plus, elles peuvent suffire à compenser le surplus de consommation dû à l'augmentation de la population. Il est donc déjà irresponsable de prétendre que nous n'avons pas besoin de remplacer la production d'énergie de nos centrales nucléaires vieillissantes par autre chose que les énergies renouvelables. Le PS et les verts le font pourtant depuis longtemps. Et ils rencontrent malheureusement un certain écho dans la population. Grâce à cette stratégie, nous pouvons déjà considérer que dans une dizaine d'années environ, nous passerons dans une situation de pénurie chronique. Et bien sûr, notre économie va sérieusement en pâtir.

Mais le PS ne s'arrête pas là. Il propose désormais de remplacer aussi le pétrole par les énergies renouvelables! Et cela dans les 20 prochaines années! Et que proposent-ils pour que la technologie des énergies renouvelables soit capable de remplacer le nucléaire et le pétrole d'ici là ? C'est simple: ils veulent les rendre obligatoires! C'est tellement simple qu'on se demande pourquoi personne n'y avait pensé avant. La technologie n'est pas prête ? Et bien c'est pas grave, désormais il est obligatoire qu'elle soit en mesure de remplacer le pétrole et le nucléaire!  Une solution légale pour solutionner un problème technique. C'est génial non ? Basée sur le principe de "les lois inapplicables n'ont jamais tué personne", cette proposition ne fait pas avancer le schmilblick. Elle sème seulement la confusion et empêche de choisir les solutions transitoires et de mener la nécessaire recherche dans des domaines bien plus variés que celui proposé. Elle nous empêche de réfléchir à notre pérénité énergétique à moyen et long terme. Bref, elle va nous conduire tout droit à la catastrophe. Et j'ai bien peur que le PS arrive à convaincre pas mal de monde...

21/03/2010

Et si le plus grand problème de Genève était l'imposition à la source des frontaliers ?

Suite au jugement du Tribunal fédéral accordant les mêmes déductions aux personnes imposées à la source qu'aux autres contribuables, Eric Stauffer parle de déposer une motion pour que Genève renégocie les conditions d'imposition des frontaliers avec la France. Et bien il a peut-être raison. Mais pas pour les raisons qu'il pense ! Il faut bien se rendre compte que la situation de Genève, où les frontaliers sont imposés dans leur pays de travail et non dans leur pays de résidence, est vraiment unique. La norme en Europe et même en Suisse, c'est l'imposition dans le pays de résidence. Genève profite donc largement de ce système d'imposition. Et il est évident que par les temps qui courent, il vaut mieux que la France ne se penche pas sur ce cas particulier. Car actuellement, le gros des impôts des frontaliers reste en Suisse et seule une petite partie est reversée aux municipalités de domicile. L'Etat français quant à lui ne touche rien du tout...

Dès lors, il est assez amusant de lire les anti-frontaliers dire que la France doit prendre en charge les frais pour les infrastructures nécessaires aux frontaliers. Car après tout, si la France ne touche pas un sou, pourquoi elle payerait quoi que soit ? N'est-ce pas plutôt à Genève de payer pour pouvoir profiter de cette main-d'oeuvre facile et nécessitant peu d'investissement ? Les municipalités de France voisine sont bien sûr plutôt riches selon les critères français, mais leur rôle n'est pas de payer les grosses infrastructures. Elles ne doivent investir que dans les infrastructures locales.

De l'autre côté, il faut aussi se demander pourquoi Genève payerait pour pouvoir loger ses travailleurs, alors que c'est financièrement beaucoup plus intéressant de les faire loger par la France. Dès lors, on ne doit pas s'étonner que le Conseil d'Etat ne fasse aucun effort pour régler ce qui est tout de même le principal problème de Genève, à savoir le manque de logement. De même, si on devait faire confiance au privé pour compenser les lacunes de la politique cantonale, on peut aussi se demander pourquoi les entrepreneurs construiraient plus de logements pour les vendre moins cher, alors qu'ils sont les premiers bénéficiaires de la pénurie...

Alors finalement, si la France imposait elle-même les frontaliers, ne serait-ce pas la solution à nos problèmes ? Cela ne forcerait-il pas nos autorités à chercher à attirer les employés des entreprises genevoises sur son territoire  pour compenser cette perte de contribuables ? Car je suis certain que peu de frontaliers le sont pour le plaisir. Il ne faut pas oublier que la libre circulation autorise toute personne au bénéfice d'un contrat de travail à s'installer en Suisse. Alors pourquoi les frontaliers restent en France ? Est-ce parce qu'ils prennent plaisir à passer des heures dans des embouteillages interminables ? Et si ce que certains affirment est vrai, à savoir que les employeurs genevois font de la sous-enchère sur les salaires des frontaliers, est-ce qu'un frontalier est heureux de gagner moins ? Ne préférerait-il pas gagner le même salaire que les résidents ? S'il lui suffisait de venir s'installer dans le canton de Genève pour bénéficier d'un salaire plus haut, pas de doute qu'il le ferait. Enfin s'il pouvait se loger à Genève...

Car finalement, si les frontaliers restent frontaliers et si les nouveaux arrivants dans la région s'installent majoritairement en France, c'est surtout parce qu'il est devenu impossible de se loger à Genève à bon compte ! Le seul moyen de payer un loyer correct, c'est d'être installé dans son appartement depuis longtemps. Si on veut changer de logement, les augmentations sont insuportables. Si on veut devenir propriétaire, il vaut mieux franchir la frontière cantonale, pour aller s'installer en France ou dans le canton de Vaud...

Bref, on peut se demander si la cause de tous nos souçis, ça ne serait pas ce mode d'imposition des frontaliers, qui favorise tellement la situation actuelle et qui empêche de trouver des solutions profitables à tous. (si on excepte bien sûr le canton, les employeurs et les entrepreneurs...)