05/02/2010

Micheline Calmy Rey a simplement répondu honnètement

Que de bruit autour d'une petite parole de ministre. Une réponse à une question piège qui plus est. Mais finalement, elle n'a fait que répondre honnètement. Lui reprocher d'avoir dit ce qu'on ne veut pas entendre, c'est lui reprocher de ne pas avoir menti ! Car oui, du point de vue allemand, acheter les données volées, c'est absolument logique. Même si ça n'est pas très moral. En matière criminelle, on agit souvent de la sorte. Acheter des renseignements est une pratique courante lorsqu'il s'agit d'accumuler des preuves ou des témoignages concernant des délinquants ou criminels. Et l'impunité est souvent requise en faveur des petits délinquants quand il s'agit d'attraper de plus gros poissons. Regardez comment agissent les juges anti-mafia en Italie. Dans ce domaine, sans ces pratiques, il n'y aurait tout simplement pas d'enquête criminelle qui puisse se faire.

Cette parole de la ministre des affaires étrangères était sans doute destinée à calmer le jeu avec un pays qui est avant tout un ami et notre plus grand partenaire économique. Il s'agissait de ne pas jeter la pierre à un ministre des finances allemand qui finalement ne fait que son devoir. En effet, comment pourrait-il justifier auprès de la population allemande de ne pas avoir tout fait pour attraper des fraudeurs ? Le fait est que le système suisse est sur le fond peu défendable tant qu'il couvre du secret les actes de délinquants étrangers. Ou de délinquants suisses d'ailleurs. Certaines paroles de Peer Steinbrück étaient vraiment condamnables. Désormais on a affaire à autre style. Mais il faut que les Suisses sachent que le résultat est le même. La guerre que le fisc allemand livre à ses fraudeurs continuera à éclabousser notre pays. Alors plutôt que de se mettre à dos l'ensemble de la planète et à jouer ensuite les martyrs, nous devrions peut-être commencer à penser à réformer en profondeur notre système financier.

02/02/2010

La confiance n'est plus de ce monde (bancaire)

Après la France, qui en se procurant de manière illicite des fichiers de HSBC s'en est pris à toute la place financière genevoise qui risque de subir pour longtemps la perte de confiance de ses clients internationaux, c'est au tour de l'Allemagne de s'en prendre au secret bancaire suisse et probablement plutôt à la place financière zurichoise. On ne sait pas encore grand chose, ni la banque concernée, ni l'identité du futur-riche voleur, mais ce dont on est sûr, c'est que désormais, les banques vont être obligées de faire un grand nettoyage en leur sein, tant la confiance envers les employés doit avoir chuté. Il est vrai que la manière dont Hervé Falciani a réussi son coup, probablement contre rémunération, a dû aiguiser d'autres appétits. Et s'il s'avère que c'est bien une nouvelle affaire, et que cette fois c'est un frontalier allemand qui est concerné, alors il faudra que les banques suisses en tirent les conclusions qui s'imposent: faire signer une déclaraton de confidentialité n'est plus suffisant lorsque les états environnants sont prêts à payer des fortunes pour des informations.

La conséquence sera probablement un grand nettoyage aux postes qui peuvent avoir accès à des informations sensibles. On peut en effet se demander si une personne qui n'est pas de nationalité suisse peut encore être considérée comme fiable. Et encore. A ce niveau, personne ne peut plus être considéré comme fiable. Car pour quelques millions, beaucoup d'entre nous seraient prêts à s'expatrier en Allemagne, Suisses ou non ! Les données les plus sensibles ne devront donc plus être accessibles qu'à un nombre extrêmement réduit de personnes. Et elles devront être les plus fragmentaires possibles. C'est le seul moyen qui reste aux banques pour protéger plus ou moins efficacement leurs données. Et sans cela, pas possible de restaurer la confiance de la clientèle internationale.

L'autre solution serait d'accepter la défaite. Nous nous plions au diktat de nos grands voisins et acceptons de mettre fin à notre secret bancaire. Nous pourrions laisser par exemple quelques mois aux clients qui ne sont pas en règle pour se mettre en accord avec les législations de leurs pays ou, plus probablement, pour expatrier leurs fonds à Panama, Dubaï ou à la Barbade. Ce qui en tout cas est sûr, c'est que nous ne pouvons plus accepter un statut quo qui met des clients qui avaient confiance en nos institutions dans une position délicate. Car je pense que sans secret bancaire, notre place financière aurait plus d'atouts qu'avec un secret bancaire aussi bancal qu'aujourd'hui et dans lequel bientôt plus personne dans le monde ne fera confiance.

31/10/2009

A quel point êtes-vous responsables de la pollution ?

Vous le savez, chaque jour, lorsque vous prenez votre voiture, lorsque vous allumez votre machine à laver ou même lorsque vous répondez à un appel sur votre téléphone mobile, vous polluez. C'est un fait incontestable. Mais dans quelle proportion ? Ça on vous le dit rarement. Actuellement, on parle souvent d' "empreinte carbone" en cherchant à faire croire que la pollution, c'est le CO2. Or parmi toutes les émissions dont l'homme est responsable, il n'y en a qu'une qui ne puisse en aucun cas être définie comme de la pollution, c'est le CO2 ! (voir ce précédent billet pour plus d'explications) On dira sans doute que c'est pareil car lorsqu'on dégage du CO2, on dégage aussi d'autres substances beaucoup plus nocives. Et bien ça n'est pas totalement vrai.

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14/07/2009

Des centrales solaires dans le Sahara

En lisant la TDG ce matin, cet article m'a particulièrement intéressé. Voilà enfin un projet concret qui propulsera l'approvisionnement énergétique de l'Europe dans le 21ème siècle. Le solaire, c'est l'avenir. Car quelle autre source d'énergie totalement renouvelable est aussi abondante que celle que nous prodigue l'astre du jour ? Seulement pour la capter, il faut prévoir de larges surfaces. Et il serait bien sûr dommage de sacrifier des surfaces forestières ou agricoles en les couvrant de miroirs. Et une implantation doit de plus bénéficier d'un ensoleillement adéquat. Dans ces conditions, la solution consistant à couvrir le désert de panneaux solaires semble s'imposer tout naturellement !

solar2.jpgSeulement voilà. Les déserts proches de l'Europe se trouvent tous dans des pays instables et confier notre approvisionnement énergétique à de tels pays semble assez incertain. Il faudra donc s'assurer de la collaboration à long terme de ces pays. Quitte à laisser tomber certains d'entre eux. Par exemple, je suis effaré de voir qu'on envisage des implantations en Libye ! Un pays dirigé par un fou furieux lunatique capable de décider du jour au lendemain de faire passer un pays de la liste de ses partenaires à celle de ses ennemis. Les Européens feraient bien de regarder la façon dont il traite aujourd'hui la Suisse avant d'en faire un partenaire commercial privilégié...

Autre problème, le transport de l'énergie. Car l'énergie électrique se transporte assez mal. Selon la loi d'Ohm, les pertes sont proportionnelles à la distance. Si ces pertes sont assez négligeables sur des distances de quelques centaines de kilomètres (si on utilise des lignes à haute tension en tout cas) elles deviennent bien plus importantes lorsqu'on passe à des distances de plusieurs milliers de kilomètres. Il faudra donc utiliser de nouvelles technologies. Il s'agira soit d'augmenter la tension électrique des lignes, (ce qui a pour effet d'abaisser le courant électrique et donc les pertes) soit prévoir des méthodes de transport encore plus inédites, par exemple avec  des câbles supraconducteurs. Dans ce dernier cas, il est évident que le coût de revient serait gigantesque. D'autant que les lignes devraient alors être entièrement enterrées. Dans le premier cas par contre, les lignes pourraient toujours être aériennes, mais les pilônes devraient être beaucoup plus grands que ceux utilisés pour le 400'000 Volts. Donc la aussi, le transport aurait un coût non-négligeable.

Et finalement, le solaire pose un grand problème qui l'empêche d'en faire la source de production exclusive pour l'électricité. L'énergie n'est produite que de jour. Et même si la consommation nocturne est plus faible, elle n'est pas inexistante. D'autant qu'il est possible que nous changions notre manière de consommer dans les décennies à venir. Si par exemple la voiture électrique se généralise, il est évident que la recharge des batteries se fera principalement de nuit pour bénéficier des tarifs plus avantageux. Dans ce cas, la part de la consommation nocturne pourrait augmenter rapidement. Et comme l'énergie se stocke très mal, il faudra produire plus d'énergie la nuit. Pour l'instant cela ne pose aucun problème car la production nocturne est largement excédentaire. Mais si nous nous mettions à consommer plus de nuit à l'avenir, il faudrait en tenir compte. Ainsi, l'énergie solaire ne pourra jamais devenir la source exclusive d'énergie électrique. Par contre, associée à d'autres sources, elle doit absolument faire partie de notre avenir énergétique.

07/07/2009

La Turquie doit-elle entrer dans l'Union Européenne ?

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'en déposant une demande d'adhésion, la Turquie a mis les Européens devant un dilemme. Deux camps bien tranchés se sont immédiatement fait jour et il s'agit depuis d'un des plus gros motifs de discorde au sein de l'Union. Et c'est une première, car lors des précédents élargissements, les voix qui se sont opposées par principe aux nouvelles adhésions étaient rares. A la suite de la chute du rideau de fer, l'Occident avait accueilli à bras ouverts ces pays frères qui avaient, l'espace de quelques décennies, quitté le giron familial. La seule question qui se posait réellement concernait le niveau de vie de ces pays et la période transitoire durant laquelle ces pays allaient devoir rattraper les pays occidentaux. Ainsi que dans certains pays, un déficit démocratique qu'il fallait combler avant l'entrée de ces pays. Mais sur le fond, il n'y a jamais eu de réel problème. Il a toujours été considéré comme normal de les accueillir pour autant qu'ils le souhaitent.

Par contre, en ce qui concerne la Turquie, le problème est bien plus profond et touche à l'idée même qu'on se fait de l'Union Européenne. Souhaite-t-on qu'elle soit un simple espace de libre-échange ? Voire un instrument pour se renforcer mutuellement et avoir plus de poids face aux autres grandes puissances économiques ? Ou veut-on aller plus loin et la voit-on comme une association de pays qui se sentent proches les uns des autres et qui veulent bâtir un avenir commun ? Dans ce dernier cas, il y a de fortes chances qu'on ait une appréhension à y voir entrer un grand pays musulman. La question est donc plutôt ardue.

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16/05/2009

Des quotas pour les travailleurs étrangers ?

Ainsi donc, le Conseil Fédéral s'est mis à parler de la mesure de sauvegarde qui l'autorise, selon l'accord sur la libre circulation, à réintroduire temporairement les quotas de travailleurs étrangers venant de l'Union Européenne. Il n'a fait qu'en parler bien sûr, car le but n'est sans doute pas d'introduire un quota, mais plutôt de montrer les dents...

Car qui seraient les premiers touchés par une telle mesure ? Les deux grands voisins bien sûr. La France et l'Allemagne. La France où les entreprises suisses se servent allègrement en travailleurs frontaliers, et l'Allemagne qui est devenue le principal fournisseur d'immigrants pour notre pays. Et il se trouve que ces deux pays sont justement ceux qui, en Europe, cherchent à imposer à la Suisse des mesures fortement limitatives sur le secret bancaire. Ceux qui se plaignent ouvertement de l'évasion fiscale dont bénéficierait, selon eux, la Suisse. Finalement, il ne s'agit de rien d'autre que d'une guerre d'annonces ! Alors est-ce un hasard si Peer Steinbruck s'est engagé auprès de parlementaires suisses à mettre de l'eau dans son vin et à éviter les déclarations trop agressives ? Pas sûr…