15/09/2017

L'Homme et le hasard

Après le passage de pas moins de quatre ouragans dans les Antilles et le golfe du Mexique, ce qui est frappant, c’est la tendance de beaucoup à mettre cela sur le dos du réchauffement climatique. Et cela alors que les météorologues eux-mêmes ne s’y risquent pas. En effet, il est extrêmement difficile de mettre un évènement climatique quel qu’il soit sur le compte d’un changement climatique à grande échelle. Et même si quatre ouragans se succèdent, on peut penser que cela est dû à des conditions océaniques particulières durant cette année et dans cette région. Cela ne peut par contre pas être considéré comme une preuve d’un changement à long terme.

irma.jpgEn réalité, au delà de la tristesse que je ressens devant le dénuement des populations touchées, cela m’inspire une réflexion sur la perception que l’Homme a du hasard. Je pense que l’être humain déteste le hasard. Pour lui il rime avec danger. (qui en anglais se dit ‘Hazard’ tout comme le hasard, ça n’est sans doute pas pour rien) Pour cela il préférera dire qu’un événement climatique catastrophique est dû à sa propre incurie, et donc qu’il a les moyens d’y remédier, plutôt qu’accepter l’éventualité qu’il soit dû au hasard des circonstances.

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19:02 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (2)

02/09/2017

Le nouvel impérialisme est-il durable ?

Aujourd'hui, l'impérialisme colonial comme il s'est pratiqué de l'Antiquité à la période moderne semble avoir disparu, au moins provisoirement. Suite à la décolonisation, on a cessé d'étendre son territoire par l'invasion de pays tiers et par l'occupation physique de ces pays. La première conséquence, c'est que le nombre d'états a littéralement explosé. Il est passé de 53 états souverains en 1914 à 197 états reconnus par l'ONU aujourd'hui, soit un quasi-quadruplement en un siècle. Ces états sont considérés comme intouchables du point de vue de la souveraineté par les règles de l'ONU et toute agression extérieure est considérée comme un crime de droit international, susceptible d'être sanctionné par le conseil de sécurité, comme ça avait été le cas lors de l'invasion du Koweit par l'Irak.

Mais ça n'est pas parce qu'on n'étend plus la taille de son territoire par la force que toute forme d'impérialisme a disparu. La forme ancienne a été remplacée par une forme plus subtile, celle des sphères d'influences. Si on n'envahit plus un pays pour l'annexer, désormais on "intervient" dans le but de changer de gouvernement, de manière à faire passer certains états jugés stratégiques du camp adverse à son propre camp. Cela passe par des confrontations directes, comme en Irak en 2003, avec occupation temporaire le temps de mettre en place un gouvernement plus ou moins fantoche, à des stratégies bâties sur le chaos.

Cette dernière invention américaine est d'ailleurs plus récente. Il s'agit d'utiliser ses services secrets afin de pousser les oppositions internes au régime en place à se soulever afin de créer une situation de guerre civile, dont ne peut émerger qu'une sorte de putréfaction politique, dans laquelle l'ordre ne peut plus s'installer. On créé donc (de l'aveu même d'Hillary Clinton) des mouvements comme Daesh, non pas volontairement mais parce que seuls des mouvements de ce genre peuvent émerger du chaos créé, et on les désigne ensuite comme ses ennemis. Ne reste plus alors qu'à intervenir militairement afin de se débarrasser de ce mouvement. La suite est identique à la version précédente: on occupe le terrain, on met en place un gouvernement fantoche et on s'en va.

Ces méthodes sont bien sûr celles des Etats-Unis, mais d'autres états ont également des visées impérialistes. En particulier la Chine, qui utilise plutôt sa croissance économique interne pour proposer ses services à des états plus pauvres et leur promettre de leur amener des richesses. Cette méthode est plus pacifique, mais elle n'en reste pas moins impérialiste, puisqu'il s'agit d'étendre sa zone d'influence au détriment du camp adverse. 

Finalement, on doit citer la Russie, qui est réduite à défendre ce qu'il reste de la zone d'influence qu'elle avait à l'époque soviétique. Cette zone d'influence est attaquée de toutes parts par le camp occidental et par les Etats-Unis en particulier.

On a donc là, les trois puissances impériales du moment, les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Mais si on veut comprendre ce qui les motive, il faut analyser le fonctionnement d'un empire, ce qui motive sa création et son extension. Pour cela je prendrai l'exemple de l'Empire qui a le mieux fonctionné dans l'histoire: l'Empire romain.

Le fonctionnement de l'Empire était basé sur la conquête. Lorsqu'on étendait le territoire vers d'autres régions, on pillait ces régions et on ramenait les richesses au centre de l'Empire, à Rome. Les soldats adverses étaient transformés en esclaves, qui travaillaient gratuitement pour les riches romains et leur permettaient ainsi d'accroître encore leurs richesses. Puis, une fois ces régions pacifiées, (la fameuse Pax Romana) on les mettait au travail et on leur faisait bénéficier petit à petit d'une partie des richesses et de la grandeur romaine. On faisait ainsi de ces populations conquises de véritables citoyens, heureux de leur nouvelle condition. C'était donc un véritable système, dont le but était d'accroître sans cesse la richesse des romains tout en pacifiant les zones conquises afin de pouvoir diminuer leur occupation militaire. En effet, l'extension d'un empire non pacifié sera limité par la capacité d'occupation militaire. L'idée géniale des Romains, c'était donc de transformer petit à petit les territoires conquis en véritables provinces ne nécessitant que très peu de présence militaire et fournissant même des militaires à l'Empire.

On le voit en tout cas, l'extension de l'Empire romain avait pour but la croissance économique de Rome. Ainsi, à cette époque, on aurait pu lier l'idée de la croissance économique (si elle avait existé) à celle de la croissance territoriale. Plus on conquérait de territoires, plus on pouvait ramener de richesses à Rome et en faire profiter d'autres provinces. Ce système génial a permis à la République romaine, déjà impérialiste dans son fonctionnement, puis à l'Empire romain lui-même, de perdurer des centaines d'années. Mais on le comprend, dans un monde fini, ce mode de fonctionnement ne peut pas être éternel. Arrive fatalement le moment où les frontières ne peuvent plus être étendues et l'économie se met à stagner à l'instar du territoire. Et cela d'autant plus que plus l'Empire est étendu, plus le rythme des conquêtes doit s'accroître pour maintenir une croissance économique constante. Au sud, le Sahara empêchait la conquête de nouveaux territoires. A l'Est, l'extension était bloquée par les empires asiatiques. Au nord, les peuples germains dont on avait définitivement abandonné l'idée de les soumettre étaient poussés vers l'Empire par des peuples venant de plus loin. (entre autres les fameux Huns) Et en Bretagne, la frontière nord était définitivement fixée par le mur d'Hadrien.

La richesse cessait donc d'augmenter, le réservoir d'esclaves ne se renouvelait plus. Et pire, le territoire commençait à s'amoindrir par le Nord. Avec cette décrue territoriale est arrivée la crise économique. C'est cela qu'on appelle généralement la décadence de l'Empire romain, ce n'est rien de plus qu'une crise. Mais une crise très profonde dont l'Empire n'a jamais pu ressortir. C'est donc le système génial qu'ont inventé les Romains qui a finalement causé leur propre perte. Et c'est une constante historique: nul empire n'est éternel. Et cela même si ceux qui y vivent ne peuvent imaginer qu'il puisse un jour disparaître.

Aujourd'hui, les derniers empires coloniaux comparables à l'Empire romain, les Empires britannique et français, se sont réduits à peau de chagrin et on peut même dire que ces deux anciens empires coloniaux sont désormais des provinces d'un autre empire, l'Empire américain. Mais comme on l'a vu, cet empire a ceci de nouveau qu'il n'annexe pas, mais s'assure de son influence au sein de sa zone économique. Ainsi, le but final de ce nouvel impérialisme est somme toute identique. En étendant sa zone d'influence, on accroît ses richesses et on s'assure la continuité de sa croissance économique. Les provinces, telles que la province Europe, sont autorisées à bénéficier des largesses de l'Empire et ont ainsi l'impression d'être des partenaires de premier plan, alors que les zones nouvellement conquises (par les armes ou d'autres méthodes) sont là pour fournir des richesses et des esclaves aux plus riches citoyens de l'Empire.

Finalement, on peut se poser la question titre. Ce nouvel impérialisme est-il durable ? A long terme, l'impérialisme moderne est-il voué à la décadence comme cela a toujours été le cas, ou est-il capable de perdurer à long terme ? La première chose à dire, c'est que tout comme dans l'Empire romain, la croissance infinie de l'économie passerait par la croissance infinie du territoire, ce qui est impossible. De plus, il y a un fait nouveau qui n'existait pas à l'époque de l'Empire romain ou même des empires coloniaux: la taille de la population mondiale est désormais si grande que si tout le monde vivait comme des Américains ou des Européens, il n'y aurait pas assez de ressources pour tout le monde. En particulier, la substance qui est à la base du fonctionnement de l'économie des empires modernes, le pétrole, (l'équivalent de l'or à l'époque romaine) existe en quantité limitée sur la planète et disparaîtra d'autant plus vite que la croissance économique s'accélérera. Donc non seulement la croissance éternelle n'est pas possible, mais en plus c'est la croissance elle-même qui sera à l'origine de la décadence future. Tout comme dans l'Empire romain donc.

Pour l'instant, ce système a trouvé une parade à sa propre destruction. Afin d'éviter une croissance continue à long terme, le système s'ajuste de lui-même avec une succession de périodes fastes et de crises économiques limitées. Mais cet auto-ajustement aura fatalement ses limites. Le système finira par s'effondrer. Et malheureusement, (ou heureusement suivant le point de vue) cela arrivera durant ce siècle et peut-être bien avant encore.