27/08/2017

Une autre Europe existe déjà...

Et cette Europe c'est l'AELE. L'Association Européenne de Libre-Echange, créée à l'instigation de la Grande-Bretagne qui aurait sans doute mieux fait de ne jamais la quitter pour l'UE, ne comporte plus aujourd'hui que 4 états membres: La Suisse, la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein, soit les irréductibles non-gaulois qui résistent toujours et encore à l'envahisseur bruxellois. Il s'agit en tout cas d'une zone bien plus prospère que l'Union Européenne. Certains y verront l'égoïsme de quelques états qui ont peur qu'on leur prenne leurs biens. D'autres y verront la splendide démonstration que le libre-échange fonctionne alors que le modèle de l'Union Européenne est le cimetière de la prospérité pour ses membres les plus riches. Je me placerai personnellement plutôt dans la seconde catégorie.


En fait, je pense que l'AELE possède tous les attributs que les divers défenseurs de la souveraineté nationale dans certains pays membres de l'UE souhaitent pour leur propre pays. Lorsqu'ils parlent de bâtir une autre Europe, ils citent en général la reprise de certaines souverainetés qui ont été abandonnées à l'UE ce qui interdit à leur pays de réaliser une politique indépendante. Ils souhaitent ainsi conserver la structure en lui retirant certaines prérogatives. Ces souverainetés ne sont d'ailleurs pas toujours les mêmes, ce qui montre que les "souverainistes" ne sont pas d'accord entre eux sur ce que représente cette nouvelle Europe. Et cela bien entendu est vrai si on compare les souverainistes de divers pays dont les intérêts nationaux sont forcément différents, mais le comble c'est que c'est également vrai lorsqu'on parle des souverainistes d'un seul état ! En effet, les souverainistes étant répartis sur tout l'échiquier politique, leurs visions d'une autre Europe sont également très diverses.

Prenons par exemple la France: la France Insoumise souhaite récupérer un certain nombre de souverainetés sur le plan économique afin de développer une nouvelle économie plus respectueuse de l'humain et de la nature. Pour cette partie de l'échiquier politique, il n'est par contre pas question de fermer les frontières aux migrants ni de sortir de l'Euro. En revanche du côté du Front National, on ne parle que très peu d'écologie mais on souhaite reprendre le contrôle de l'immigration et de la politique monétaire. La seule chose qui les rapproche réellement, c'est donc la conclusion qu'on ne peut pas réaliser une autre politique dans le cadre actuel de l'Union Européenne et qu'il faut donc la changer ou en sortir.

Mais justement, changer d'Europe, est-ce que c'est possible ? Le problème justement, c'est que pour changer d'Europe, il faudrait que l'ensemble des pays membres soient d'accord sur ce qu'il faut changer. Quand on voit qu'à l'intérieur d'un seul pays on n'est déjà pas d'accord, comment pourrait-on mettre d'accord l'ensemble des pays membres ? L'équation est simple: si par exemple on voulait interdire les OGM, il faudrait que les pays qui les acceptent conviennent de revenir en arrière, ce qui n'est clairement pas dans leur intérêt. Si on souhaite supprimer la directive des travailleurs détachés, il faudrait que les pays en bénéficiant acceptent d'y renoncer, contre leurs intérêts évidents. Si on souhaite mettre en place des directives contre l'évasion fiscale, cela devrait être accepté par les pays dont l'économie est partiellement basée dessus. Bref cette idée qu'on pourrait imposer telle ou telle Europe à l'ensemble des pays membres semble bien illusoire. Il n'y a qu'une seule solution pour récupérer sa souveraineté: quitter l'Union Européenne à l'instar de la Grande Bretagne.

Et si justement la meilleure façon de créer une nouvelle Europe était de dynamiter l'Union Européenne de l'intérieur ? Si quelques grands pays décidaient de la quitter pour former une nouvelle alliance concurrente, cela créerait un appel d'air qui ruinerait toutes les fondations de l'Union Européenne. Et cette nouvelle alliance n'a pas besoin d'être créée puisqu'elle existe déjà ! Si par exemple la Grande Bretagne décidait de rejoindre l'AELE après sa sortie de l'Union, et si sa prospérité venait à s'accroître après cela, cela serait une magnifique démonstration que le modèle économique d'une alliance de libre échange molle est bien meilleur que celui d'une union dure de pays ne partageant ni le niveau de prospérité, ni même les intérêts nationaux. Cela donnerait ainsi du grain à moudre à ceux qui, dans la plupart des états de l'UE souhaitent la sortie pure et simple de cette organisation. Et de proche en proche, peut-être que les peuples décideront de sauter le pas. C'est en tout cas ce que je souhaite pour ce continent qui a bien besoin de renouveau.

Commentaires

Hm.. avez-vous réfléchi a ce que vous dites, Pascal? Réduire l`Union Européenne a ce qu`il était au début, soit le marché commun ("libre échange") équivaudrait a renoncer a traiter de "tout ce qui fache" et notamment tout ce qui peut menacer l`intéret économique immédiat des multinationales, par exemple la protection de l`environnement, la lutte tous azimuts contre le réchauffement climatique ou contre l`énorme disparité des salaires et de l`imposition du bénéfice des grandes entreprises a l`intérieur de la zone de libre échange.

Écrit par : Jean Jarogh | 27/08/2017

Parce que vous avez l'impression que l'UE protège des multinationales? N'est-ce pas plutôt le contraire, ne livre-t-elle pas les peuples sans défense à ces multinationales? Et n'avez-vous pas l'impression que la vie est meilleure dans les pays membres de l'AELE que dans l'UE? (À commencer par la Suisse)

Écrit par : Kad | 27/08/2017

Il est vrai que le régime du "Traité de Lisbonne" sous lequel est censé fonctionner l`Union Européenne a été taillé sur mesure pour les multinationales mais cela peut changer si la France et l`Allemagne s`y mettent sérieusement apres les élections allemandes de cet automne. Le fait est que, séparément, la plupart des pays européens n`ont jamais été capables de résister aux lobbys des puissantes multinationales et que, par conséquent, le seul espoir d`y arriver un jour est l`Union Européenne. La Suisse est un cas particulier, un véritable miracle de démocratie citoyenne qui épate toute la planete mais, justement, l`idée derriere l`Union Européenne est d`approcher ce degré de démocratie avec une structure de décision européenne similaire a celle de la Suisse.

Écrit par : JJ | 28/08/2017

"La Suisse, la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein, soit les irréductibles non-gaulois" Pas grave, bien sûr, mais à relever tout de même. Celui qui a inventé la notion de "Gaule", et donc le spécialiste de la question, Jules César, a toujours vu les Helvètes comme un peuple gaulois parmi d'autres...
cf. "L'an -58" "Les Helvètes" "Archéologie d'un peuple celte" Gilbert Kaenel

"Si par exemple la Grande Bretagne décidait de rejoindre l'AELE après sa sortie de l'Union" C'est ce qu'espèrent plus ou moins ouvertement la grande majorité des Suisses...

Écrit par : Géo | 28/08/2017

Qu'est-ce qui vous fait penser que l'AELE serait un rempart contre l'hégémonie des grands groupes transnationaux ?
Chez nous, en Suisse, nous courtisons ces multinationales qui contribuent pour une belle part du PIB de Genève et Zoug principalement.
Si l'on se réfère au rapport du Conseil Fédéral sur le négoce des matières premières, il y plutôt lieu de penser que nous ouvrirons encore plus grands nos bras pour accueillir ces groupes.
www.publiceye.ch pour en savoir plus sur la transparence des paiements sans le secteur des matières premières.

Écrit par : Pierre Jenni | 28/08/2017

Je ne vois évidemment pas l'AELE comme un rempart contre les multinationales. Je ne vois d'ailleurs pas dans ces multinationales des sortes de satans. Elle fournissent beaucoup d'emplois et sont nécessaires à l'économie. Par contre, il y a une chose qui protège contre les dérives des dérives de ce pouvoir economique, qui peut si facilement manipuler le pouvoir politique, c'est la démocratie. Or, contrairement à ce que semble croire Jean Jarogh, l'UE n'a aucune volonté d'évoluer vers une démocratie de type suisse. Bien au contraire, les domaines gérés par l'UE ne sont plus du domaine des nations et sont en grande partie gérés par des technocrates non-élus. En particulier, l'économie, le social, etc. Bref tout ce qui compte vraiment.

Je ne suis pas un fan sinconditinnel de l'AELE, je remarque simplement qu'elle remplit bien le rôle d'Europe "mole" voulue par ceux qui pensent qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain et que la construction européenne a toujours des avantages.

Écrit par : Kad | 29/08/2017

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