09/04/2017

Les questions en suspens après l'attaque américaine sur territoire syrien

Une fois n'est pas coutume: la première stupeur passée, on se pose des tas de questions. Souvent, lorsqu'il s'agit de confrontation militaire, il ne faut pas chercher la réponse dans les médias, ils ne les abordent même pas. Pour ma part, je me pose toute une série de questions auxquelles je peine pour l'instant à répondre.

1200px-Tomahawk_Block_IV_cruise_missile_-crop.jpgTout d'abord, il faut savoir que le Tomahawk utilisé par les Américains est un missile de croisière, qu'on peut assimiler à un avion sans pilote ou à une bombe volante descendant des fameux V1 allemands, qui vole à basse altitude en utilisant un logiciel de suivi de terrain. Il est de conception relativement ancienne, puisqu'il date des années 80. Il n'a de ce fait aucune capacité en matière de furtivité et fait donc une très belle cible pour la DCA adverse. On compte plutôt sur leur grand nombre pour surpasser les capacités de défense de l'ennemi. 

Deuxièmement, il faut savoir que la Russie a justement déployé d'importants moyens de défense anti-aérienne pour protéger le territoire contrôlé par le gouvernement syrien. Il s'agit de missiles de haute technologie S-300 et S-400, dont on dit qu'ils sont d'une très grande précision, à tel point qu'on leur accorde des capacités anti-missiles. (autrement dit, ils sont capables de cibler et détruire des toutes petites cibles se déplaçant à très grande vitesse, ce qui n'est pas le cas du Tomahawk, qui se déplace lui à vitesse subsonique) Il se dit d'ailleurs qu'en 2013, c'est la destruction de deux missiles Tomahawk tirés depuis la Méditerranée qui avait convaincu Obama d'abandonner l'idée d'une invasion de la Syrie. En effet, comme prémisse à toute attaque terrestre, les Américains considèrent qu'il est primordial de contrôler le ciel.

Finalement, on peut considérer que d'un point de vue stratégique, cette attaque n'a aucun intérêt. D'une part, les Tomahawk sont plutôt considérés comme une arme d'appui de l'aviation, l'équivalent de l'artillerie pour l'armée de terre. En  2003, des Tomahawk avaient été tirés pendant plusieurs heures avant que les premiers avions n'emplissent le ciel irakien. C'est bien une tactique classique d'artillerie, qui pilonne les lignes ennemies pendant une longue période avant que les troupes combattantes avancent pour occuper le terrain, mais appliquée à l'aviation. Or, on voit qu'ici c'est l'arme d'appui qui est utilisée comme arme offensive. Je trouve de ce fait cette attaque d'un intérêt tactique quasi-nul, d'autant qu'il semble que les Russes aient été prévenus de l'attaque.

Ce peu d'intérêt tactique est d'ailleurs confirmé par les images diffusées par les médias. On voit des hangars bombardés vides, (s'il y avait eu des avions dedans, on aurait vu des restes des carlingues) une piste de décollage totalement indemne et des vieux Mig-21 alignés, d'ailleurs sans doute là plutôt pour l'effet de la mise en scène tant ces avions datant du Vietnam ont peu de chances d'être engagés dans un conflit moderne.

Les questions que je me pose sont donc les suivantes:

1. Pourquoi choisir de détruire une cible sans intérêt tactique, voire même préparée pour subir le minimum de dégâts ?

2. Pourquoi aucun Tomahawk n'a-t-il été détruit alors qu'ils sont censés être vulnérables aux S-400 russes ?

3. Pourquoi lancer si vite une opération sans plan de bataille réel ?

Je ne peux faire qu'une théorie. Je n'ai aucune preuve de ce que j'avance. Mais au moins, tout porte à croire que Poutine et Trump se sont bien entendu sur cette affaire et qu'ils ont contré ceux qui souhaitent jeter de l'huile sur le feu et provoquer une troisième guerre mondiale.

A mon avis, ils se sont en effet entendu sur une cible afin de gêner au minimum les opérations russes et syriennes sur les territoires occupés par les djihadistes. Il s'agit d'une opération de marketing visant l'opinion publique américaine afin de la convaincre que les USA ne restent pas les bras croisés face aux horreurs de la guerre en Syrie. Il s'agit également de tuer dans l’œuf toute attaque de la présidence qui pourrait à terme la forcer à intervenir réellement en Syrie, avec les risques qu'on sait. Selon moi donc, l'ennemi qu'à combattu Trump avec cette attaque, ça n'est pas le gouvernement syrien ni la Russie. Mais c'est ceux qui dans son propre pays souhaitent le forcer à envenimer une situation déjà très compliquée.

Je vois tout de même une autre possibilité. Il est possible que les Tomahawk tirés aient été dotés de systèmes de brouillage et qu'il s'agissait en fait d'une démonstration faite aux Russes prouvant que désormais, ce qui était vrai en 2013, à savoir que la Russie contrôlait l'espace aérien syrien, n'est plus vrai en 2017. Je considère cette théorie comme peu probable mais pas impossible. Si c'était le cas, cela signifierait en tout cas que les rapports de force en Syrie et dans le monde s'en retrouveraient totalement chamboulés.

Commentaires

Il y a énormément d'erreurs dans votre billet. Le Tomahawk échappe aux radars justement parce qu'il vole près du terrain. Vous laissez entendre que c'est une arme "cheap", chaque pièce vaut un million de dollars...
"vieux Mig-21 alignés, "ces avions datant du Vietnam" Ils sont toujours plus efficaces que des PC-7 et vous voyez le foin que font les gauchistes, qui ont la haute main sur les médias, des pauvres pouvoirs militaires de cet avion...
Si vous êtes attaqué par en tant que soldat au sol par des Mig-21, votre opinion risque bien de changer.

Écrit par : Géo | 09/04/2017

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Je ne sais pas si c'est toujours vrai, mais à l'époque où je m'intéressais, en compagnie d'un de mes fils, aux avions de combat, les avions russes étaient largement supérieures à ceux des autres armées.

Écrit par : Mère-Grand | 09/04/2017

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Quand bien même les Tomahawk seraient ou ne seraient pas des armes adaptées, il n'en reste pas moins que toutes les précautions ont été prises pour faire le moins de dégâts possibles et que cela laisse forcément à penser.

Écrit par : aoki | 09/04/2017

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Géo vous avez raison à propos du suivi de terrain ce qui, j'avais cru comprendre était insuffisant face aux S400. La technologie de base du Tomahawk est bien ancienne mais je ne doute pas qu'elle ait évolué, en particulier au niveau logiciel. Il est parfait pour certaines missions mais je doute de son efficacité pour celle-ci.

Écrit par : Kad | 09/04/2017

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Je ne m'y connais rien concernant le militaire, mais autant il semble possible d'intercepter 5 missiles, autant 50 me parait difficiles.

Mieux vaut envoyer une nuée de missiles moyens pour déjouer les défenses que 3-4 gros missiles.

Je pense que la Russie n'avait pas prévu de contrer une nuée de missiles et donc qu'il n'y avait pas assez de systèmes de défense. Une grosse erreur peu flatteur pour l'armée russe, mais ils ne vont pas faire la même erreur 2x.

La Russie n'a pas volontairement laissé passer les missiles, c'est quand même peu glorieux que des missiles puissent atteindre leurs buts.

A mon avis, les russes n'ont certainement pas cru après les années Obama et les promesses de Trump, que les américains allaient profiter de ce trou défensif.

C'est mon avis de non spécialiste militaire qui n'y connaît rien dans les missiles et défense anti-missiles.

Écrit par : motus | 09/04/2017

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"A mon avis, les russes n'ont certainement pas cru après les années Obama et les promesses de Trump, que les américains allaient profiter de ce trou défensif."
Peut-être, mais aussi pensaient-ils que leurs arguments allaient être pris en considération ? Après tout, comme je l'ai écrit le jour même sur le blog de Gowrié, ce gazage nuit beaucoup à Bachar Al Assad, quelques jours après qu'il ait enfin obtenu des Américains le droit de subsister à la tête de l’État...
Tout le monde a été surpris par la réaction de Trump. Ce type est TRES inquiétant. Pire que W.Bush...

Écrit par : Géo | 09/04/2017

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"chaque pièce vaut un million de dollars... "
Et qui possède des action raytheon?

Écrit par : Caramba! | 23/04/2017

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"2. Pourquoi aucun Tomahawk n'a-t-il été détruit alors qu'ils sont censés être vulnérables aux S-400 russes ?"
Hmmm... Sur 60 partis, 1 s'est abîmé en mer, 23 sont arrivés en Syrie, quant aux 36 restants... évanouis dans la nature...

"C'est mon avis de non spécialiste militaire qui n'y connaît rien dans les missiles et défense anti-missiles."
Mais qui se croit obliger de commenter son ignorance. Nous voilà bien partis.

Écrit par : Caramba! | 23/04/2017

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Caramba, vous avez peut-être raison. Les S400 ont peut-être très bien fonctionné finalement. Si 36 Tomahawk avaient été abattus, ça correspondrait bien aux capacités anti-missiles supposées de la Syrie. Ca peut d'ailleurs expliquer le choix de ne lancer que des Tomahawk. Perdre quelques missiles c'est pas grave. Perdre des avions, c'est une autre histoire. En plus ça permet de tester les défenses et localiser précisément les batteries.

Écrit par : Kad | 25/04/2017

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