14/03/2017

Analyse des programmes économiques: 1. Macron, on rase gratis

Je l'avais dit dans ce billet, je vais analyser les programmes économiques des candidats et les comparer aux GOPE de la Commission Européenne. Et comme il paraît qu'il a un programme, je vais commencer par le candidat Macron.

2057545_presidentielle-2017-emmanuel-macron-sa-campagne-son-projet-web-0211697685848.jpgLe programme économique d'Emmanuel Macron se trouve sur cette page.

  • Baisse sensible du déficit budgétaire, notamment en licenciant des fonctionnaires.

Emmanuel Macron prévoit d'économiser 60 milliards d'euros annuel sur le secteur de la fonction publique, notamment en diminuant le nombre d'emplois publics de 120'000 fonctionnaires. A noter qu'on prévoit un programme d'investissement de 50 milliards. Étonnant non ?

  • Réduction des dotations communales, regroupement de communes et de communautés.

Le programme prévoit de diminuer le nombre de personnes assujetties à l'impôt local, il est vrai avec compensation de l'état. Au passage assez peu réaliste quand le programme prévoit de diminuer les taxes et les dépenses.

  • Abaissement du salaire minimum.

Rien de prévu là-dessus, mais en guise d'augmentation, on prévoit une baisse des charges salariales.

  • Réduction de la protection des employés en CDI.

Oui cela c'est bien prévu. La protection des prud’hommes en cas de licenciement abusif devrait diminuer.

  • Augmentation de l’utilisation de l’apprentissage.

Oui c'est également prévu. Une bonne chose d'ailleurs, je trouve la formation en France trop basée sur les études. Un modèle moins élitiste serait très profitable.

  • Baisse de la rémunération des chômeurs.

Ca n'est pas vraiment prévu, mais il est par contre prévu de mieux contrôler les chômeurs. Ca n'est pas un mal bien sûr.

  • Suppression de la protection des professions réglementées afin de favoriser l’ubérisation du monde du travail.

Vu que c'est la mesure phare de la loi Macron, on ne doute pas que ça fasse partie de ses souhaits.

  • Suppression des protections des PME par rapport aux grandes entreprises.

Je n'ai rien trouvé là-dessus.

  • Simplification du droit des entreprises.

Oui c'est prévu, par exemple en supprimant le régime du RSI ou en créant des facilités pour les créateurs d'entreprises.

  • Diminution de l’impôt sur les sociétés et report sur la TVA.

Rien n'est dit à propos de la TVA. Mais à force de raser gratis, on comprend bien qu'il va falloir trouver de l'argent !

  • Passage à une imposition à la source.

Cela n'est pas cité, mais puisque c'est déjà en cours, ne pas en parler c'est y consentir.

Bref, le programme de Macron, ni à gauche ni à droite, semble en effet un peu plus à gauche que le programme de l'Union Européenne pour la France. Par les temps qui courent, cela paraît donc moins néolibéral que la tendance générale. Ceci dit, les belles paroles de Macron lorsqu'il prétend aller négocier avec l'UE ne tiendront pas. Quelle est la légitimité d'un président français pour imposer sa vision à l'ensemble de l'Europe ? Au final, il devra bien s'adapter. Donc le programme, s'il n'est pas totalement en accord avec les GOPE, est partiellement mensonger.

En plus, on a de la peine à comprendre comment ce programme va se financer. Macron semble croire à une relance de l'emploi et donc de l'impôt qui suffira à ce financement. Mais c'est un pari assez risqué. D'ailleurs relancer l'emploi en commençant par promettre la suppression de 120'000 postes de fonctionnaires paraît paradoxal.

08/03/2017

Les primaires : un système pernicieux

Aux USA, c’est déjà une tradition depuis très longtemps. Avant chaque élection présidentielle, les électeurs ont droit à des élections primaires simultanées pour les deux partis dominants, le parti démocrate et le parti républicain. Cela donne lieu à des débats entre candidats proches, puis les élections ont lieu dans les différents états, un à un, de manière simultanée pour les deux grands partis afin de faire mousser le suspense.

Deux partis français ont choisi de suivre cet exemple américain : Les Républicains, qui montrent à quel point leur choix de dénomination ne doit rien au hasard, et les socialistes, qui conservent pour l’instant leur nom historique, mais qui ne devraient sans doute plus tarder à adopter la dénomination de partie démocrate, qui leur conviendrait bien mieux, tant ils cherchent à adopter la posture de leur grand frère américain.

Probablement, ces deux partis étant aux commandes du pays depuis plusieurs décennies, ils souhaiteraient aller plus loin et éliminer la concurrence pour faire du système politique français un véritable bipartisme à l’américaine. Car le principal avantage pour les partis qui organisent des primaires, c’est de spolier totalement le débat démocratique et de s’accaparer totalement l’attention des médias. C’est particulièrement vrai aux USA, où les autres candidats, et il y en a contrairement à ce qu’on cherche généralement à nous faire croire, n’ont quasiment pas droit de cité dans les médias.

En France par contre, d’autres candidats coexistent encore avec ceux des « grands » partis. Certains parce qu’ils ont refusé de se soumettre aux primaires, d’autres parce que leur parti reste assez grand pour parvenir à concurrencer les deux partis dirigeants. D’autres encore parviennent à survivre de manière marginale, à la manière des petits candidats américains. Personnellement je prédis à l’avenir une évolution à l’américaine, avec la marginalisation de tous les partis ne proposant aucune primaire.

penelope-francois-fillon-2.jpgMais cette évolution est-elle souhaitable ? Je pense personnellement qu’elle est très dommageable. D’une part la diversité politique est garante du bon déroulement du débat démocratique. Or celui-ci est déjà mis à mal par le traitement des médias, très inadapté car souvent basé sur la simplification et la polémique. Le focus exagéré sur le Pénélopegate à moins de 50 jours du premier tour est par exemple totalement contraire à la nécessité pour la population de se faire une opinion sur les divers programmes politiques avant l’élection. Est-ce planifié ainsi ou est-ce uniquement de l’incompétence ? Je n’en sais rien mais je trouve en tout cas le résultat très lassant…

Il faut bien comprendre que les primaires ne sont pas un système démocratique. Il n’est en rien le garant de la pluralité des opinions et même risque d’aller à l’encontre de celle-ci. Dès lors qu’un même électeur peut se prononcer pour les deux primaires, il risque de favoriser le même type de candidats dans les deux cas. Ceci poussera les partis à modifier leur programme politique afin de convaincre un maximum d’électeurs. C’est ce qu’on voit aux USA où les deux partis principaux sont, somme toute, en très grande partie sur une ligne commune. Et comme tous les autres partis sont marginalisés, peu d’idées neuves peuvent faire leur chemin. Finalement, le bipartisme américain n’est pas très différent du monopartisme soviétique…

Mais en réalité, je trouve que le principal désavantage des primaires est ailleurs. On l’a vu, aux USA la campagne10530756-17299546.jpg présidentielle aura été de piètre qualité. Entre une Hillary Clinton empêtrée dans ses affaires d’emails et un Donald Trump qui a fédéré beaucoup de monde contre lui, beaucoup d’Américains ne savaient pas trop pour qui voter. En France, c’est le Pénélopegate qui met à mal la candidature du champion issu de la primaire républicaine. Et bien c’est justement les primaires qui sont la cause de la mauvaise qualité de ces élections. Car dès le moment qu’un candidat a été issu d’un choix dépassant largement les limites du parti, sa légitimité dépasse elle aussi le cadre du parti.

Ainsi comment le parti républicain pourrait remplacer François Fillon par un autre candidat alors qu’il n’est pas responsable de son investiture ? Si Fillon (ou plus probablement un autre candidat) avait été choisi par un congrès du parti, c’est la base du parti qui l’aurait élu. Il aurait ainsi été très facile de convoquer un nouveau congrès pour soit renouveler la confiance au candidat ou le remplacer par simple vote. Mais on ne peut pas relancer une nouvelle primaire. Donc on est condamné à attendre un désistement du candidat lui-même ou à réitérer sa confiance en lui contre vents et marées.

C’est pareil pour le cas d’Hilary Clinton. Les affaires qu’elle a subies durant la campagne sont sans doute en grande partie responsables de son échec. Mais pas moyen de la remplacer par Bernie Sanders sur le fil. Elle était la candidate issue de la primaire et sa légitimité était trop grande pour cela.

Bref pour moi le choix d’un candidat est une affaire interne aux partis. Ensuite la véritable élection, cadre démocratique unique, ne peut reposer sur les partis. Les élections, ce sont des hommes et des femmes face à leur électorat. J’espère que dans cinq ans, on oubliera cette procédure responsable de tant de couacs.

06/03/2017

Macron a un programme !!!

Oui, non seulement Macron est beau, non seulement il est jeune, non seulement il a une histoire d’amour avec images (1).jpgune femme plus âgée que lui, non seulement il sait s’exprimer avec une voix de stentor quand on juge qu’il parle d’une manière trop lisse et peu convaincante, non seulement il est merveilleux à tous points de vue, mais il est si formidable qu’il a même un programme économique !

Fi de tous ceux qui ont osé prétendre qu’il n’avait point de programme. Cette fois il l’a révélé : il en a bel et bien un ! Et toute la presse s’est empressée de relayer cette information sans précédent. Le président que ces médias ont déjà élu : oui, il a un programme.

Finalement donc, ses principaux détracteurs ont tous eu tort. Ils l’ont accusé de ne pas avoir de programme, ils disaient que ses discours n’étaient qu’une longue litanie de lieux communs. Ils disaient qu’il ratissait large, capable dans une même phrase de draguer d’une part les nostalgiques du Général De Gaulle et de courtiser de l’autre part ceux de François Mitterrand. Ils disaient que c’est un pur produit marketing, fabriqué par plusieurs agences de com. Mais non, Macron c’est du sérieux. Il a un pro-gram-me.

Et bien que tous ces malfaisants le sachent : ils ont toujours eu tort. Non seulement Macron a toujours eu un programme économique, mais il s’agit du même que tous ceux qui ne parlent jamais de l’Union Européenne ni de l’Euro. Ce programme à un nom : Les GOPE !

Lire la suite