08/03/2017

Les primaires : un système pernicieux

Aux USA, c’est déjà une tradition depuis très longtemps. Avant chaque élection présidentielle, les électeurs ont droit à des élections primaires simultanées pour les deux partis dominants, le parti démocrate et le parti républicain. Cela donne lieu à des débats entre candidats proches, puis les élections ont lieu dans les différents états, un à un, de manière simultanée pour les deux grands partis afin de faire mousser le suspense.

Deux partis français ont choisi de suivre cet exemple américain : Les Républicains, qui montrent à quel point leur choix de dénomination ne doit rien au hasard, et les socialistes, qui conservent pour l’instant leur nom historique, mais qui ne devraient sans doute plus tarder à adopter la dénomination de partie démocrate, qui leur conviendrait bien mieux, tant ils cherchent à adopter la posture de leur grand frère américain.

Probablement, ces deux partis étant aux commandes du pays depuis plusieurs décennies, ils souhaiteraient aller plus loin et éliminer la concurrence pour faire du système politique français un véritable bipartisme à l’américaine. Car le principal avantage pour les partis qui organisent des primaires, c’est de spolier totalement le débat démocratique et de s’accaparer totalement l’attention des médias. C’est particulièrement vrai aux USA, où les autres candidats, et il y en a contrairement à ce qu’on cherche généralement à nous faire croire, n’ont quasiment pas droit de cité dans les médias.

En France par contre, d’autres candidats coexistent encore avec ceux des « grands » partis. Certains parce qu’ils ont refusé de se soumettre aux primaires, d’autres parce que leur parti reste assez grand pour parvenir à concurrencer les deux partis dirigeants. D’autres encore parviennent à survivre de manière marginale, à la manière des petits candidats américains. Personnellement je prédis à l’avenir une évolution à l’américaine, avec la marginalisation de tous les partis ne proposant aucune primaire.

penelope-francois-fillon-2.jpgMais cette évolution est-elle souhaitable ? Je pense personnellement qu’elle est très dommageable. D’une part la diversité politique est garante du bon déroulement du débat démocratique. Or celui-ci est déjà mis à mal par le traitement des médias, très inadapté car souvent basé sur la simplification et la polémique. Le focus exagéré sur le Pénélopegate à moins de 50 jours du premier tour est par exemple totalement contraire à la nécessité pour la population de se faire une opinion sur les divers programmes politiques avant l’élection. Est-ce planifié ainsi ou est-ce uniquement de l’incompétence ? Je n’en sais rien mais je trouve en tout cas le résultat très lassant…

Il faut bien comprendre que les primaires ne sont pas un système démocratique. Il n’est en rien le garant de la pluralité des opinions et même risque d’aller à l’encontre de celle-ci. Dès lors qu’un même électeur peut se prononcer pour les deux primaires, il risque de favoriser le même type de candidats dans les deux cas. Ceci poussera les partis à modifier leur programme politique afin de convaincre un maximum d’électeurs. C’est ce qu’on voit aux USA où les deux partis principaux sont, somme toute, en très grande partie sur une ligne commune. Et comme tous les autres partis sont marginalisés, peu d’idées neuves peuvent faire leur chemin. Finalement, le bipartisme américain n’est pas très différent du monopartisme soviétique…

Mais en réalité, je trouve que le principal désavantage des primaires est ailleurs. On l’a vu, aux USA la campagne10530756-17299546.jpg présidentielle aura été de piètre qualité. Entre une Hillary Clinton empêtrée dans ses affaires d’emails et un Donald Trump qui a fédéré beaucoup de monde contre lui, beaucoup d’Américains ne savaient pas trop pour qui voter. En France, c’est le Pénélopegate qui met à mal la candidature du champion issu de la primaire républicaine. Et bien c’est justement les primaires qui sont la cause de la mauvaise qualité de ces élections. Car dès le moment qu’un candidat a été issu d’un choix dépassant largement les limites du parti, sa légitimité dépasse elle aussi le cadre du parti.

Ainsi comment le parti républicain pourrait remplacer François Fillon par un autre candidat alors qu’il n’est pas responsable de son investiture ? Si Fillon (ou plus probablement un autre candidat) avait été choisi par un congrès du parti, c’est la base du parti qui l’aurait élu. Il aurait ainsi été très facile de convoquer un nouveau congrès pour soit renouveler la confiance au candidat ou le remplacer par simple vote. Mais on ne peut pas relancer une nouvelle primaire. Donc on est condamné à attendre un désistement du candidat lui-même ou à réitérer sa confiance en lui contre vents et marées.

C’est pareil pour le cas d’Hilary Clinton. Les affaires qu’elle a subies durant la campagne sont sans doute en grande partie responsables de son échec. Mais pas moyen de la remplacer par Bernie Sanders sur le fil. Elle était la candidate issue de la primaire et sa légitimité était trop grande pour cela.

Bref pour moi le choix d’un candidat est une affaire interne aux partis. Ensuite la véritable élection, cadre démocratique unique, ne peut reposer sur les partis. Les élections, ce sont des hommes et des femmes face à leur électorat. J’espère que dans cinq ans, on oubliera cette procédure responsable de tant de couacs.

Commentaires

Très bonne analyse des méfaits de ces primaires. On peut imaginer que si elles existent c'est qu'elle ont eu une utilité dans un contexte particuliers passé. Les avoir importées en France était une balourdise de politicien se projetant façon américaine.

Écrit par : aoki | 08/03/2017

"Bref pour moi le choix d’un candidat est une affaire interne aux partis." Très juste, et on peut parier qu'ils vont y revenir très vite...
Bernie Sanders au lieu d'Hilary Clinton ? Très, très à gauche, le Bernie. Une Amérique communiste... Vous avez beaucoup d'imagination, peut-être un peu trop ?

"les socialistes, qui conservent pour l’instant leur nom historique, mais qui ne devraient sans doute plus tarder à adopter la dénomination de partie démocrate "
Il y maintenant deux partis socialistes, de facto, avec Hamon le frondeur qui a mis la main sur le parti officiel. Mais vous voyez bien que cela ne suit pas. Le petit naïf Hamon va se fracasser la figure en bas des escaliers dans un éclat de rire général. Le Français est essentiellement cruel...
Le règlement de compte va se faire après les élections. Même si Macron passe, le candidat officieux du PS, cela ne pourra pas être évité. Les frondeurs se rallieront pour le coup à la nébuleuse Mélenchon, cocos y compris. En tout cas, logiquement, cela devrait se passer plutôt comme ça...

Écrit par : Géo | 13/03/2017

Bonjour Géo.

Pour ce qui est de Bernie Sanders, il ne me revient pas de dire qui aurait été un bon candidat pour remplacer Hillary Clinton, n'étant ni américain, ni démocrate. Mais je me base sur la primaire, dans laquelle il est arrivé deuxième.

Et pour ce qui est de Benoît Hamon, il a un vrai programme de gauche, (sans juger de sa qualité) mais s'il est élu, il devra composer avec son parti où il est minorisé et il devra rassembler un gouvernement qui ressemblera sans doute au final à ceux de Hollande. De ce fait, je ne me fais pas d'illusion sur son programme, il sera vite oublié.

Écrit par : Kad | 14/03/2017

Hors-sujet mais tellement important:
https://www.youtube.com/watch?v=GvAv-114bwM&feature=youtu.be
One insider speaking.

Écrit par : Caramba! | 14/03/2017

Kad, avez-vous des raisons particulières pour comparer le système électoral US au français et lesquelles?

Kad & Géo, "pour moi le choix d’un candidat est une affaire interne aux partis"
connaissez-vous (moi oui) quelque chose aux codes électoraux, au droit & constitution fr?

ici, votre choix idéal est celui d'1 représentativité démocratique indirecte à 2 niveaux et ce déjà avant (l'éventuelle) mise en place d'une bi-représentativité parlementaire, le tout (éventuellement) chapeauté par un représentant suprême: et c'est dès le départ que vous éloignez la démocratie du peuple.

et (warning: j'exagère le trait) c'est ce qu'Erdogan est en train de réussir: fini les partis d'opposition dans son parlement, reste "sa" constitution à modifier pour supprimer le 1er ministre & reporter tout contrôle en erdoganazisme = Califat en vue en avril


"le choix d’un candidat est une affaire interne aux partis. Ensuite la véritable élection, cadre démocratique unique, ne peut reposer sur les partis."

n'avez pas remarqué une toute petite contradiction d'une phrase à l'autre?


En attendant et malgré les libertés des principaux 2 partis français prises avec leurs primaires, le code électoral français a prévu autre chose - base légale la constitution de la Ve République- selon laquelle le président fr doit être élu au suffrage universel
et ça, c'est carrément loupé
Le prochain sur le siège va devoir s'atteler à la refonte - cette Ve constitution ne pourra pas tenir

Fillon n'a été élu que par 2,9 millions de partisans, sur plus de 47 millions d'électeurs inscrits
- petit souci: aucun électeur n'aurait du payer pour une présidentielle (principe d'égalité des citoyens).
Résultats: malgré les cries d'orfraie de Fillon, ce dernier & Hamon n'ont qu'une légitimité limitée à celle de leur parti.

encore 1 petit souci: le CSA est incapable de remplir son rôle, ne peut mettre en oeuvre son obligation de contrôle et d'égalité du temps d'antenne utilisé par les candidats

ces 2 partis/leurs marionnettes et leurs primaires ont ainsi eux-mêmes bouffé les fondements de leur légitimité électorale, saccagé leur royaume de partisans, noyé leurs frontières idéologiques

ces petits soucis révèlent un potentiel comique développé chez ces 2 partis qui prétendent s'auto-qualifier, passant de bobos mais "traditionnels" à merdiques en costards

Écrit par : divergente | 14/03/2017

Bonjour divergente,

Mon propos était surtout de comparer les deux désastres de la candidature de François Fillon et de celle d'Hillary Clinton. Si je suis tout à fait d'accord que les primaires n'ont rien de démocratiques puisqu'elles ne rassemblent qu'une partie de l'électorat, elles ne sont pas non plus internes aux partis, puisqu'elles autorisent des personnes non membres à y prendre part. Ainsi, le parti n'a plus la légitimité pour retirer un candidat au profit d'un autre, puisque l'électorat qui l'a élu dépasse le cadre du parti.

Pour le financement des primaires par les électeurs, personnellement ça m'est un peu égal puisque je ne me sens pas concerné. Mais vous avez raison, récolter des millions de cette manière, c'est un peu abusé.

Écrit par : Kad | 15/03/2017

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