28/11/2016

Le front européen : la stratégie d’encerclement (partie 2)

Note précédente : La 3ème guerre mondiale a-t-elle commencé en 2011 ?

Dans sa tentative d’encercler la Russie et de la priver de sa zone tampon avec elle, les Etats-Unis ont tout d’abord fait entrer les pays baltes dans l’OTAN, rompant ainsi avec ses promesses de ne pas faire progresser l’organisation vers l’est. Puis ils ont essayé de renverser les pouvoirs en place en Ukraine et en Biélorussie au travers des révolutions de couleur. Cette stratégie est en tout point identique à celle des printemps arabes qui ont fait tomber plusieurs gouvernements plutôt favorables à Moscou au sein des pays musulmans.

L'affaire des missiles anti-missiles en Europe de l'Est a continué à enfoncer le clou. A première vue, il s'agit d'armes défensives servant à contrer des armes offensives. Mais en réalité, le but des armes nucléaires est d'empêcher une attaque, l'adversaire sachant qu'il va être totalement détruit s'il attaque. Sur le fond elles ont donc un but défensif. Les armes anti-missiles servant à contrer cette stratégie, elles doivent donc être considérées comme des armes offensives, car elles facilitent une attaque conventionnelle. C'est pour cette raison que la Russie a réagi avec tant de véhémence à leur implantation. Et si elles avaient véritablement été destinées à contrer les armes nucléaires iraniennes comme ça a été annoncé, pourquoi y sont-elles encore alors qu'un accord avec l'Iran a été signé ?

troupes russes.jpgOn doit aussi citer la tentative de chasser les Russes du territoire de la Géorgie à l’aide du gouvernement totalement acquis à l’Occident et de son armée en grande partie équipée et soutenue par les Etats-Unis. Le but final de cette opération, dont la réussite a été empêchée par la réactivité de la Russie, était l’entrée d’une Géorgie réunifiée dans l’alliance atlantique et son ancrage définitif dans le bloc occidental. Au passage, cette opération au résultat désastreux a mené à la prise d’une grande quantité de matériel d’origine américaine par les troupes russes. Selon certains experts, cette prise aurait fortement aidé l’armement russe à progresser sur le plan technologique. En particulier, les systèmes de guidage hautement sophistiqués des missiles anti-aériens et anti-missiles S400 puis bientôt des S500 y trouveraient leur origine.

Si l’on tient compte de tous ces éléments, on parvient à dessiner les contours du plan géostratégique des Etats-Unis, qui tentent de priver la Russie de sa zone tampon et de se l’approprier en l’intégrant à l’OTAN. Elle a aussi pour but de réduire au minimum l’accès russe à la mer noire. En effet cette mer est le seul accès russe à une mer libre de glace toute l’année et cet accès a toujours été considéré comme vital pour la marine de ce pays. Le point d’ancrage traditionnel de la flotte de la mer noire se trouve d’ailleurs à Sébastopol depuis que la Crimée a été annexée à l’Empire russe par la Grande Catherine en 1783. (prise à l’Empire ottoman) La Crimée représente ainsi l’enjeu majeur de la domination de l’Ukraine. En effet, cette péninsule traditionnellement russe avait été offerte à l’Ukraine par le président soviétique Khrouchtchev originaire de la région. Si cette annexion à l’Ukraine n’avait que très peu d’importance à l’époque, elle est devenue tragique pour sa population à très forte majorité russe lors de la scission de l’Union soviétique.

Si la Biélorussie reste imperturbablement favorable à la Russie et immune aux révolutions de couleur, il n’en va pas de même de l’Ukraine où une bonne partie de la population souhaite se rapprocher de l’Europe et de l’OTAN. La situation est d’ailleurs encore plus complexe qu’il n’y paraît si on tient compte du fait que le peuple russe considère être originaire de la capitale ukrainienne Kiev. Plus exactement, c’est de ce carrefour entre Constantinople et la Scandinavie que tous les peuples slaves sont issus. Difficile dans ces conditions de laisser l’Ukraine quitter le giron de la Russie pour celui des Etats-Unis.

euromaiden.jpgC’est donc dans ce contexte qu’a éclaté la crise ukrainienne en 2013. Le président Ianoukovytch, pourtant légalement élu, est brutalement remplacé par une révolution clairement aidée par les Etats-Unis, suite à sa décision de mettre fin aux négociations d’adhésion à l’UE. Mais les choses s’enveniment lorsque la Crimée décide par référendum de faire sécession pour rejoindre la Fédération de Russie. De plus la partie orientale de l’Ukraine, elle aussi à majorité russophone, se rebelle et entre en guerre civile avec le nouveau pouvoir ukrainien. Les Occidentaux accusent la Russie d’être derrière cette insurrection, ce que nient les autorités russes.

Cette crise, toujours en cours, est une demi-réussite pour les Etats-Unis. L’un des objectifs, à savoir repousser la Russie au sein de ses frontières, est en grande partie atteint. Mais l’autre, chasser la flotte russe de la Mer Noire de Sébastopol, reste hors de portée. La Russie a pu défendre ses intérêts fondamentaux dans la région et n’a finalement rien perdu de sa puissance. Elle a en outre affirmé sa puissance sur le plan géopolitique, ce qui a mis les stratèges étasuniens hors d’eux.

La flotte de la Mer Noire reste ainsi en place et n’a pas été neutralisée. Ceci a d’autant plus d’importance que l’ambiguïté de la position d’Ankara laisse planer le doute sur le point de passage hautement stratégique des Dardanelles. En effet, l’un des principaux buts de la participation de la Turquie à l’OTAN a toujours été le contrôle de ce détroit, qui sépare la mer Noire de la Méditerranée. S’il n’était plus possible d’interdire aux navires russes de l’emprunter en cas de conflit, la flotte de la Mer Noire acquerrait un accès total à la Méditerranée et à tout le sud de l’Europe. Et compte tenu des hésitations européennes concernant la demande d'adhésion à l'UE, adhésion fortement souhaitée par Washington afin d'ancrer la Turquie dans le camp occidental, il est très possible que la Turquie choisisse finalement de rejoindre une alliance avec la Russie et la Chine.

Finalement, les conflits ukrainiens et géorgiens ne sont toujours pas vraiment résolus. Il reste deux possibilités de départ de confrontation directe entre les deux superpuissances militaires, même si la plus probable reste le Proche-Orient.

Note suivante : Le front moyen-oriental : la zone de tous les dangers

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