15/11/2015

Lettre à François Hollande

Monsieur le Président, tel Boris Vian, je vous fais une lettre. Mais contrairement à lui, je doute que vous la lirez, car avec les problèmes que vous devez gérer ces jours-ci, il est évident que vous n’en aurez pas le temps.

Tout d’abord il faut que vous sachiez que je ne suis pas de vos amis politiques. Je ne vous ai pas élu. Je n’ai pas non plus choisi votre adversaire du second tour car, incapable de faire le choix du moins médiocre, j’ai préféré l’abstention. Et non, je ne suis pas un adepte du Front National, je me refuserai toujours à voter pour ce parti. En fait je suis membre de cette frange de la population qui ne se reconnait plus dans la politique et qui fait par dépit le choix du mal. Une frange devenue majoritaire dans un pays malade de sa politique.

Il y a déjà quelques années, j’ai dit de vous que vous étiez le plus mauvais chef d’Etat depuis Louis XVI. Au passage, vous remarquerez que cela vous place dans mon palmarès derrière Philippe Pétain, ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très reluisant. J’ai aussi dit que vous aviez réussi un tour de force incroyable. Vous avez réussi à nous faire regretter votre prédécesseur, ce qui n’est pas peu dire ! Je ne prétends pas qu’il ait réussi de grandes choses, non. Mais au moins, il arrivait à donner le change avec un semblant de posture d’homme d’Etat.

J’avais finalement ajouté que si vous étiez le pire chef d’Etat depuis Louis XVI, je vous souhaitais de connaître une fin de règne moins dramatique. Je vous le souhaite toujours.

Aujourd’hui, les Français peuvent, à mon grand regret, considérer l’étendue des dégâts provoqués par votre politique internationale et par celle de votre prédécesseur. Cela avait commencé avec l’intervention en Lybie. Oui je sais, vous n’en êtes pas personnellement responsable, c’est Nicolas Sarkozy qui était alors au pouvoir. Et c’est à vous qu’il revient de gérer les conséquences du chaos causé par cette intervention. Mais vous êtes par contre responsable de la continuation de la même politique, particulièrement en Syrie.

Votre féroce détestation du régime de Bachar El-Assad vous a semble-t-il amené à vous investir dans un conflit interne qui ne regardait pas la France. Etant notre Président, vous nous avez ainsi tous impliqués. Je vous ferai remarquer au passage que si le régime syrien n’est pas des plus sympathiques, JAMAIS il n’avait menacé la France ! Il n’y avait donc aucune raison dans ce cas de se montrer si belliqueux à son égard. Tout au plus, la diplomatie française aurait-elle pu promouvoir les valeurs des droits de l’Homme et de la démocratie. Elle aurait dû œuvrer pour aider à une transition pacifique afin de régler un conflit interne destructeur. D’ailleurs le droit international ne nous autorisait en aucun cas à nous mêler des affaires intérieures syriennes. Mais vous avez fait le choix de l’ingérence et de l’illégitimité et désormais nous devons collectivement assumer les conséquences de ce choix.

Vous l’avez désormais compris, la France est en guerre. Non seulement c’est votre politique qui est responsable de cette guerre, mais pire, vous avez très largement contribué à la création de notre ennemi. Il y a très peu de précédents historiques à une pareille naïveté. On peut éventuellement citer Al-Qaida que les Américains ont contribué à créer avant qu’il devienne son pire ennemi. Mais refaire la même bêtise si peu de temps après me paraît inconcevable. N’apprendrons-nous jamais rien de l’histoire ? Où y-a-t-il une volonté délibérée de créer le chaos ? Si c’est le cas, ce chaos retombe aujourd’hui sur nos têtes. Et nous ne vous en remercions pas.

Vous aviez sans doute pensé que les ennemis de nos ennemis n’étaient pas tout à fait nos amis, mais enfin… Et n’y avait-il pas plusieurs nations soi-disant amies derrière ce prétendu Etat Islamique ? Mais l’agenda politique de ces Etats ne coïncide visiblement pas avec l’intérêt supérieur de la nation française. Vous avez été élu par le peuple français, c’est donc à lui que vous rendez vos comptes. Il est par exemple tellement évident que vous idolâtrez le Président Obama. A titre personnel, je ne vous en tiens pas rigueur, vous en avez le droit. Mais jamais cette adoration aurait dû se transformer en soumission. La France est un grand pays et le monde a besoin d’une France indépendante et forte qui agisse pour la paix et la défense des droits de l’Homme. Rappelez-vous quand Jacques Chirac a choisi de ne pas suivre les Américains dans leur volonté de destruction de l’Etat irakien. Le monde a alors chéri la France. C’est ça le rôle qu’on attend de nous, pas de suivre bêtement les Etats-Unis quelle que soit la pertinence de leur politique.

Pire encore, votre soumission aux intérêts de plusieurs états de la région me paraît très coupable. Il est évident que leur amitié pour la France n’est que de façade. Ce qu’ils cachent, c’est qu’ils souhaitent le dépeçage de la nation syrienne afin de se partager les morceaux. Je ne vois vraiment pas pourquoi la France doit les y aider.

Votre haine de Vladimir Poutine est tout aussi évidente et il est clair qu’elle empiète sur votre jugement. Je ne dis pas que c’est un saint homme. Il a des défauts indéniables et certains points de sa politique intérieure sont très critiquables. Mais contrairement à vous il possède une caractéristique importante : c’est un vrai leader. Son peuple le suivrait même en enfer s’il disait que c’est pour le bien de son pays. Et vous devez aujourd’hui convenir que votre tentative de faire sans lui est un total fiasco. La Russie est un acteur incontournable de la scène internationale, et cela particulièrement en Syrie.

Pour en terminer avec ces constats, je dirai que ces derniers mois, nous avons assisté à l’intensification de l’arrivée de ces gens que vous appelez "migrants". Cette intensification est tout à fait suspecte, car elle ne répond à aucune intensification du conflit syrien. Vous auriez donc dû vous demander que venaient faire ces gens. Bien sûr, la majorité d’entre eux est composée de pauvres gens qui n’ont rien demandé. Votre humanisme me paraît dans l’ensemble justifié. Mais ce qui me paraît injustifié, c’est d’accepter ces gens sans aucune vérification. La moindre des choses aurait dû être de vérifier leur provenance, essayer de savoir qui ils sont. On ne peut en aucun cas accepter la venue d’une population hétéroclite sans tri préalable. Mais vous avez naïvement choisi de les laisser venir en groupe. Je suis persuadé que des éléments très dangereux en font partie. C’est une véritable cinquième colonne de l’Etat Islamique qui est désormais au sein de nos frontières. Et c’est vous qui les avez laissé entrer.

Voilà maintenant ce que j’attends de vous. Je ne prétends pas parler au nom de tous les Français, mais je pense que c’est une question de bon sens.

Sur le plan intérieur, il va falloir débusquer cette cinquième colonne. Au sein de nos villes, de nos banlieues, mais aussi de ces nouveaux arrivants. Vous avez décrété l’Etat d’urgence afin de donner des pouvoirs étendus à la Police. Ca n’est certes pas une décision facile à prendre, mais je vous félicite de l’avoir fait. J’espère que cela présage un changement de politique bénéfique.

Sur le plan international, la première chose à constater, c’est que la France est en guerre ouverte. Une guerre que nous n’avons pas souhaitée, mais provoquée. C’est désormais un état de fait et il n’y a pas de retour en arrière possible. Il va falloir que vous vous décidiez à rompre avec vos sentiments profonds et que vous acceptiez de collaborer avec ceux que vous n’aimez pas. El-Assad et Poutine ne sont pas des saints, mais eux au moins ne sont pas les ennemis de la France. Il est temps de faire le bon choix en vue d’éliminer la purulence islamiste qui putréfie cette région du monde. Il sera ensuite toujours temps de faire fonctionner la diplomatie pour que la Syrie devienne un vrai état de droit.

Et quant à votre ami Obama, il est temps de lui faire comprendre que la France est un état indépendant qui défend ses propres intérêts. S’il veut vous suivre, il est le bienvenu. Sinon, il peut rester à l’écart, cela ne nous pose pas de problème.

Nous attendons de vous de prendre de vraies décisions, de devenir le leader que vous n’avez jamais réussi à être. Je ne me fais malheureusement que très peu d’illusions et je ne vous en crois pas capable. Mais s’il vous plaît, Monsieur le Président, prouvez-moi que j’ai tort.

Cordialement.

Pascal Carlier

Commentaires

Monsieur Kad,

Je vous remercie pour votre lettre. Un ou deux points toutefois. Vous écrivez: "JAMAIS il n’avait menacé la France !" Qu'en est-il de l'attentat qui a tué une cinquantaine de militaires français au Liban? La Syrie est-elle responsable comme l'en accuse encore hier un intervenant à Franceinter? Ou est-ce de la propagande? Bon en 1983, Monsieur Bachar El Assad n'était de toute façon pas au pouvoir.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentats_du_23_octobre_1983_%C3%A0_Beyrouth

Vous écrivez également: "On peut éventuellement citer Al-Qaida que les Américains ont contribué à créer avant qu’il devienne son pire ennemi". Et si jamais Al Qaida n'était devenu un ennemi, mais ait toujours été un instrument utilisé en fonction des circonstances?

Écrit par : Charles | 15/11/2015

"Bon en 1983, Monsieur Bachar El Assad n'était de toute façon pas au pouvoir."

J'y avais pensé justement. Le Liban était de toute façon en guerre civile et il était difficile de comprendre les liaisons multiples entre les factions.

"Et si jamais Al Qaida n'était devenu un ennemi, mais ait toujours été un instrument utilisé en fonction des circonstances?"

Possible, mais dans le cadre de ce message à François Hollande ça n'est de toute façon pas le sujet.

Écrit par : Kad | 15/11/2015

La France semble recevoir les fruits de sa politique en Syrie, malheureusement.

Écrit par : hommelibre | 15/11/2015

Monsieur Kad,

Merci pour vos réponses.

Monsieur Homme Libre,

"La France semble recevoir les fruits de sa politique en Syrie, malheureusement."
Des voix demandent maintenant une intervention des troupes françaises au sol en Syrie. Sans demander l'autorisation du gouvernement syrien, je crains qu'ils n'aient toujours pas compris.

Écrit par : Charles | 15/11/2015

La bonne nouvelle c'est que Obama et Poutine ont discuté de la Syrie aujourd'hui. Ça augure peut-être une intervention conjointe. Avec ou sans la France.

Écrit par : Kad | 16/11/2015

La Russie n'a pas besoin des États-Unis pour faire le ménage. Même les Irakiens ont compris le double jeu mené par les Américains.

Écrit par : Charles | 16/11/2015

Bien sûr que François Hollande ne lira pas votre lettre. Peut-être parce que vous n'avez pas l'intelligence de Boris Vian auquel vous tentez de vous associer.
Vous faites partie de ces gens qui n'ont rien à dire mais qui, hélas, le disent quand même.
C'est affreux de lire vos petits commentaires après une telle tragédie qui semble n'être pour vous qu'un moyen de tenter de vous mettre en évidence.

Écrit par : Bertrand Bandollier | 16/11/2015

Quelle agressivité... Sortir du discours ultra-convenu des médias de masse, c'est manquer de respect aux victimes selon vous ? Il ne s'agit pas de petits commentaires, mais d'une demande à mon Président de prendre des vraies décisions en vue d'éviter que cela puisse se reproduire à l'avenir.

Certes j'aurais pu écrire que je soutiens les familles, etc. Mais ça n'est pas à FH que je dois dire ça, non ? Donc ça n'avait rien à faire dans cette lettre. Et puis, on n'entend que ça partout. Ca ne dois pas nous faire oublier que c'est le gouvernement qui est le premier responsable de ce grand gâchis. Sa politique a conduit à nous mettre dans cette situation. Alors non, je refuse de me taire par respect des victimes. C'est trop facile.

Et si je fais référence à Boris Vian c'est que je l'admire beaucoup et il est l'un de mes auteurs contemporains préférés. Je ne me compare aucunement à lui.

Votre commentaire montre en tout cas que c'est vous qui n'avez rien à dire...

Écrit par : Kad | 17/11/2015

A méditer:
http://www.timesofisrael.com/in-france-defense-experts-see-parallels-to-israel/
http://alya-breakingnews.com/2015/01/07/14-55-0701-reaction-de-eli-yischai-suite-a-lattentat-de-paris-les-francais-comprennent-maintenant-ce-que-nous-vivons/
Tragédie? Oui. Une parmi beaucoup d'autres. La dramatisation et l'instrumentalisation de cette tragédie sont en cours en exploitant au maximum l'émotion.

Écrit par : Charles | 17/11/2015

Excellente lettre qui exprime ce que beaucoup de monde pense en ces jours très pénibles que l'on aurait jamais voulu vivre !

Écrit par : Marie | 17/11/2015

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