10/09/2015

Les migrants

"Le novlangue (traduit de l'anglais Newspeak, masculin dans la traduction française d'Amélie Audiberti) est la langue officielle d’Océania, inventée par George Orwell pour son roman 1984 (publié en 1949).

Le principe est simple : plus on diminue le nombre de mots d'une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir, plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l'affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision.

C'est donc une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l'expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l’État, l'objectif ultime étant d'aller jusqu'à empêcher l'« idée » même de cette critique."

Définition tirée de Wikipedia

Pourquoi recopier cette définition ici ? Je pense que l'idée de Georges Orwell est de plus en plus mise en pratique par nos médias. Le novlangue faisait au début partie d'une oeuvre de science-fiction. Mais la science-fiction d'hier est la réalité d'aujourd'hui. De plus en plus, on nous impose des terminologies peu précises afin de diminuer notre capacité à nommer correctement les choses.

En ce qui concerne les "migrants", terme qu'on nous sert à toutes les sauces depuis quelques temps, il s'agit justement d'un cas caractéristique de simplification du langage. C'est un terme générique qui recouvre quantités de cas particuliers très différents. Pour commencer, un migrants peut tout aussi bien être émigrant qu'immigrant, ce qui est bien pratique pour noyer le poisson. Pour bon nombre de personnes, un émigrant c'est naturel alors qu'un immigrant, ça pose problème. En restant flou, on évite ce genre de questionnement.

Plus encore, les gens qu'on appelle "migrants" sont en fait constitués de différents groupes bien distincts. Certains fuient la guerre, il faudrait donc les appeler "réfugiés" ou mieux encore "requérants d'asile" ou "demandeurs d'asile". D'autres par contre souhaitent fuir des zones où la vie est difficile pour tenter leur chance en Europe. Dans un monde normal, ces gens devraient être appelés "illégaux" ou encore "sans-papiers". Les qualifier du terme fourre-tout de "migrants" c'est donc déjà un amalgame destiné à les faire confondre avec les vrais réfugiés.

Accueillir des réfugiés, ou tout au moins accepter d'examiner leur demande d'asile, c'est un devoir. Chaque être humain doit pouvoir avoir le droit de se réfugier à l'étranger lorsque sa sécurité et celle de sa famille n'est plus assurée dans son propre pays. Par contre, si on peut s'émouvoir de la détresse financière d'une population, il n'est pas souhaitable d'accepter comme des réfugiés des personnes sans-papiers, simplement parce qu'il ne sera jamais possible d'accueillir toute la misère du monde. Ces personnes doivent être aidées dans leur propre pays, où ils pourront à leur tour aider les autres à s'en sortir. Les accueillir ne sera jamais une solution.

De même, quand une personne refuse de demander l'asile dans le pays où il se trouve parce qu'il préfère un autre pays, on doit le traiter comme un illégal. Les "migrants" qui s'agglutinent à Calais par exemple, ne sont rien d'autre que des étrangers en séjour illégal. Il suffirait de les soumettre à un ultimatum (vous demandez l'asile ou vous rentrez chez vous) pour régler ce problème.

Finalement, parler de "migrants" renvoie à "migration", ce qui permet de faire croire à un mouvement migratoire inéluctable, telle une migration d'oiseaux. On rend le problème irréversible et on évite d'examiner les causes de la migration. On doit seulement traiter le symptôme, mais surtout pas la source du problème.

Si on veut se prémunir du lavage de cerveaux qu'on tente de réaliser en imposant le novlangue, il faut refuser d'employer les termes simplificateurs utilisés par les médias. Dans un monde occidental qui ressemble de plus en plus à l'Océania de Georges Orwell, il est du devoir de tout un chacun de refuser de se plier au novlangue. La réflexion doit être défendue coûte que coûte. Chaque individu est doté d'un cerveau et doit réapprendre à s'en servir. Il faut refuser la simplification et l'abêtissement imposés par la télévision en particulier.

Pour cela, ça n'est pas très compliqué. La langue française, comme d'autres langues, possède une grande quantité de nuances qui en font une langue très précise. Pour cette raison, chaque fois qu'on cherche à nous imposer des terminologies vagues et simplificatrices, il faut considérer que c'est une manipulation des esprits. Ce qui est imprécis est par définition suspect. C'est la règle qu'il faut toujours garder à l'esprit.