14/02/2013

Les normales saisonnières

Vous avez tous entendu les météorologues parler de normales saisonnières. Ceci sous-entend qu'il existe une température normale pour un lieu et une saison donnée et que tout ce qui sort de la normale est forcément anormal. Personnellement je n'apprécie pas trop ce terme et je lui préférerais celui de moyenne saisonnière. Bien sûr il ne s'agit que d'une question de terminologie et on pourrait en débattre longtemps. Mais le problème c'est que le terme de moyenne permet d'envisager des fluctuations alors que celui de normale n'en autorise pas.

En bref, parler de moyenne, c'est faire de la météorologie au jour le jour. Parler de normale en revanche, ça revient à essayer de faire croire que notre climat est anormal, parce que changeant. C'est une manière de pousser l'inconscient à faire l’amalgame avec le réchauffement climatique, devenu "changement climatique" depuis que la Terre ne se réchauffe plus.


Comment ça la Terre ne se réchauffe plus ? Pourtant on nous donne sans cesse des informations du style "L'année 20xx a été la yyème plus chaude de tous les temps". Et bien cette manière de présenter les choses sert à cacher une vérité: depuis la fin des années 90, soit environ 15 ans, la Terre ne s'est pas réchauffée. Le climat reste chaud certes, mais pas plus chaud qu'il ne l'était il y a 15 ans. La preuve par cette courbe, issue des données fournies par le Hadley Center en Angleterre, une des références en la matière: (source woodfortrees.org)

Temp.png

On a même l'impression que ces dernières années les températures diminuent, (à l'exception de 2010, marquée par un évènement de type El Niño dans le Pacifique) même si cette tendance est loin d'être franche...

Donc le réchauffement climatique est devenu changement climatique pour que n'importe quel évènement puisse lui être imputé. Qu'il fasse plus froid ou plus chaud, qu'il grèle, qu'il vente ou qu'il neige, c'est à cause du changement climatique. Et la preuve en est qu'on s'éloigne régulièrement des normales saisonnières, que ça soit en positif ou en négatif.

Et, petite parenthèse, il est étonnant de voir qu'on ne dit plus réchauffement climatique dû à l'activité humaine, mais réchauffement ou changement climatique tout court, car on ne juge plus nécessaire de faire cette précision. Le changement climatique est forcément d'origine humaine. Mais en réalité, si le réchauffement est indéniable (au contraire du changement...) sa cause humaine l'est beaucoup moins...

Malheureusement, tout cela est loin d'être si simple. Car la répartition de la température sur le long terme est une répatition statistique. C'est-à-dire qu'on peut dégager une moyenne à long terme, mais à court terme, la température ne semble pas suivre une loi particulière. Dans une répartition statistique, les différentes mesures sont distribuées selon une courbe dite de "Gauss". Celle-ci a une forme caractéristique de cloche, car le plus grand nombre de mesures sera observé à la valeur moyenne et à mesure qu'on s'éloigne de la valeur moyenne, le nombre de mesures devient de plus en plus faible, que ça soit en négatif ou en positif.

Pour bien comprendre ceci, on peut prendre en exemple le jet de 2 dés. pour faire un 2 vous n'avez qu'une seule chance, c'est de faire un double 1. Pareil pour le 12, le seul moyen c'est de faire un double 6. Par contre pour faire un 3, vous pouvez faire 1 et 2 ou 2 et 1. Il y a donc 2 possibilités. Et pour faire 11,  vous pouvez faire 5 et 6 ou 6 et 5. Il y a 3 possibilités pour faire 4: 1 et 3, 2 et 2, 3 et 1. Et ainsi de suite. le maximum c'est le 7, que vous pouvez réaliser en tirant 1 et 6, 2 et 5, 3 et 4, 4 et 3, 5 et 2, 6 et 1 soit 6 possibilités. Vous avez donc 6 fois plus de chances de tirer 7 que 2 ou 12. Donc en faisant un grand nombre de lancers, et en les reportant sur un graphique ont trouvera plus ou moins une figure comme celle-ci:

Répartition_idéale_courbe_de_Gauss.jpg

Les dispersions indiquées ci-dessus peuvent toujours être appliquées même si elles sont approximatives. Car seule la hauteur ou la largeur de la courbe changent. La forme d'une courbe de Gauss est elle invariable.

On voit ici que 50% des points de mesure se trouvent dans environ 1/4 de la dispersion totale. Cela signifie que la moitié des mesures se retrouveront à l'intérieur de de cet écart. Mais cela signifie aussi que la moitié des mesures se retrouveront à l'extérieur !

Voyons maintenant les température d'une région donnée, ici la région genevoise. (source Wikipedia)

Genève.png

On voit ici que la dispersion totale des température est de près de 58°C ! (différence entre le record de froid et le record de chaleur) Mais ça serait faux de prendre ce chiffre en compte, car il s'agit d'un chiffre annuel et non saisonnier. Pour connaître la dispersion totale, il faut prendre pour un mois donné :

Record de chaleur - Record de froid

à quoi il faut soustraire la différence entre les minimales moyennes et les maximales moyennes (différence jour - nuit) car le record de chaleur a forcément lieu durant la journée alors que le record de froid a très probablement lieu durant la nuit.

Ce qui donne environ 35°C d'écart entre les record mensuels de température - 9°C d'écart moyen jour-nuit = 26°C de variabilité mensuelle totale pour Genève.

Appliqué à la courbe de Gauss plus haut, il faut diviser ces 26°C par 4, soit 6,5°C, pour trouver la plage dans laquelle se retrouveront 50% des mesures. C'est-à-dire que pour un mois donné, 50% des mesures se retrouveront à plus ou moins 3,25°C de la valeur nominale, mais aussi... 50% des mesures se retrouveront à l'extérieur ! Autrement dit, une température de +5°C est aussi normale qu'une température de +2°C par exemple !

Et finalement, il faut aussi dire que des écarts de température supérieurs à plus ou moins 10°C sont rares, mais qu'ils ne sont pas anormaux, puisqu'ils sont prévus par les mathématiques ! Ce qui serait anormal, c'est que de pareils écarts ne se produisent jamais !

Alors pourquoi notre climat a-t-il une pareille variabilité ? Cela vient du fait que nous nous trouvons en région tempérée. Nos régions sont caractérisées par les fluctuations liées aux jet streams, ces vents violents de haute altitude, bien connus des voyageurs aériens.

jet-stream.jpg

Les jets streams contournent les dépressions et les hautes pressions. Quand on se trouve au nord des jet stream, on est en zone froide et quand on est au sud, en zone chaude. Ces jet streams se déplacent sans cesse, si bien qu'ils entrainent avec eux les zones dépressionnaires et les anti-cyclones. Et de ce fait on peut dire que nous nous trouvons dans une zone au climat passablement instable, contrairement aux régions équatoriales par exemple.

Si on prend les températures de Rio de Janeiro par exemple: (source Wikipedia)

Rio de Janeiro.png

On peut constater que les écarts de température sont passablement moindres par rapport à ceux de notre région. (écart entre les records 37°C contre 58°C pour Genève !) Ceci est parfaitement normal est souligne le fait que le climat tropical de Rio est plus stable que notre climat tempéré.

Ainsi notre climat est instable par nature. C'est pour cette raison que je trouve inaproprié ce terme, aujourd'hui commun chez les météorologues, de normale saisonnière. En matière de météo, rien n'est jamais normal et au contraire, le climat est par nature chaotique. Et ceci avec ou sans l'activité humaine.

20:25 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0)

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