09/08/2011

2008 - 2011, deux crises séparées ?

L'économie mondiale est à nouveau en train de sombrer. Tous les spécialistes tentent de dire le contraire, car leur but est d'éviter que nous cessions de consommer. Il faut éviter que le climat économique tourne à la morosité générale. Mais qui peut croire que tout va bien se passer ? Non tout ne va pas bien se passer. La crise se profile bien à l'horizon. Si soudaine qu'elle était impossible à prévoir, nous dit-on.

Vraiment ? En réalité, cette crise n'est qu'une conséquence directe de la gestion déplorable de la précédente crise. En effet, en 2008, on nous a affirmé qu'il fallait tout faire pour sauver le système bancaire. Que sans cela, toute l'économie allait s'éffondrer. Et à court terme, c'était peut-être vrai. Il est possible que la crise que nous avons vécue en 2009 a été bien moins grave qu'elle n'aurait pu l'être sans l'intervention des états. Mais le problème de fond c'est la solvabilité des états. Qui pouvait croire que les états étaient capables de sortir de leur portefeuille des sommes se comptant en milliers de milliards ? Qui pouvait être assez naïf pour cela ?

Dans ce monde, l'argent ne se fabrique pas d'un coup de baguette magique. L'argent, se fabrique en créant de la dette ! Et si c'est vrai pour un particulier qui veut changer de voiture ou s'acheter un appartement, il en va de même pour les états. Et croire que des états déjà fortement endettés sont capable de débourser des sommes faramineuses au moment même où leurs revenus fiscaux sont en chute libre, il faut vraiment être fou. Ou être prévisionniste économique.

Malheureusement, comme on pouvait s'y attendre, les marchés n'ont rien appris. Tout ce qui a été fait, c'est retarder l'échéance. Les bonnes intentions des débuts du G20 sont restées lettre morte. Le système financier international n'a pas été assaini. Les incendiaires d'hier sont toujours en poste et reçoivent toujours leurs bonus faramineux comme récompense pour avoir réussi à piller les fonds publics. Les banques n'ont pas eu à changer leurs habitudes puisqu'elles ont échappé à l'incendie qu'elles ont elles-mêmes allumé.

La réalité, c'est que la crise grecque, la crise portugaise, la crise américaine, les futures crises italiennes, espagnoles, puis bientôt françaises et allemandes sont toutes des conséquences directes de la gestion à court terme de la crise financière de 2008. On a sauvé les banques, mais on a fait couler les états. Et au final, l'insolvabilité des états fera tout de même couler les banques et tout le système économique avec. Personne ne pourra venir en aide aux banques cette fois. Car le système d'autofinancement de la dette est arrivé à son point de rupture. Le niveau pharaonique de la dette au niveau mondial doit maintenant régresser drastiquement. C'est ce qu'on appelle la compression des marchés. En termes politquement corrects un "rajustement". Et l'argent créé artificiellement à partir de ces dettes doit disparaître.

Au final, le PNB mondial va beaucoup baisser. Et qui dit PNB en baisse dit moins d'argent, donc moins d'emploi. Les temps vont être rudes. Mais peut-être que c'est nécessaire. Car quand les gens comprendront enfin qu'on les prend pour des imbéciles, peut-être qu'ils se décideront à descendre dans la rue. Peut-être qu'ils comprendront enfin qu'on a fait d'eux les esclaves d'un système économique pourri jusqu'à l'os où quelques pontes manipulent tout y compris les gouvernements, dans le seul but de se remplir les poches. Une économie qu'on a voulu mondialisée, non pas pour faire progresser le tiers-monde, mais pour mettre les travailleurs de tous pays en concurrence et pour mieux les asservir. Peut-être qu'il faudra que les gens commencent à souffrir de la faim pour cesser de se laisser bercer par leur petit confort et par les illusions de la télé-réalité. Au final, il faudra peut-être passer par une table rase pour créer un monde nouveau où l'économie sera au service de l'homme plutôt que le contraire...

Commentaires

Excellent billet que vous avez publié là !

Peut-être avez-vous visualisé le film « L’Argent dette » ?
C’est un film d’animation didactique d’une quarantaine de minutes édité il y a deux ou trois ans en DVD, puis mis en ligne depuis... ? et il est téléchargeable.

http://www.dailymotion.com/video/x75e0k_l-argent-dette-de-pa...

Ce film est très démonstratif et image bien ce que vous exprimez dans une partie de votre billet comme, lorsque vous écrivez :

« Dans ce monde, l'argent ne se fabrique pas d'un coup de baguette magique. L'argent, se fabrique en créant de la dette » !

Et il est vrai que jusqu’à présent, rien n’a été fait de sérieux pour résoudre cette crise qui était pourtant prévisible, mais rien ne se fera, car qui osera faire autre chose que de la colmater avec des emplâtres sur une jambe de bois ?

Allons-nous accepter encore longtemps d’êtres esclaves et de payer notre propre esclavage ?

Aussi, votre dernier paragraphe est une excellente conclusion bien que pessimiste... mais comment ne pas l’être ?

Bien à vous.

Écrit par : Benoît Marquis | 09/08/2011

Bonsoir M. Marquis.

Oui j'ai vu ce film il y a deux ou trois ans et il est effectivement très instructif. (mais malheureusement je le trouve assez naïf dans ses conclusions, ça n'en reste pas moins un film éducatif que tout le monde devrait voir)

A part ça, une petite phrase de Goethe à méditer: "Nul n'est plus esclave que celui qui se croit libre sans l'être." Pour moi cette phrase est tout à fait d'actualité. Nous sommes tous des esclaves vivant avec l'illusion de la liberté conférée par nos démocraties. Mais démocraties contrôlées par les esclavagistes. Car les politiciens leur sont acquis. Les médias font partie de leurs groupes économiques. Tout est prévu pour éviter que les esclaves réfléchissent et se rendent compte de leur propre servitude.

Je me rends compte que ma position peut passer pour gauchiste. Ca n'est pas le cas. Je me considère même comme un vrai libéral. Mais pour moi un système véritablement libéral a deux particularité primordiales: d'une part les bons comportements, qui mènent à une meilleure efficacité et répondent au mieux aux besoins des clients, sont récompensés et encouragés par la réussite économique. D'autre part, les mauvais comportements se soldent par un échec économique, pouvant mener dans certains cas à la faillite. C'est douloureux, mais totalement nécessaire, car c'est par cette double incitation à l'efficience économique que fonctionne l'économie de marché.

La plupart des entreprises répondent à ces critères et vivent une saine concurrence au sein de leur propre marché. Mais dans le cas de la haute finance, les lobbys ont tellement noyauté les gouvernements, que ces derniers n'acceptent pas de jouer la carte du libéralisme. Ils vont jusqu'à dépouiller les états dont ils ont reçu la responsabilité, avec des conséquences totalement prévisibles, pour démontrer leur fidélité à ceux qui les soutiennent ! Voilà contre quoi il faut s'insurger. Voilà ce qui provoquera la révolution mondiale.

Écrit par : Kad | 09/08/2011

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