10/04/2011

L’utopie d'un avenir sans nucléaire : 1. Sortir du nucléaire, pourquoi faire ?

En réponse à un commentaire de trapaski sur le sujet précédent, je débute une petite série de billets afin de faire la liste, non-exhaustive, d'un certain nombre de pistes qui permettraient à moyen terme de sortir du nucléaire.


Mais pour commencer, on peut se poser la question suivante : pourquoi sortir du nucléaire alors que c'est une forme d'énergie propre, abondante et bon marché ? Pour commencer, il faut dire que le nucléaire n'est pas une technologie propre. C'est même la technologie humaine la plus polluante qui n'ait jamais été inventée. Certes la quantité de déchets produite est faible, mais ces déchets sont les produits les plus toxiques que n'ait jamais créés l'homme et donc les plus dangereux pour le monde vivant qui n'aient jamais existé. Et le pire est que certains de ces déchets représenteront un danger encore pendant des dizaines voire des centaines de millénaires.

En plus, on nous dit que cette technologie est extrêmement sûre. On cite un risque d'un accident tous les trois cent mille ans de fonctionnement. Ce qui, soit dit en passant, lorsqu'on multiplie ce risque par le nombre de réacteurs en fonction, donne plus d'un accident tous les mille ans. Si on considère que la fission nucléaire sera utilisée pendant près d'une centaine d'années en tout, (peut-être plus) ça donne finalement plus d'une chance sur dix d'assister à un accident majeur durant cette période. C'est un peu moins négligeable je trouve...

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Mais là encore, ce taux d'un sur dix n'explique pas comment on a pu assister à déjà trois accidents majeurs en une cinquantaine d'années d'exploitation des centrales nucléaires. Dont deux ont provoqué de très graves pollutions. Ce nombre est simplement soixante fois plus grand que ce qu'on peut prévoir ! Où est donc le problème ? C'est simple, le problème c'est qu'on ne peut pas connaître à l'avance tous les risques qui entrent dans une équation. Si on prend un jeu de hasard comme le loto, on peut déterminer avec exactitude le nombre total de permutations. Ainsi on peut déterminer ses chances comme étant l'inverse du nombre de permutations. (par exemple, pour 3 possibilités, on a une chance sur trois de gagner) Dans le cas d'un système soumis aux lois de la nature, il est par contre impossible de connaître toutes les permutations. La nature est un système chaotique qui réserve souvent des surprises. Il existe tant d'évènements hors norme de nature différente que la spécialité devient même la règle.

Et un accident se produit toujours lors d'un évènement qu'on n'est pas parvenu à prévoir. Pour éviter tout accident, on devrait être capable de tout prévoir. Mais cela est totalement impossible. Et c'est bien sûr le cas pour toute technologie humaine. Il y a toujours un risque et ce risque n'est pas tout à fait quantifiable. Mais le problème du nucléaire c'est les conséquences. Imaginez la région entourant la centrale de Mühleberg devant être évacuée pour une longue période de temps. Cette région transformée en no man's land inclurait Neuchâtel, Fribourg et surtout... Berne ! Ces conséquences sont-elles acceptables ? Personnellement je réponds que non.

Le nucléaire n'est donc pas si propre et pas si sûr. Mais qu'en est-il de son prix ? Et bien ce prix va de toute façon largement augmenter dans le futur du fait des nouvelles normes qui devront être introduites. Et puis, si on tenait compte des coûts faramineux de l'entretien et du démantèlement des réacteurs accidentés, on se rendrait compte que le nucléaire est loin d'être une forme d'énergie bon marché...

Reste les deux derniers arguments des pro-nucléaires, ceux qu'ils vous balancent au visage quand vous leur avez démontré tous les problèmes que pose leur technologie : le nucléaire aidera à respecter les engagements en matière de gaz à effet de serre et sans lui, on n'a plus qu'à s'éclairer à la bougie ! Et bien on doit admettre que le nucléaire produit pas ou peu de CO2. Cela dit, le CO2 est un gaz inerte, totalement sans danger direct pour la vie, et est même la nourriture essentielle des plantes. Le CO2 est tout simplement le carburant de la vie. C'est donc exactement le contraire des déchets nucléaires qui sont les productions humaines les plus dangereuses pour la matière vivante qui n'aient jamais été créées ! Tout au plus, on peut craindre que le CO2 participe au réchauffement terrestre. Ce que je crois d'ailleurs, mais sans croire à l'apocalypse climatique. Par contre, je crois tout à fait à l'apocalypse nucléaire qu'on nous prépare. Pour moi c'est une menace réelle et immédiate alors que la menace climatique est hypothétique voire en grande partie fantasmée. En réalité, si je suis opposé au catastrophisme climatique, c'est justement parce qu'on s'en sert pour justifier le recours au tout nucléaire. Cette théorie étant devenue populaire peu après l'accident de Tchernobyl, je soupçonne même les gouvernements de s'en être servis pour justifier la prolongation de leur politique nucléaire...

En effet, la catastrophe ukrainienne avait totalement sapé la confiance du public envers l'énergie nucléaire. Dès lors, le lobby nucléaire devait réagir. Et pour les gouvernements qui cherchaient à défendre une industrie extrêmement stratégique, la théorie du réchauffement climatique arrivait à point nommé. De rôle de responsable de l'apocalypse, le nucléaire devenait le grand sauveur.

Et le nucléaire est particulièrement stratégique dans les pays disposant d'armement nucléaire, car sans centrales, il ne peut y avoir de bombes. Il n'est donc pas étonnant que chez les cinq membres permanents de l'ONU, on fasse du nucléaire un sujet tabou. Il ne peut y avoir de débat public, car le nucléaire est nécessaire à la suprématie militaire de ces états. C'est également vrai pour d'autres puissances nucléaires émergeantes comme l'Iran. Par contre, dans des pays comme l'Allemagne ou la Suisse, on ne refuse pas le débat.

De même, certains pays, la France et la Russie en tête, font du nucléaire un business. Ces deux états se livrent une concurrence acharnée pour livrer des centrales clé en main à des états tiers. C'est d'ailleurs le principal enjeu de l'EPR, le réacteur de troisième génération. Cheval de bataille de la société Areva, il est censé lui apporter de juteux bénéfices durant de nombreuses années. Il n'est donc pas étonnant qu'en France, pays hôte du groupe industriel, on minimise la portée des interrogations suscitées par l'accident de Fukushima. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Même en France, pour une grande partie du public c'est fait : le nucléaire est une technologie du passé.

Reste donc un ultime argument, celui de l'impossibilité de remplacer le nucléaire par une autre technologie. Est-ce exact ? A voir...

Commentaires

Prévoir c'est gouverner et l'inverse n'est ce-pas?

Alors peut-on m'expliquer pourquoi les Japonais ont eu l'idée d'implanter plusieurs centrales nucléaires sur la côte pacifique de leur pays plutôt que sur la côte de la mer de Chine? Allez consulter ce formidable outil qu'est Google earth et activez la coche séismes.....vous comprendrez pourquoi je pose cette question, c'est aussi con que si les USA avait construit une centrale sur la faille de San Andreas. L'argument de construire sur la façade Pacifique à l'époque de la guerre froide n'est pas recevable compte tenu qu'a l'époque de leur construction, les missiles balistiques pouvaient frapper aussi bien sur la côte est que la côte ouest.

Quand on sait que les victimes d'Hiroshima ont été traités au pays du soleil levant comme des pestiférés jusqu'à une date encore récente, j'estime que le gouvernement Japonais à minimisé, voir nié le danger du nucléaire et ses conséquences.

Écrit par : jojobargeot | 11/04/2011

Je ne sais pas pourquoi ils ont construit cette centrale et une autre en front de mer. C'est vrai que ça paraît idiot. Mais c'est toujours plus facile de critiquer après coup. Je suppose qu'ils ont jugé leurs systèmes de sécurité suffisants. Il y avait une digue pour briser les tsunamis et comme pour toutes les centrales, il y a des sécurités multiples. Mais ils se sont trompés à propos de leurs systèmes de sécurité, c'est le moins qu'on puisse dire.

Mais pour moi, le propos n'est pas de savoir qui a fait une faute dans ce cas-ci et pourquoi, ni de vérifier si la même faute n'a pas été reproduite ailleurs, pour moi le propos c'est de partir du principe qu'il doit y avoir des erreurs ailleurs, des erreurs qu'on n'est même pas capable d'identifier, et qu'on ne peut pas continuer à vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Écrit par : Kad | 11/04/2011

" car sans centrales, il ne peut y avoir de bombes. "

Qu'est-ce qu'on entend par " sans centrale, pas de bombes " il me semble que les recherches sur la bombe atomique initiés par les nazis et terminées par les USA et l'URSS etqui fut utilisées à Hiroshima et Nagazaki, l'ont été avant les premières centrales nucléaires civiles tel qu'elle nous sont connus aujourd'hui?

Qu'en pensez-vous cher Kad?

D.J

Écrit par : D.J | 11/04/2011

J'aurais dû dire pas de bombe au plutonium. Cette matière ne peut être fabriquée que par absorption de neutrons par un atome d'uranium 238. Ce qui donne du plutonium 239 fissile) Donc c'est un sous-produit d'une centrale nucléaire. Dans les années 40, il y avait déjà des centrales expérimentales qui tournaient. Elles n'étaient pas utilisées pour fournir de l'énergie sur le réseau civil, mais uniquement pour fabriquer du plutonium.

J'ai trouvé ce dossier très intéressant sur le sujet du plutonium en France:

http://www.cea.fr/defense/le_plutonium/carte_d_identite_du_plutonium

On y apprend entre autres que la France a cessé de fabriquer du plutonium de classe militaire. La raison c'est qu'elle en possède en grandes quantités ! Dans ce pays, les centrales nucléaires ne sont donc plus aussi utiles pour le domaine militaire. Par contre dans d'autres pays...

Écrit par : Kad | 11/04/2011

La techno des réacteurs ou centrales pour la fabrication des bombes est radicalement différente de celle des réacteurs à eau légère (le type majoritaire actuellement) - il s'agit de réacteurs à l'uranium naturel (ou très faiblement enrichi), modérés par du graphite. On trouve un article très détaillé en anglais sur Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/B_Reactor
Si cette description éveille des souvenirs, c'est justement qu'elle est très analogue aux "RBMK" russes (dont un exemplaire s'est "illustré" à Chernobyl...), qui avaient la double fonction civile et militaire.
"Sans centrales, pas de bombes" : pas forcément - on peut aussi directement enrichir l'U-235 (centrifugeuses).

Écrit par : zamm | 12/04/2011

Merci pour cette précision.

Ce que je voulais surtout dire en fait, c'est que l'industrie nucléaire civile et l'industrie nucléaire militaire ont toujours été de paire et dans tous les pays disposant d'armes nucléaires. Car c'est tout un circuit de traitements successifs du combustible qui doit être organisé. (enrichissement - fusion dans les réacteurs - production de plutonium - retraitement) Le nucléaire militaire représente une toute petite partie de ce circuit. Sans le nucléaire civil on ne pourrait donc jamais rentabiliser toutes les installations nécessaires.

Écrit par : Kad | 12/04/2011

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