10/06/2010

Des rues piétonnes, oui mais...

Aujourd'hui, il n'existe pas de véritable opposition à l'idée d'étendre la zone piétonne au centre-ville. Pratiquement tout le monde a envie de voir notre belle ville débarrassée de son trafic automobile. Les voitures parquées en double-file, les colonnes de véhicules, tout ça nuit à l'image de la cité. Si on regarde du côté de Lausanne ou Bâle, on constate aisément que les zones piétonnes sont bien loin de repousser les badauds. Au contraire, elles amènent de l'animation, elles font la joie des commerçants. L'idée d'interdire l'accès de la plus grande partie du centre-ville aux véhicules privés semble donc couler de source.

D'ailleurs, la situation de la rue du Rhône montre bien que la solution intermédiaire qui consiste à restreindre l'accès à une rue ne fonctionne pas. Les contrevenants sont légion. Et il n'y a aucun effet sur les véhicules en double-file, puisque l'accès aux commerces reste autorisé. Bref, on veut des vraies rues piétonnes. On veut un centre-ville où il fait bon flâner et faire ses emplètes. Mais alors pourquoi cela n'avance t-il pas ? C'est parce que, une fois n'est pas coutume, dans une ville où la controverse politique est élevée au rang de spécialité locale, (voir mon billet à propos de la "Genferei") plusieurs visions s'opposent et empêchent de trouver un consensus.

La première, celle de la droite, fait la part belle aux commerçants. Elle veut s'assurer que le centre-ville reste pleinement accessible aux clients pour ne pas les voir se reporter vers les centre commerciaux périphériques, voire vers la France. Elle tient à concerver l'animation du centre-ville qui doit rester un centre d'activité pour toute la région. Dans cette optique, la droite réclame que des places de parking en sous-sol (notamment au travers du parking "Clés-de-Rive") compensent les places perdues en surface. Ainsi, aller au centre en véhicule privé reste possible et pas trop rebutant. (ou en tout cas pas plus qu'aujourd'hui)

La seconde vision, celle de la gauche, voit le centre-ville comme un endroit où on se rend en transports publics ou à vélo. Ils ne jugent donc pas nécessaire de compenser les places perdues en surface. Au contraire, ils appellent ces nouveaux parking des "aspirateurs à bagnoles"! (alors que tout ce qu'ils aspirent, c'est des voitures qui étaient déjà parquées au centre, mais en surface) Ce qu'il faut dire, bien qu'on doive admettre que l'accès au centre est assez facile avec les transports publics (personnellement je les utilise la plupart du temps), c'est qu'il y a pourtant certaines situations où la voiture est nécessaire. Par exemple, lorsqu'on a des choses lourdes à transporter. Ou si on va en ville avec des personnes à mobilité réduite. Dans ces cas, doit-on se rabattre sur les centres commerciaux tels que Balexert ? J'espère en tout cas que ça n'est pas le but recherché. Mais il faut bien dire que réduire les possibilités de parking sans compensation aura bel et bien cet effet. Avec des conséquences imprévisibles sur le commerce.

800px-Geneva_2006_624.JPGIl y a enfin la vision des écologistes, qui voient non pas les rues piétonnes comme créatrices d'animation et d'activité, mais comme entrave au trafic. Pour eux le modèle mis en place aux Paquis, dont la traversée est pratiquement impossible en voiture, doit être étendu à toute la ville. C'est en tout cas le but de leur initiative des 200 rues piétonnes. Bien sûr, pour eux aucune compensation de places de parking ne doit avoir lieu. Les gens n'ont qu'à venir en bus. Et bien moi je trouve que cette vision est très étroite et ne prend en considération que le cas de la fameuse femme inactive qui va en 4x4 faire ses courses dans l'après-midi ou celui du banquier qui se rend à son travail au volant de sa Jaguar. Mais il ne faut pas oublier qu'à Genève, il y a aussi des entreprises qui ont des activités et qui doivent utiliser des véhicules motorisés. Déjà aujourd'hui, quand une entreprise doit envoyer un véhicule à Genève, c'est l'assurance de devoir affronter des embouteillages sans fin et de devoir faire face à d'énormes problèmes de parking.

D'ailleurs, les véhicules de livraison peuvent accéder aux rues piétonnes jusqu'à 11 heures. Ensuite,  elles en sont bannies. Mais les entreprises travaillent toute la journée. Alors où se parquent-elles l'après-midi? Et bien ailleurs, mais pas trop loin. Alors si on diminue le nombre de places, c'est l'assurance de créer de graves entraves à leurs activités. Quant aux entreprises actuellement résidentes en ville, il leur faut des trésors de patience pour ne pas choisir de déménager en périphérie. Alors que se passera-t-il quand elles se seront installées dans d'autres communes ? Et bien la ville va avoir une énorme perte d'impôts. Mais les écolos s'en fichent puisque l'activité économique ne les concerne pas. Ils pourront tranquillement rouler sur leurs pistes cyclables géantes, qui ne coûteront pas cher à entretenir. La ville de Genève deviendra un dortoir pour gauchistes, vidé de son activité économique.

D'accord j'exagère. Mais c'est quand même la tendance qu'on cherche à encourager. Alors pour ma part, je soutiens les associations qui refusent de signer un pseudo-consensus dans lequel l'activité économique est considérée comme secondaire. L'assurance de la compensation des parkings perdus en surface est une condition non négociable. Il est temps de freiner la politique anti-bagnole de la gauche, qui fait figure de dogme absolu en ville. Il en va de la compétitivité du commerce au centre-ville.

Commentaires

Cher Monsieur Carlier,

L’initiative des Verts dite des « 200 rues » sera soumise au Conseil municipal de la Ville de Genève en vue de son adoption lors de la prochaine session du mois de mai. Le Conseil administratif devra présenter à cette occasion une batterie de projets et de mesures en vue de concrétiser dans les quatre ans l’objectif de l’initiative qui vise à ouvrir aux habitants 200 rues ou tronçons de rues prioritairement à proximité des écoles, des EMS et autres lieux de vies et ceci sans péjorer la desserte en transports publics.
La mise en œuvre de cette initiative vise à restituer des espaces publics dans la ville. Le cœur de la cité est très densément habité, sans compter toutes les activités, soit commerciales, soit de service.
Il va sans dire que les mesures qui seront prises grâce à cette initiative bénéficieront au petit commerce. En effet, ne serait-ce que pour parler des livraisons, ces dernières seront toujours possibles et surtout plus aisées grâce au gain d'espace. Attendez quelques jours encore pour découvrir les propositions que nous allons faire pour soutenir le commerce de proximité.

En outre, Les Verts ne s'opposent pas à la compensation des places de parc supprimées en surface en sous-sol, ils aimeraient juste pouvoir composer avec la situation actuelle. En effet, de nombreuses places existent déjà actuellement en sous-sol; le problème est qu'elles sont soit mal exploitées, soit sous-louées à des pendulaires, etc. Les Radicaux demandent par ailleurs que le même recensement soit effectué. Est-il nécessaire de rappeler que le nombre de place de parc par habitant est aberrant à Genève, en comparaison avec d'autres grandes villes suisses et européennes?
En outre, un autre record atteint par la cité du bout du lac est les taux de pollution que l’on y relève. Les mesures sur le bruit démontre que plus de septante kilomètres de route dépassent les valeurs admissibles. Il en va de même pour la qualité de l’air. Sur un rayon d’environ 1,5 kilomètre depuis le centre de Genève, les valeurs limites sont dépassées sur l’ensemble de l’année.
L’outil qu’est cette initiative proposé aujourd’hui au Conseil administratif lui permettra de répondre de manière résolue à deux obligations fédérales – ordonnances sur le bruit et l’air- qui devront impérativement être appliquée d’ici cinq ans. Faute de quoi, de fastueux travaux d’assainissement à la charge du contribuable, tel que double-vitrages, murs antibruit peu réalistes en ville, devront être entrepris pour plusieurs centaines de millions de francs.
Est-ce ça que vous souhaitez, Monsieur Carlier?
Au plaisir de vous rencontrer pour en discuter, si vous le souhaitez.

Écrit par : Pascal Sauvain | 10/06/2010

Question animation, on en reparlera justement un joueur de bonneteau, ses complices plus un dernier qui fait le guet essayait d'alpaguer des personnes avec son jeu de passe-passe "loose-loose".

Écrit par : sirène | 10/06/2010

"Elle tient à concerver l'animation du centre-ville qui doit rester un centre d'activité pour toute la région."

Etant entendu que la seule "animation" et les seules "activités" dignes de ce nom sont évidement mercantiles. D'ailleurs tous les "petits commerces", les bistrots (exception faite de ceux de la place du Molard qui ont survécu mais dans quel état!)ont disparu pour faire place à des banques, boutiques de luxe et horlogeries/bijouteriesdont le pouvoir d'animation et d'attraction n'est plus à démontrer tant il crève les yeux, comme sur votre illustration par exemple!

Écrit par : Azrael | 10/06/2010

Pascal Sauvain: "Est-il nécessaire de rappeler que le nombre de place de parc par habitant est aberrant à Genève, en comparaison avec d'autres grandes villes suisses et européennes? "

Des chiffres s'il vous plaît !

"Faute de quoi, de fastueux travaux d’assainissement à la charge du contribuable, tel que double-vitrages, murs antibruit peu réalistes en ville, devront être entrepris pour plusieurs centaines de millions de francs. "

Problème: les endroits où il y a le plus de bruit et de pollution ne seront pas touchés parce qu'il s'agit de grandes pénétrantes. Donc cet argument ne vaut rien du tout.

Comme je l'ai dit, je suis favorable aux rues piétonnes lorsqu'elles ont un caractère commerçant. Par exemple, en passant l'autre jour à la rue de Carouge, je me suis dit que ça serait une candidate parfaite. Et en plus, je pense que dans ce cas, la compensation des places n'est pas nécessaire, car le parking de Plainpalais est souvent à moitié vide et son simple remplissage compenserait avantageusement le peu de places perdues. Mais le problème, c'est que votre projet ne touche pas ce genre de rues. Il ne vise pas à créer de l'animation au centre, mais plutôt à la supprimer.

sirène: "Question animation, on en reparlera justement un joueur de bonneteau, ses complices plus un dernier qui fait le guet essayait d'alpaguer des personnes avec son jeu de passe-passe "loose-loose"."

Ce qui est le plus inquiétant, c'est qu'il y ait encore des idiots pour se faire avoir...

Écrit par : Kad | 10/06/2010

Azraël, désolé pour l'image, c'est vrai qu'elle ne montre pas une grande animation. Mais à la longueur des ombres, on voit bien que la photo a été prise au petit matin ! Donc pas de conclusion trop hâtive ! Si vous allez dans les rues basses en pleine journée, vous constaterez d'ailleurs qu'il y a toujours foule. Ca ne doit pas être par hasard.

D'ailleurs c'est vrai qu'il y a pas mal de bijouteries et de banques au centre-ville. Mais si vous faites un petit tour, vous verrez qu'il y en a peu dans les zones piétonnes. La plupart sont dans des rues accessibles aux voitures pour que les riches clients n'aient pas à marcher. Par exemple à la rue du Rhône. Alors, étendre les rues piétonnes ne serait-il pas un bon moyen de rendre le centre plus populaire et plus vivant?

Écrit par : Kad | 10/06/2010

Non, l'image n'est pas truquée, c'est juste un cliché des rues basses le dimanche matin... ou un jour férié...

Écrit par : sirène | 10/06/2010

@ KAD à propos de la rue de Carouge :

Ah ben justement j'étais pas plus tard qu'hier soir à une réunion du quartier où l'on travaille sur les rues piétonnes (dans le cadre de ces 200 rues) et nous allons justement demander un réaménagement complet de la rue de Carouge (avec accès réservé aux ayants-droits et livraisons à 20km/h maximum)! Et comme vous le dites, le parking Plainpalais (comme celui d'Uni-Mail ou d'Ernest-Ansermet) a toujours des quantités impressionnantes de places vides.

Sinon :
Oui, cette initiative a pour but de tranquilliser certaines rues sur le chemin de l'école et des lieux sensibles, mais aussi - assumons-le! - de décourager l'usage de la bagnole en ville pour diminuer le trafic, également sur les grands axes! Oui, oui et oui! On ne peut plus continuer comme maintenant et les commerces profiteront largement d'une diminution du trafic car le centre sera plus agréable pour flâner et se promener.

Et puis au final, je vois ça un peu comme la clope dans les lieux publics. Au début les gens s'insurgent contre une entrave à leur "liberté", les commerçants (restaurateurs) hurlent contre un risque de baisse de chiffre d'affaire, les accros à l'empoisonnement des autres se scandalisent... et au final, on prend une mesure qui diminue peut-être un peu la liberté de certains mais qui bénéficie au plus grand nombre!

Écrit par : T.S. | 11/06/2010

T.S.: pour la rue de Carouge, je trouve que c'est une bonne nouvelle. Pour le reste on verra, mais je suis très sceptique.

Écrit par : Kad | 11/06/2010

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