10/05/2010

Plaidoyer pour la vitesse sur rail en Suisse

J'ai toujours été un passionné de chemins de fer. Est-ce que cela me vient de ces années où je collectionnais les convois miniatures de mon train électrique et cherchais sans cesse à perfectionner le réseau qui encombrais ma chambre ? Ou est-ce dû au temps que je passais avec mon père à contempler ces belles locomotives sur des livres illustrés ? Oui je pense qu'il n'est pas étranger à cette passion. Disons donc que c'est un lègue familial.

Arrivé à l'âge adulte, j'ai découvert qu'en tant que citoyen suisse, j'étais en possession d'un autre réseau de chemins de fer. Et quel réseau! Le réseau suisse de chemins de fer est l'un des plus denses d'Europe. Au 19ème siècle déjà, la Suisse s'est lancée dans la construction de ce réseau qui rapprochait les cantons et ses habitants les uns des autres. Tout comme les Etats-Unis mais à une tout autre échelle, le pays s'est construit autour de ses chemins de fer. Le percement d'un ouvrage comme le tunnel du St-Gothard fait partie intégrante de notre histoire et a permis de sceller le lien fédéral avec le Tessin.

Mais aujourd'hui force est de constater que les chemins de fer ne sont plus le principal moyen de transport à longue distance en Suisse. Durant des décennies, ils se sont laissés distancer par la route et aujourd'hui notre pays s'est lancé dans une rénovation complète de son réseau ferroviaire avec les projets "Rail 2000" et les NLFA lancés dans les années 80. Mais si je pense que ça va dans le bon sens, je pense aussi que ça n'est pas assez.


Dans toute l'Europe, un gigantesque réseau de lignes à grande vitesse (LGV) est en train de se construire. Depuis 1981 et le lancement de la première LGV entre Paris et Lyon, Tous les états qui nous entourent se sont lancés dans la construction de ce réseau jusqu'aux portes de notre pays. Mais nous sommes bien partis pour manquer… ce train! Des lignes comme le Paris Budapest au nord et le tunnel du Mont-Cenis au sud contournent désormais la Suisse qui apparait comme un îlot au centre de l'Europe des chemins de fer. Et la ligne à grande vitesse qui devait relier Genève à Macon a été abandonnée au profit d'une bien modeste réhabilitation de la ligne du Haut-Bugey qui rouvrira dans le courant de l'année. Une ligne à grande vitesse abandonnée de manière finalement bien logique puisqu'elle aurait abouti sur un cul-de-sac…

Mais il reste un espoir. Entre Berne et Olten, une ligne à grande vitesse a été ouverte permettant de raccourcir la liaison entre Berne et Zurich. Et les tunnels de base sous les Alpes ont également les caractéristiques de LGV. Le tunnel du Lötschberg n'est-il pas certifié pour une vitesse de 250km/h, ce qui en fait la ligne la plus rapide de Suisse ? Et bien on pourrait laisser ces tronçons isolés comme les perspectives de développement à court terme du réseau le prévoient, ou alors nous pouvons décider d'en faire les embryons d'un véritable réseau à grande vitesse. Ce choix est d'autant plus crucial que notre société arrive au pic pétrolier et qu'il est désormais vital de revoir notre façon de se déplacer compte tenu de l'accroissement exponentiel du prix du pétrole qui nous attend probablement.

Dans ce billet, j'avais fait part de mon souhait de voir créer une véritable ligne à grande vitesse sur le plateau romand pour que les transports ferroviaires retrouvent la capacité de concurrencer la route dans notre petit bout de pays. En effet, la vitesse ridicule des convois reliant la Suisse romande et la Suisse allemande, peinant par endroits à atteindre les 100 km/h, me semble bien plus diviseuse que la barrière des langues ! Il est donc temps de défendre une vision rassembleuse, qui pourra renforcer le lien fédéral comme les chemins de fer l'avaient fait durant le 19ème siècle.

978-2-88074-872-2.jpgDernièrement, constatant que nous avions des idées proches sur ce sujet, j'ai été contacté par Daniel Mange, professeur à l'EPFL et secrétaire général de la Citrap-Vaud.ch. (Communauté d'intérêts pour les transports publics, section vaud) Il m'a fait part de ses travaux et de l'étude qu'il a fait paraître: "Plan Rail 2050, Plaidoyer pour la vitesse". Ces derniers jours, j'ai dévoré ce petit livre, facile d'accès et bien documenté.

Sa vision s'articule en trois étapes. Il leur a donné les noms de "cadence", "fréquence" et "vitesse". La première est déjà plus ou moins en cours d’introduction, il s'agit de la mise en place d'un horaire cadencé. La seconde consisterait, comme son nom l'indique, à augmenter la fréquence des convois. Pour cela il s'agirait bien sûr d'augmenter la capacité du réseau, particulièrement sur le plateau, où M. Mange propose de construire une LGV entre Genève et Zurich d'ici 2030! La dernière enfin consisterait à relier les NLFA à ce réseau en créant un corridor à grande vitesse nord-sud qui compléterait ce réseau, et à relier la Suisse au réseau à grande vitesse européen.

Bien plus que mon idée qui n'avait pour but que de tenter de relancer un débat au point mort, l'étude de Daniel Mange est une véritable feuille de route pour le développement des transports collectifs en Suisse pour les 40 prochaines années. Il décrit tous les projets et les étapes qui doivent être suivies en vue de la création de ce réseau suisse à grande vitesse. Je pense que pour cette raison, tout politicien impliqué dans la politique fédérale des transports devrait le lire avant de se rendre à Berne. En effet, avant de voter un projet de chemins de fer, il faudrait commencer par vérifier sa compatibilité avec cette feuille de route. Des décisions qui se prennent aujourd'hui dépendent les déplacements de demain. Alors prenons une décision courageuse. Remettons notre réseau ferroviaire au goût du jour et lançons pour cela le grand projet de cette première moitié de siècle!

Et pour nous Romands, il est urgent de défendre nos intérêts. M. Gygi, Président des CFF, vient de se prononcer en faveur d'une LGV permettant de rouler à 300 km/h... entre Berne et Zurich! Il est vrai qu'il s'agit du tronçon le plus chargé de Suisse, mais tout de même, il s'agit aussi du mieux équipé. Bref, on voit que le fossé entre les deux rives de la Sarine se creuse de plus en plus. Alors politiciens romands, au lieu de défendre chacun votre clocher, partez à Berne unis pour défendre une vision globale en faveur d'une ligne à grande vitesse sur l'ensemble du plateau, de Genève à St-Gall. Et au-delà aussi bien sûr...

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