30/04/2010

La Belgique ou l'échec d'un fédéralisme basé sur les communautés linguistiques

Bien sûr, il y a des précédents. On peut citer l'Irlande du Nord qui s'est longtemps déchirée sur la question de la séparation du Royaume-Uni. Mais dans ce cas-là, la souveraineté britannique sur ce petit morceau d'île est un reliquat de l'impérialisme britannique. Peu comparable donc. On peut aussi citer le divorce des Tchèques et des Slovaques ainsi que les multiples divorces ex-yougoslaves. Si le premier s'est réalisé dans le calme, les seconds se sont déroulés dans la douleur. C'est bien connu, pas tout le monde réussit son divorce. Mais ces deux cas partagent un point commun: ils sont issus d'un mariage forcé, maintenu en place par une dictature sans partage. Les tensions se sont donc accumulées pendant des années et lorsque la dictature a disparu, le mariage a sombré avec elle.


Plus près de nous, on peut citer les indépendantistes corses ou basques. Ou les Lombards qui parlaient il y a quelques années de se séparer de l'Italie du Sud plus pauvre. Mais la grosse différence avec la Belgique, c'est qu'ils rencontrent un écho très faible au sein de la population. En Europe, le cas d'un pays démocratique sur le point de se séparer est donc sans précédent dans l'histoire récente. C'est pour ça qu'il frappe les esprits. D'autant plus que la montée d'un nationalisme pur et dur dans un état démocratique est plutôt inquiétante. Pourquoi des gens qui ont le droit de s'exprimer librement choisissent de crier leur haine de leur voisin ?

Finalement, de véritable précédent, on ne peut en citer qu'un, mais hors d'Europe. Il y a quelques années, la montée du nationalisme québécois avait bien failli faire voler le Canada en éclats. Et la comparaison est d'autant plus évidente, que les deux pays partagent une structure fédérale et que les communautés linguistiques y sont fortement polarisées. Le Québec en effet, en plus d'être une province plutôt prospère, est le principal bastion francophone du Canada et même du continent américain. Tout comme en Belgique, c'est de l'accumulation de ces deux caractéristiques, prospérité et identité linguistique, que le nationalisme québécois est né. Si on compare à la Suisse, ces deux pays ont raté leur mélange culturel. La principale raison je pense, c'est qu'ici les frontières cantonales et les frontières linguistiques ne se recoupent pas. En Suisse, nous avons 4 cantons bilingues, dont un est même trilingue. Si ça pose quelques problèmes aux habitants de ces cantons dans leurs rapports à l'administration, ça présente l'énorme avantage de l'intégration des communautés.

Alors que peuvent encore faire nos amis belges pour sauver leur pays ? Je pense qu'ils devraient suivre l'exemple canadien. L'organisation d'un référendum national sur l'autonomie flamande aurait au moins l'avantage de rendre la parole au peuple plutôt qu'à des politiciens soignant leur électorat. Au moins, si le peuple flamand choisissait librement la séparation, cette séparation pourrait réussir aussi bien que le divorce tchécoslovaque. Les deux nouveaux pays pourraient éventuellement rester sous la souveraineté du même roi, à l'image du Commonwelth dont la reine d'Angleterre reste la souveraine. Et bien sûr les deux états resteraient liés au sein du Benelux et de l'Union Européenne. Restera toutefois à décider du sort de la minorité germanophone dont je n'ai encore jamais entendu parler dans cette affaire... Et si le peuple choisissait de sauver la Belgique, il se passerait sans doute la même chose qu'au Québec, à savoir la disparition de la scène politique flamande de ce nationalisme opportuniste. Et cela pour longtemps!

Les commentaires sont fermés.