27/01/2010

Le système des bonus favorise-t-il les bulles spéculatives ?

L'émission Infrarouge d'hier m'inspire quelques réflexions. Au premier abord, la question a quelque chose de populiste. On entend en effet souvent dire que certains salaires sont indécents. C'est d'ailleurs clairement la position socialiste sur le sujet. Mais quoi qu'on pense de ces salaires, relier les hauts salaires avec la crise n'apporte rien. Une limitation de ces salaires ne représenterait qu'une goutte d'eau dans l'océan en regard de l'énormité de la somme qui a disparu pendant la crise. En réalité, mon propos n'est pas de critiquer les niveaux de ces salaires. Bien que sur le fond, on peut se demander s'il est effectivement acceptable qu'il existe une telle différence entre les plus hauts et les plus bas salaires dans une même société. Il ne s'agit bien sûr pas non plus de s'attaquer au salaire de la grande majorité des employés bancaires. En réalité, la question concerne plutôt l'efficacité de la récompense que représente le bonus, lorsqu'elle récompense les risques pris par les traders.


Quelle est la cause des bulles spéculatives ? La spéculation a d'emblée une connotation négative. Ca n'est pas pour rien. De tout temps, le fait de faire fructifier de l'argent sans réaliser le moindre travail a été mal vu. Car le fait est que l'argent qui travaille, s'il ne sert pas à financer des projets rééls et viables, ne créé pas de véritable richesse. Pour faire simple, si un objet prend de la valeur et qu'on parvient à le vendre plus cher qu'on ne l'a acheté, cela ne signifie pas qu'il a changé, mais seulement que le vendeur a fait un bénéfice. Un jour ou l'autre, il y aura donc un retour de bâton et cet objet perdra de la valeur. Pour que quelqu'un gagne, il faut que quelqu'un d'autre perde. C'est cela une bulle spéculative. Chaque fois qu'on spécule, il y a création d'une bulle, c'est à dire d'une richesse fictive, et un jour ou l'autre, la bulle devra se dégonfler. Et la plupart du temps, lorsqu'elle commence à se dégonfler, la bulle explose très vite par effet de cascade...

Ce système, plutôt que de favoriser un enrichissement global de la population, encourage donc une forme de prédation, où les requins de la finance avalent l'argent des plus faibles. Et le problème, c'est que le système bancaire encourage ce comportement. En versant des récompenses gigantesques aux traders les plus efficaces, les banques choisissent délibérément de favoriser la spéculation et la création de bulles. Le gain à court terme devient ainsi une vertu, la durabilité du profit, le financement de véritables projets, ne sont par contre pas du tout considérés. Allez demander un prêt pour financer la création d'une entreprise, vous avez peu de chances de parvenir à vos fins. Si vous demandez un prêt hypotéquaire, vous allez devoir prouver votre capacité à payer les intérêts. Mais lorsqu'il s'agit de faire des placements financiers, les banques n'hésitent pas à prendre de gros risques. Car il y a beaucoup de gains à la clé. Et si on peut montrer de bons chiffres aux actionnaires, on pourra facilement distribuer de substantiels bonus. L'objectif s'arrête donc à l'assemblée des actionnaires. Du court terme. C'est ainsi que vont les choses.

Alors la question qui se pose est la suivante: ne peut-on pas imaginer un système où la création de richesses réelles et non spéculatives serait privilégiée ? Un système capitaliste, mais sans les errements des finances ? Le G20 avait promis de réformer la finance pour éviter que de nouvelles bulles spéculatives n'apparaissent dans le futur. Mais, comme on pouvait s'y attendre, rien n'a changé pour l'instant. A part qu'on a tué le secret bancaire qui, quoi qu'on en pense, n'a rien à voir avec la crise. La solution passerait peut-être par une limitation du système de rémunération, afin d'éviter qu'un comportement spéculatif outrancier soit encouragé. Une solution qui ressemble donc à celle qu'ont proposé les socialistes en liant les plus hauts salaires aux plus bas. Mais cette solution doit être mise en vigueur au niveau  mondial. Car le problème est mondial et les états n'ont aucune prise dessus de manière indépendante. Si on met en place un tel système au niveau national, on n'arrivera qu'à favoriser la délocalisation des fonds. Une telle limitation ne pourrait donc être introduite que par une instance internationale. Cette instance peut s'appeler G20 ou il peut s'agir d'un nouvel organisme. Mais tout porte à croire qu'après les belles déclarations, la volonté politique disparaisse à très court terme. Donc on ne risque pas de voir une telle chose apparaître de sitôt. Alors on est peut-être condamné à vivre dans un système de prédation financière. L'avenir nous le dira, mais pour ma part je ne crois pas trop que les choses puissent changer dans un futur proche.

Commentaires

Je ne sait pas si cela fut mentionné à " infrarouge " mais la spéculation qui fut l'une des principales causes de la crise financière est du au maintient trop bas et trop longtemps des taux d'intérêts par les ou la banque(s) centrales), résultant d'une abondance de liquidité dans le circuit économique. Mais vouloir freiner ou limiter la spéculation, par décret en voulant choisir le bon du mauvais ( d'où le risque de mauvaise évaluation ) c'est le risque aussi de freiner l'arrivée de nouveaux entrepreneurs sur le marché. Mais il est certain que les bonus et hauts salaires ne sont pas les causes de la crise financière. Mais imaginer une économie capitaliste sans bulle et sans crise est illusoir puisque ce dernier est basé sur le risque et l'innovation ( également source de bulles ). Encore une chose. La spéculation est un évenement que se passe toute les 15 secondes dans le monde financier. Comment arriver à choisir le bon du mauvais.

D.J

Écrit par : D.J | 27/01/2010

Une très sévère régulation du système néo-libéral actuel est cruciale pour l'humanité (prière d'excuser la longueur de ce post mais il est difficile d'expliquer ça en trois phrases).

Le capitalisme et la prétendue "loi" de l'offre et de la demande :

La loi de l'offre et de la demande stipule que plus une chose est demandée, plus son prix est élevé et que moins elle est demandée, moins son prix est élevé, or cette soi-disant "loi" n'en est pas une, pour trois raisons notamment :

1. Elle ne fait que décrire le comportement de l'humain lorsque ce dernier est motivé par le désir égoïste de gagner de l'argent, mais il existe de très nombreuses situations dans lesquelles l'humain n'est pas motivé par un tel désir.

Lorsque par exemple des parents nourrissent, habillent et éduquent leur enfant, ils ne le font pas pour de l'argent mais par amour, idem lorsque l'enfant devenu adulte aide ses parents devenus vieux, lorsque des amis(es) s'entraident ou s'apprennent mutuellement à utiliser telle ou telle chose ils le font par amitié, et il existe encore de nombreuses autres situations dans lesquelles le motif qui pousse l'humain à agir n'est pas l'appât d'un gain financier.

Dans toutes ces situations où les humains ne sont pas motivés par l'appât du gain, leurs comportements ne sont aucunement régis par la prétendue loi de l'offre et de la demande et constitueraient même des violations de cette loi, si elle en était réellement une.

Une loi est censée imposer un certain comportement aux humains, mais si elle se contente de décrire le comportement que les humains adoptent lorsqu'ils sont motivés par tel ou tel désir, elle ne répond pas à la définition d'une loi et ne saurait être qualifiée comme telle, elle n'est qu'une description de ce qui se passe dans certaines circonstances, rien de plus.

2. Une loi doit avoir quelque chose d'inéluctable : par exemple une théorie mathématique ou physique ne devient une loi mathématique ou physique, que si sa conclusion se vérifie à chaque fois que sa prémisse est réalisée, tant que ce n'est pas le cas elle reste une simple théorie, une possibilité mais pas une loi.

Or la prétendue loi de l'offre et de la demande ne s'applique pas à des pans entiers de l'économie qu'elle prétend régir.

Si vous trouvez un emploi rémunéré lors d'une période de conjoncture moyenne (ni plein emploi ni chômage élevé) et qu'au bout de quelques temps cette conjoncture s'améliore jusqu'au plein emploi, votre employeur ayant plus de peine à trouver de nouveaux collaborateurs devrait leur offrir un salaire plus élevé que le vôtre, et la baisse de bénéfice qui en résulterait pour lui devrait être compensée par l'augmentation du prix du produit qu'il vend et des quantités vendues, augmentations dues au fait que la situation de plein emploi entraîne une hausse de la consommation et donc du prix des biens et services, dont celui que vous produisez pour le compte dudit employeur.

Si au contraire la situation économique se dégrade et qu'au bout de quelques temps le taux de chômage devient beaucoup plus élevé que lorsque vous avez été embauché, votre employeur n'ayant aucune difficulté à trouver de nouveaux employés, devrait leur offrir un salaire plus bas que le vôtre, et la hausse du bénéfice qui en résulterait pour lui devrait être absorbée par la baisse de prix du produit qu'il vend et des quantités vendues, baisses dues au fait que le fort taux de chômage entraîne une baisse de la consommation et donc du prix des biens et services, dont celui que vous produisez pour le compte dudit employeur.

C'est du moins ce que dit la prétendue loi de l'offre et de la demande, mais chacun peut constater que dans la réalité, si les salaires sont parfois augmentés en période de haute conjoncture et très souvent diminués en période de chômage élevé, les prix des biens et services ne cessent d'augmenter depuis plusieurs dizaines d'années et ce quelle que soit la conjoncture, il suffit de demander à vos parents et grands-parents combien coûtait un pain ou une salade il y a 25, respectivement 50 ans, pour vous en convaincre.

Ou encore consulter l'indice suisse des prix à la consommation, qui est passé de 113 points en 1915 à 1044 points en 2008, soit une augmentation de 824,2% : cela signifie qu'un produit qui coûtait Frs 100.- en 1915, coûtait Frs 924.- en 2008, alors que selon ladite "loi" ces prix auraient dû baisser à plusieurs reprises de même que les salaires, notamment après les trois crises économiques mondiales de 1929, 1974 et 2008 qui ont entraîné un fort taux de chômage dans tous les pays industrialisés.

Et bien en réalité les prix n'ont pas cessé d'augmenter, et les salaires ont stagné sans suivre la même progression que les prix.

En d'autres termes, si la prétendue loi de l'offre et de la demande fonctionne parfois en ce qui concerne les salaires et le marché de l'emploi, pour autant que l'employeur le veuille bien, elle ne fonctionne pas en ce qui concerne les prix des biens et services, notamment parce qu'elle ne force pas l'employeur à la respecter lorsqu'il fixe les prix des biens et services qu'il vend, ce qui montre bien qu'elle n'est pas une loi.

La prétendue loi de l'offre et de la demande, puisque sa conclusion ne se vérifie pas à chaque fois que sa prémisse est réalisée, n'est donc qu'une simple théorie modifiable au gré des circonstances et des intérêts, mais pas une loi, en tous cas pas dans sa formulation actuelle.

3. Une loi est censée émaner d'un pouvoir supérieur, qui l'édicte et qui est en mesure d'en assurer l'application à l'égard de ceux dont elle est censée régir le comportement, or en l'occurence ce pouvoir supérieur n'existe pas : la prétendue loi de l'offre et de la demande n'émane ni d'un roi, ni d'un état, ni d'une organisation supranationale, ni d'un pouvoir religieux, ni même d'une puissance spirituelle, comme Dieu pour les croyants.

La seule "autorité" dont elle émane sont les économistes, et en la qualifiant de loi ces derniers se sont accordés avec vanité une importance qu'ils ne méritent certainement pas, si l'on en juge par leurs innombrables et continuelles erreurs de prévisions en ce qui concerne aussi bien les économies locales que l'économie mondiale, erreurs qui seraient tout-à-fait risibles si elles n'étaient les causes de graves conséquences pour la vie de l'humanité.

En réalité l'économie n'est régie par aucune loi, elle n'est en aucun cas une science exacte et l'on peut même douter qu'elle soit une science tout court, car elle ne représente que la somme des comportements adoptés dans certaines circonstances par les acteurs d'un certain marché, et à ce titre elle se rapproche plus de la sociologie que d'une science exacte.

Le terme de "loi" est trompeur car il donne l'impression d'un processus inéluctable auquel chacun serait soumis de manière égale, alors que l'économie de marché n'est finalement que la somme de rapports de force.

Prétendre que l'économie de marché serait régie par une loi est donc un marché de dupes : le marché ne régule rien de lui-même, il est ce qu'en font les humains qui, lorsqu'ils sont en position de force, le dirigent provisoirement.

Le système économique actuel :

Dans un système capitaliste, l'employeur fait produire des biens par ses employés qu'il paie le moins possible, puis vend ces biens pour le prix le plus élevé possible de manière à garder le maximum de bénéfice pour lui.

Un système capitaliste nécessite qu'un financier prête des fonds à l'employeur pour que ce dernier puisse acheter les moyens de production, puis payer les salaires dus à ses employés pendant que ces derniers produisent les biens qui seront vendus plus tard, et ce non seulement au début de l'entreprise mais aussi en temps de crise.

Dans un système capitaliste, le financier est donc au service de l'employeur et n'agit pas à l'encontre des intérêts de ce dernier, car s'il le faisait il risquerait de mettre en péril le remboursement futur de la créance qu'il a contre lui.

Les employeurs ayant déjà accumulé une fortune fondaient d'ailleurs souvent grâce à cela une banque qui aidait d'autres employeurs à débuter leurs activités ou à les maintenir en temps de crise : cette activité bancaire est nettement moins risquée que l'activité de production de biens et services, et s'est donc fortement développée pendant des dizaines d'années.

Dans un système capitaliste c'est donc l'employeur qui maîtrise l'économie, parce qu'il possède les moyens de production ou peut obtenir les fonds permettant de les acquérir, et parce qu'il fixe aussi bien les salaires que les prix des biens produits par ses salariés.

Le système économique actuel n'est toutefois plus de type capitaliste, mais de type néo-libéral.

Dans un système néo-libéral, l'employeur fait également produire des biens par ses employés qu'il paie le moins possible, puis vend ces biens pour le prix le plus élevé possible avec l'intention de garder le maximum de bénéfice pour lui, mais il ne parvient souvent pas à réaliser cette intention parce qu'il ne maîtrise pas l'économie néo-libérale.

Son bénéfice est en effet absorbé en grande partie par un nouvel acteur de l'économie, ou plus exactement par un acteur qui était déjà présent mais en nombre beaucoup plus restreint : le spéculateur.

La spéculation a bien entendu toujours existé, mais dans le système capitaliste elle était généralement opérée par des employeurs qui avaient fait suffisamment de réserves pour assurer le financement de la production de leurs salariés et se mettre dans la poche un confortable bénéfice, qui était alors utilisé pour spéculer.

Le problème est que le spéculateur veut faire le plus grand bénéfice dans le plus court laps de temps, il n'est pas au service de l'employeur et n'a aucun intérêt au maintien d'une entreprise quelconque, parce qu'il peut spéculer sur n'importe quel bien ou service.

Le système capitaliste a commencé à changer lorsque le financier s'est désintéressé de l'employeur pour se mettre au service du spéculateur, et la situation s'est aggravée lorsque le financier s'est mis à spéculer à son tour, pour son propre compte.

A court terme, le bénéfice tiré de la spéculation dépasse si largement celui tiré d'une activité de production, que le financier a non seulement cessé d'être au service de l'employeur mais s'est mis à agir de manière contraire aux intérêts de l'employeur, pour rendre service au spéculateur et parce qu'il ne craint désormais plus de mettre en péril sa créance contre l'employeur, les bénéfices tirés de la spéculation compensant largement ce risque de perte.

C'est ainsi que des instruments dérivés ont été autorisés par les pouvoirs politiques à la demande des financiers, instruments qui ont permis au spéculateur de parier sur la hausse ou la baisse du prix d'options d'achat ou de vente de biens et services, alors qu'auparavant le spéculateur ne pouvait parier que sur la hausse ou la baisse du prix de biens et services.

La spéculation au moyen de ces instruments dérivés apporte un effet de levier qui multiplie les bénéfices mais aussi les pertes, de manière considérable.

Les bourses, qui avaient initialement été créées par les employeurs pour permettre aux acheteurs de trouver toutes les marchandises disponibles sur un certain marché au même endroit et en même temps, et pour permettre aux vendeurs de trouver de nombreux acheteurs pour leurs produits, au même endroit et en même temps, ont commencé à être utilisées principalement pour spéculer.

Or le spéculateur ne produit rien, il ne fait que parier sur les variations de prix des biens et services produits par d'autres, il est un parasite pour l'économie : si le prix d'un produit augmente le spéculateur ayant prévu cette augmentation détourne une partie de cette hausse à son profit sans aucune contrepartie ni pour les employés qui ont fabriqué ce produit ni pour leur employeur, et si le prix baisse, le spéculateur ayant prévu cette baisse le fera baisser encore plus par son action, risquant d'envoyer au chômage les employés ayant fabriqué ce produit et de mener leur employeur à la faillite.

Le problème est que dans le système actuel tout le monde spécule, qu'on le veuille ou non : sous prétexte de maintenir une devise nationale forte ou faible, les Etats spéculent sur les marchés des devises grâce à l'argent de vos impôts, sous prétexte de maintenir votre futur pouvoir d'achat les organismes de prévoyance professionnelle spéculent en bourse avec vos cotisations, sous prétexte de maintenir des réserves suffisantes les assurances de santé spéculent en bourse grâce à vos primes d'assurance-maladie, etc ...

Il résulte de tout cela que l'employeur n'a plus aucune maîtrise du système, car les bénéfices de son entreprise peuvent en tout temps être absorbés par une spéculation sur le produit qu'il vend ou, si son entreprise est cotée en bourse, sur les titres représentatifs de cette dernière.

Pire encore, l'employeur ne reçoit plus aucune aide du financier dans ces circonstances, car le financier a pris l'habitude de réaliser des profits élevés grâce aux mécanismes précités, et ne veut désormais plus investir dans une activité de production parce qu'une telle activité rapporte moins et moins vite que la spéculation effrénée à laquelle il se livre désormais, avec les fonds de ses clients et avec ses fonds propres.

Cette spéculation effrénée n'est qu'un immense jeu de l'avion qui a besoin de recevoir toujours plus de fonds pour continuer à fonctionner car si plus personne ne montait dans l'avion, le jeu s'arrêterait, alors pour persuader les investisseurs de continuer à mettre leur argent dans ce système, les économistes établissent très souvent des prévisions erronées sur l'évolution à la hausse ou à la baisse, des biens sur lesquels la spéculation est opérée.

Il suffit d'ailleurs de consulter les prévisions des économistes juste avant chaque crise financière majeure, pour constater que la quasi-totalité d'entre eux soit ne l'avaient pas vu venir, soit l'avaient vue mais se sont bien gardés de le dire, ce qui fait d'eux des idiots incompétents dans le premier cas et des escrocs cupides dans le second.

Ce système est la cause de la crise financière de fin 2008, et il est plus que jamais en place puisque rien n'a été fait pour le réguler, bien au contraire : les diverses lois ayant installé le système néo-libéral actuel et notamment les instruments dérivés sont toujours en vigueur, les puissants promoteurs de ce système sont toujours en place, et les liquidités ne manquent plus puisque les gouvernements des pays occidentaux ont injecté des milliards dans ce système, sans aucune autorisation de leurs électeurs, alors que ces milliards proviennent des impôts payés par lesdits électeurs.

Ces gouvernements ont ainsi fait tout ce qu'il fallait pour préparer la prochaine crise financière majeure, et pour l'amplifier au maximum.

Le capitalisme est certainement un système économique permettant l'exploitation de l'employé par son employeur, mais c'est tout-de-même un système économique qui produit des biens et services.

Le système néo-libéral actuel peut assurer la production de biens et services pour quelques temps encore, mais s'il n'est pas régulé il mènera inexorablement à l'asphyxie des entreprises produisant des biens et services et finalement à la disparition de cette production, qui ne pourra plus être assurée puisque le bénéfice qu'elle rapporte sera détourné par les spéculateurs que nous avons tous été contraints de devenir.

Ces spéculateurs que nous sommes ne maîtrisent aucunement l'économie comme le font les employeurs dans un système capitaliste, les financiers sont eux-mêmes devenus spéculateurs et ne sont plus au service des employeurs, bref il n'y a plus aucun pilote dans l'avion, plus aucun responsable.

C'est pourquoi le système économique actuel ne peut plus être qualifié de capitaliste.

Comme tout parasite, le spéculateur mourra lorsque l'organisme dont il se nourrit mourra.

Le premier problème est que cet organisme, c'est notre économie, notre nourriture, nos maisons, nos vêtements, nos médicaments, nos moyens de transport, bref c'est ce qui a permis à l'humanité de sortir de l'âge des cavernes.

Le second problème est que ce spéculateur qui va mourir lorsque l'organisme dont il se nourrit mourra, c'est nous tous puisque nous laissons cette spéculation se faire pour notre compte et avec notre argent.

Écrit par : Fabula | 27/01/2010

"C'est du moins ce que dit la prétendue loi de l'offre et de la demande, mais chacun peut constater que dans la réalité, si les salaires sont parfois augmentés en période de haute conjoncture et très souvent diminués en période de chômage élevé, les prix des biens et services ne cessent d'augmenter depuis plusieurs dizaines d'années et ce quelle que soit la conjoncture, il suffit de demander à vos parents et grands-parents combien coûtait un pain ou une salade il y a 25, respectivement 50 ans, pour vous en convaincre."

Là vous avez tout faux. D'une part, il est inadéquat de comparer directement le prix du pain ou de la salade, si vous ne tenez pas compte du pouvoir d'achat. Globalement celui-ci n'a cessé d'augmenter. Il est faux de dire qu'on est appauvri à cause de l'inflation. En moyenne les salaires suivent. Bien sûr, si vous ne changez pas d'emploi, votre pouvoir d'achat diminue car les salaires augmentent peu en période haute et ne suivent pas en période creuse. Mais si vous voulez faire de substantiels bénéfices, il faut changer d'emploi en période de plein emploi dans votre branche. Alors votre salaire va augmenter bien plus que le renchérissement à n'en pas douter !

Ensuite, baser sa démonstration en partant du prix de biens de première nécessité est totalement faux. Ceux-ci resteront toujours autant demandés. Il est donc normal que leur prix ne baisse pas. Par contre, vous devriez parler du prix des télévisions par exemple, bien d'investissement qu'on n'achète bien sûr que lorsqu'on a une situation stable. Ce prix est tombé à une vitesse vertigineuse ces dernières années. Ça montre bien que la loi de l'offre et de la demande fonctionne bien pour la consommation.

On peut aussi parler de l'automobile. J'ai entendu dernièrement que les importateurs de voitures neuves ne veulent pas trop baisser les prix. Le résultat, c'est qu'il leur reste d'énormes parcs de voitures sur les bras. Et entretenir ces parcs coûtent cher. Donc refuser de se plier à la loi de l'offre et la demande est bel et bien une idiotie...

"Il suffit d'ailleurs de consulter les prévisions des économistes juste avant chaque crise financière majeure, pour constater que la quasi-totalité d'entre eux soit ne l'avaient pas vu venir, soit l'avaient vue mais se sont bien gardés de le dire, ce qui fait d'eux des idiots incompétents dans le premier cas et des escrocs cupides dans le second."

Il serait naïf de croire que ces économistes soient dans le premier cas. Car la simple loi du hasard devrait leur donner raison de temps en temps. Il est évident que les prévisions économiques sont toujours destinées à modifier le comportement de la population. Pour cela, elles se veulent presque toujours exagérément rassurantes pour pousser la population à continuer à consommer. Les deux seuls moyens de protéger son patrimoine sont donc soit de se fier à son instinct si on en possède un suffisamment affuté soit de s'abstenir de jouer le jeu et garder son bas de laine en lieu sûr...

Sinon dans l'ensemble plutôt d'accord avec vous, bien que je n'aime pas trop cette tendance de gauche à faire du mot "libéral" un gros mot alors que c'est avant tout une belle idée. Plutôt que néo-libérale je parlerai donc d'économie mondialisée et particulièrement de finance mondialisée, qui en dépassant le stade national a pu se départir des régulations imposées par les états et leur imposer ses propres règles. Je partage donc l'avis de Philippe Souaille qui défend l'idée d'une autorité de régulation supra-nationale à laquelle l'ensemble du monde économique et financier devrait se soumettre.

"Le second problème est que ce spéculateur qui va mourir lorsque l'organisme dont il se nourrit mourra, c'est nous tous puisque nous laissons cette spéculation se faire pour notre compte et avec notre argent."

Le plus gros problème, c'est que sans ce système, je ne pense pas que les choses marcheraient très bien pour nous. Par exemple, sans la spéculation, les 2ème piliers seraient bien plus maigres et ne suffiraient pas à nous assurer un niveau de vie suffisamment confortable après la fin de notre vie active. Le seul revenu du travail ne semble donc pas suffisant pour assurer un niveau de vie suffisant à la population, jusqu'à sa mort. A moins de relever drastiquement l'âge de la retraite, ce qui n'est évidemment pas souhaitable. D'autant plus que dans ce cas on augmente le taux de chômage et on ne produit donc toujours pas plus de revenu global ! On est donc peut-être condamné à accepter ce système, seul capable d'assurer le niveau de vie qu'a atteint notre société. Et le revers de la médaille, c'est qu'il faut accepter que de temps en temps les bulles spéculatives doivent se dégonfler. Par contre, ça n'empêche pas d'améliorer la régulation du système pour éviter ses pires excès... (entre autres les produits dérivés et l'effet de levier que vous avez cités, tout comme les risques inconsidérés pris avec les crédits subprime aux USA)

Écrit par : Kad | 27/01/2010

Merci de votre réponse Kad,

Certes notre pouvoir d'achat a augmenté, mais je ne suis pas certain que cela soit dû à la prétendue loi de l'offre et de la demande, en particulier s'agissant de nouveautés techniques : si par exemple le prix d'une Ford T ou d'une Volkswagen est devenu abordable pour une famille de la classe moyenne américaine, respectivement allemande, c'est en raison d'une nouvelle technique de fabrication, de l'introduction des chaînes de montage en l'occurence, ce qui a drastiquement abaissé le coût de fabrication, et donc de vente d'une voiture.

A ma connaissance, les voitures qui étaient toujours fabriquées à la main sans chaîne de montage n'ont pas vu leurs prix baisser de manière significative par l'effet de l'offre et de la demande.

Cet effet ne se produit qu'après la mise sur le marché du bien produit en quantités massives et pour un prix relativement faible grâce à la nouveauté technique, et logiquement cet effet n'est pas de diminuer le prix de ce bien, mais de l'augmenter.

Car la mise sur le marché d'un bien produit en grandes quantités et à un prix relativement faible aboutit à créér une forte augmentation de la demande pour ce bien, et donc une augmentation de son prix initialement faible.

S'agissant des téléviseurs classiques, certes leur prix a fortement diminué ces dernières années car l'arrivée de nouvelles technologies comme les écrans plasma ou à cristaux liquides a diminué la demande de téléviseurs classiques, ce qui est un des effets de la prétendue loi, mais cet effet résulte à nouveau d'une innovation technique et je pense que le prix de la dernière génération, ceux à cristaux liquides sauf erreur, demeurera élevé tant qu'une nouvelle innovation ne sera pas présentée, alors que la baisse de demande due à la crise actuelle devrait faire baisser ces prix indépendamment d'une telle innovation.

A cela s'ajoute que le prix des téléviseurs peut baisser simplement en raison d'une baisse du yen, du dollar ou de la monnaie du pays qui les exporte, ou en raison d'une diminution des taxes douanières par le pays d'importation, la part d'effet de la prétendue loi de l'offre et de la demande dans l'évolution des prix de tel ou tel bien, est donc difficile à déterminer.

Il me semble que c'est un peu la même chose pour les innovations dans l'informatique, mais je ne suis pas un spécialiste (vous aurez compris que je ne suis pas économiste :) et je peux donc me tromper.

J'ai également constaté une sorte d'allergie de la gauche au mot "libéral", mais pas de conclusion hâtive en ce qui me concerne : je ne suis membre d'aucun parti politique parce que je suis tantôt d'accord avec la droite et tantôt avec la gauche, sans être généralement sensible plutôt à l'une qu'à l'autre, de plus je n'aime pas trop les étiquettes.

Je n'ai d'ailleurs qu'à peine critiqué le libéralisme et le capitalisme dans mon post, et l'économie planifiée façon URSS n'est pas ma tasse de thé.

Ce que je critique est le néo-libéralisme actuel en raison de ses effets pervers, des émeutes de la faim qu'il a provoquées ces dernières années, du fait qu'il récompense le parasitisme et péjore le vrai travail consistant à produire quelque chose, etc... .

Quant à un système idéal, je ne pense pas qu'un système politique ou économique quelconque puisse permettre d'éliminer l'exploitation, notamment économique, de la majorité par une minorité, il faudrait bien autre chose pour cela, mais c'est un autre sujet touchant des aspects plus philosophiques de l'humain et qui mériterait donc un long développement.

Écrit par : Fabula | 28/01/2010

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