01/12/2009

Peut-on se passer du nucléaire ?

Dimanche, le vote des Vaudois a été totalement occulté par celui sur les minarets. Pourtant, leur choix pourrait avoir une tout autre répercution sur notre avenir et ce pour longtemps. Il est vrai que ce vote sur la reconduction de l'autorisation d'exploitation de la centrale de Mühleberg n'était que consultatif et les autorités ne sont pas forcées de suivre l'avis du peuple. Mais compte tenu de la forte oppositon populaire dans la plupart des cantons consultés, on voit mal comment les autorités pourraient passer outre l'avis populaire.


La centrale de Mühleberg est l'une de nos plus anciennes centrales nucléaires. Elle doit arriver en fin d'exploitation en 2012. Les vaudois votaient ce weekend sur la reconduction illimitée de l'autorisation d'exploitation de la centrale. Sa puissance n'étant que de 355 MW, soit 4 à 5% de la puissance électrique produite en Suisse, elle est la moins puissante des centrales nucléaires. On peut même clairement dire qu'elle est basée sur une technologie aujourd'hui dépassée. Toutefois, 355W ça représente l'énergie produite par plus de 170 éoliennes de dernière génération ! Savoir cela aide à recadrer le débat...

Remplacer l'énergie produite par Mühleberg ne sera pas facile. Si nous décidons de fermer la centrale en 2012, il faudra aussi poser la question de la substitution. Il y a 3 voies envisageables:

- Construire de nouvelles centrales pour les remplacer. Elles pourront être nucléaires, à gaz ou à énergie dite renouvelable. Le mieux serait évidemment les énergies renouvelables, mais comme je l'ai dit plus haut, ces énergies semblent pour l'instant insuffisamment productives pour remplacer une centrale nucléaire, même vieillissante. Cela viendra c'est certain. Mais il faudra encore attendre quelques années pour disposer de solutions techniques vraiment à même de nous fournir toute l'électricité dont nous avons besoin. Alors de nouvelles centrales nucléaires ? Étant donné qu'il faut bien 20 ans pour pouvoir passer du projet à la réalisation d'une centrale nucléaire, cela semble totalement irréaliste. Et évidemment, on doit se demander s'il est bon de s'engager à nouveau pour une cinquantaine d'année dans cette voie...

Muhleberg.jpgOn pourrait aussi construire des centrales à gaz. Normalement, ce type de centrale peut être réalisé bien plus vite, mais elle risque de subir de nombreuses oppositions. Pas sûr dès lors qu'il soit bien de miser là-dessus.

- La seconde voie c'est l'économie d'énergie. Seulement voilà: chaque année la consommation électrique en Suisse augmente du simple fait de l'augmentation de la population. Dès lors, est-il réaliste d'imaginer pouvoir économiser 355MW d'ici 2012 ? Je pense que non. Ca serait même suicidaire de compter là-dessus.

- On peut finalement acheter l'énergie qui nous manque à l'étranger. Ca veut en principe dire en France, où l'énergie d'origine nucléaire est abondante. Ou plutôt elle l'était. Récemment, j'ai lu que la France arrive à saturation. Dans ces conditions, il ne faut plus s'attendre à une grosse aide de ce côté...

Donc finalement, je pense que les autorités fédérales n'auront pas le choix. Elles devront prolonger l'exploitation de la centrale pendant un certain temps. La seule chose que le vote pourra apporter, c'est un remplacement de la prolongation pour une durée illimitée par un plan d'arrêt de la centrale précis. Et un calendrier pour fournir l'énergie de remplacement. Je souhaite qu'elle ne soit pas d'origine nucléaire. Quitte à ce qu'on doive pour un temps utiliser la puissance du gaz jusqu'à ce qu'on soit prêts à remplacer les vieilles technologies par des nouvelles, beaucoup plus propres. (voir mes précédents billets ici et ici) Aurait-on pu l'éviter ? Je pense que oui. Mais il aurait fallu s'en occuper il y a au moins 15 ans. Mais bien sûr, pour un politicien, s'occuper d'un problème qui apparaîtra après sa retraite politique, ça ne rapporte pas beaucoup de voix...

Et pour ce qui est des 3 autres centrales nucléaires, il faut en discuter immédiatement. Car sinon, on va se retrouver devant le même dilemme que pour Mühleberg lorsque le moment de leur arrêt viendra. D'ailleurs il est évident qu'il est déjà trop tard. Alors chaque année compte. Empoignons donc ce problème dès à présent pour ne pas léguer un pays appauvri à la prochaine génération.

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