09/11/2009

Faut-il prendre des mesures spéciales en faveur de la sécurité routière ?

Durant la semaine écoulée, trois accidents mortels ont défrayé la chronique à Genève. Désormais le nombre de tués sur les routes genevoises passe à dix-huit pour cette année, soit pas loin du double du nombre de tués de l’année passée ! Dès lors, nombreuses sont les voix qui appellent à un renforcement des mesures de prévention, voire de répression. Il est évident qu’un doublement du nombre de morts est très impressionnant. Mais ce doublement est-il réellement la marque d’une augmentation de l’imprudence des conducteurs ?


En réalité, dans une statistique, un nombre de dix à vingt n’est pas suffisamment représentatif pour en tirer des conclusions. En effet, pour réduire la marge d’erreur, on doit utiliser des nombres bien plus importants. Ce qui, heureusement, n’est pas possible dans ce cas. Par exemple, pour qu’un sondage soit fiable à plus ou moins quatre pourcent, il est nécessaire d’utiliser un échantillon de mille personnes sondées ! Et là encore, on voit souvent les journaux sur-réagir, annonçant par exemple un changement de un pourcent par rapport à la semaine précédente et en tirant une grosse analyse sur ce changement de tendance, alors que ça n’est en réalité pas significatif !

route de chene.jpgDans le cas des morts sur la route, on peut très bien penser que les années 2008 et 2009 sont toutes deux dans une même marge d’erreur, la première année plutôt en bas et la seconde plutôt en haut de cette marge. Ce qui serait sans doute plus significatif serait l’évolution globale du nombre d’accidents. Probablement que ce chiffre sera révélé en début d’année prochaine. Ne tirons donc pas de conclusion auparavant.

Au final donc, il est plutôt absurde de vouloir prendre des mesures spéciales. Améliorer la sécurité routière, oui. Réagir en fonction des statistiques annuelles, non. La sécurité routière est un travail constant et de longue haleine. On ne peut pas un jour décider de limitations drastiques et le lendemain oublier ses décisions parce que les journaux ont changé de sujet !

Pour ma part, je pense qu’il reste des problèmes importants. Par exemple, je suis favorable à la limitation à 0,5 %o du taux d’alcoolémie décidée il y a quelques années. Mais sur le fond, est-il exact que les gens qui mettent la route en danger sont ceux qui ont entre 0,5 et 0,8%o ou les plus dangereux sont-ils ceux qui se fichent totalement des lois et roulaient déjà auparavant avec plus de 0,08%o ? Qu’a-t-on fait pour mettre au pas ces gens-là ? Ont-ils plus de raisons aujourd’hui de respecter le 0,5%o qu’auparavant le 0,8 ? La réponse est évidemment non. Seules les personnes respectueuses des lois ont aujourd’hui renoncé au dernier verre pour respecter la nouvelle loi. Les autres n’ont sans doute rien changé à leur comportement.

Et pire, en l’absence de contrôle d’alcoolémie suffisamment fréquent, qu’est-ce qui empêche une personne qui a trop bu de prendre sa voiture pour s’éviter d’abandonner sa voiture loin de chez soi ? La tentation est grande de se dire qu’on ne risque pas grand chose et qu’on devrait pouvoir rentrer sans encombre. Je pense donc que la seule mesure efficace pour réduire les problèmes d’alcool au volant est l’augmentation drastique des contrôles, afin que le risque paraisse bien plus présent. Pour ma part, en 25 ans de permis, je n’ai soufflé que 2 fois dans un alcootest, les deux fois en France. C’est évidemment bien trop peu pour être dissuasif…

Le second grand problème que je vois, c’est le nombre vraiment important d’accidents causés par des jeunes conducteurs, en général des garçons. Cette catégorie est en effet surreprésentée dans les accidents de la circulation. Les causes en sont multiples. D’abord l’inexpérience des jeunes, mêlée à un sentiment inverse d’extrême compétence. Car pour un jeune homme, la conduite est souvent assimilée à la virilité. Pour la prouver, il doit être capable de conduire vite, la conduite devant plus ressembler à un pilotage de compétition. Et pire encore, afin d’avoir une monture à la hauteur de son pilotage supposé parfait, il doit posséder une puissante voiture, ressemblant plus à une voiture de course qu’à un moyen de locomotion classique.

ACCIDENTMORTELQ02.jpgMême si ce stade de post-adolescence est normal et peut-être même nécessaire à l’affirmation sexuelle d’un jeune homme, il est évident que la société n’a pas à en supporter les conséquences. Il est donc nécessaire de faire quelque chose pour réduire la capacité de nuisance de ces jeunes. Une première mesure a été prise avec le permis à l’essai. Mais je pense qu’elle ne va pas assez loin, car elle ne tient pas compte du manque de vision du danger qu’ont les jeunes hommes. Alors une mesure drastique pourrait être une élévation de l’âge minimal d’obtention du permis de conduire. Mais ça pourrait aussi entraver la capacité des jeunes à trouver un emploi. Car dans certaines professions, la possession d’un permis est nécessaire. Alors que faire ?

Personnellement, je pencherai pour une voie médiane. On ne doit pas empêcher les jeunes gens d’obtenir un permis, mais on pourrait limiter l’usage de ce permis, le temps que l’expérience du jeune conducteur s’améliore. Pourquoi ce qu’on fait avec la moto ne serait pas applicable à l’automobile ? On pourrait par exemple donner dès 18 ans un permis pour la catégorie des petites voitures, par exemple en dessous de 1,6l et 100 chevaux. Puis, après trois ans, un nouvel examen pratique plus difficile, où le conducteur devrait véritablement prouver sa valeur de conducteur, permettrait d’obtenir un permis illimité. Les statistiques le montrent : c’est entre 18 et 21 ans que le nombre d’accidents est le plus élevé, s’abaissant ensuite rapidement jusqu’à 25 ans pour se stabiliser. C’est donc bien sur la tranche des plus jeunes conducteurs qu’il faut le plus agir.

Et que faire des jeunes pour qui le tuning et les voitures puissantes est une vraie passion ? On peut tout simplement interdire leur pratique. Mais je ne pense pas que ça serait efficace. De toute façon, leurs réunions sont la plupart du temps clandestines et connues que des seuls participants. Alors l’important je pense est surtout de les sortir du trafic automobile. Il n’est pas acceptable qu’on fasse des courses sur la voie publique comme par exemple sur les quais. Alors pourquoi ne pas rendre ces réunions officielles ? Cela permettrait de beaucoup mieux les contrôler. On pourrait faire courir ces courses avec des véhicules contrôlés et soumis à des normes de sécurité. Et bien sûr, sans passagers. Cela pourrait se faire sur des circuits sécurisés où les spectateurs seraient tenus à distance. Et en tout cas, cela mettrait à l’abri le reste du trafic. Des cours de pilotage pourraient même être dispensés, ce qui améliorerait fortement les capacités réelles de ces jeunes conducteurs.

Évidemment une telle légalisation est politiquement très incorrecte à une époque où la pratique est plus à l’interdiction pure et simple. Mais il est évident que seule une décriminalisation ferait sortir ces jeunes de l’ombre et réduirait les risques de les voir mettre en danger la circulation.

Commentaires

Limiter la conduite à des véhicules ne dépassant pas une certaine cylindrée, pendant un temps, serai une bonne chose.
Mais cela poserai un problème aux jeunes qui, ne pouvant s'acheter une petite cylindrée, utilisent le véhicule familial. Car dans de nombreuses familles, la voiture familiale a rarement une cylindrée de moins de 2000. Cela créerait donc des inégalités supplémentaires.

Écrit par : Volvina | 09/11/2009

Z'avez raison Volvina, tout le monde a le droit d'espèrer mourir jeune...et en voiture!

Écrit par : Azrael | 09/11/2009

Z'avez tout compris Azrael !!

Écrit par : Volvina | 09/11/2009

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