20/10/2009

Et si on cessait l'angélisme ?

Oui, car comme on peut le lire dans le Matin aujourd'hui, la politique actuelle du Conseil Fédéral peut amener nos otages à poser leurs valises (qu'ils n'ont plus) en Libye encore huit années supplémentaires, à l'instar des infirmières bulgares !

On ne négocie pas avec la Lybie comme on le fait avec la France ou l'Allemagne. (et même là on ne peut pas dire que nous soyons très doués...) Lorsqu'on sort d'Europe ou d'Occident, les mentalités changent. Pour ma part, j'ai pas mal voyagé professionnellement et j'ai pu constater à quel point la notion de partenariat qui nous est chère, est une notion purement occidentale ! La plupart des cultures considèrent une négociation comme un rapport de force, dans lequel on se doit d'obtenir le maximum de son adversaire. Dans ces conditions, il est évident qu'on ne doit rien lâcher "dans le but d'obtenir", mais qu'on doit avoir un accord préalable. Ce que le Président Merz a fait est donc une grosse erreur et les otages en payent aujourd'hui le prix.

Dans une négociation, il faut donc s'assurer de posséder quelque chose que son adversaire convoite. Pour l'instant ça n'est pas le cas. La Suisse a abattu toutes ses cartes d'emblée et la Libye n'a rien à gagner en échange des otages. Dans ces conditions, le clan Kadhafi ne voit aucune raison d'honorer ses promesses. Cette façon de procéder heurte profondément notre sens de la justice, mais elle est normal pour beaucoup de cultures. Donc, maintenant qu'il est clair que la Lybie ne respectera pas ses engagements, il faut immédiatement durcir la position suisse. Ce qui signifie en particulier :

- Cesser tout échange économique avec la Libye. L'Algérie nous avait fait la proposition de remplacer le brut libyen par le sien. Il est temps d'accepter cette proposition. Et si Tamoil Suisse refuse d'importer ce brut algérien, il faut placer l'entreprise sous administration fédérale temporaire, pour raison stratégique évidente.

- Bloquer immédiatement tous les comptes de la famille Kadhafi, pour autant qu'il en reste. (ceci aurait dû être fait il y a un an au moins...)

- Annuler tous les visas et tous les permis de travail accordés à des Libyens. Seules les personnes bénéficiant d'un statut de réfugiés ou de requérants, ainsi que le personnel diplomatique peuvent rester en Suisse.

- Bloquer l'accord signé en août, compte tenu du non-respect des conditions par la partie adverse.

Une fois ces conditions remplies, nous devons exiger de rencontrer les otages et savoir où ils se trouvent. Si nécessaire, nous pouvons demander à un pays tiers (la France ou l'Italie puisque, apparemment, ils nourrissent de bien meilleures relations avec ce pays que nous...) de servir d'intermédiaire pour faire connaître nos exigences à la Libye.

Je pense qu'un retour rapide des otages est à ce prix. Mais bien sûr, il faut être prêts à perdre des plumes sur le plan économique. Notre pays est-il prêt à faire cela ? Je l'espère, car si nous faisons passer la vie de deux personnes après notre approvisionnement en pétrole libyen, ça veut dire que notre pays n'a aucune morale. J'aurais donc vraiment honte de ce qu'est devenu notre pays...

Commentaires

Bonjour Kad !
Je suis plutôt d'accord avec ce que vous écrivez, à une phrase près:
je remplacerais "J'aurais donc vraiment honte de ce qu'est devenu notre pays" par "J'ai vraiment honte de ce qu'est devenu notre pays..."

Écrit par : Blondesen | 20/10/2009

Bonjour Blondesen.
J'espère encore que vous avez tort... mais je ne me fais pas beaucoup d'illusions !

Écrit par : Kad | 20/10/2009

"...notre pays n'a aucune morale. "

Quelle surprise! Ceci dit, vouloir mêler la politique (locale ou internationale) et la morale me semble pour le moins être le signe d'une très grande naïveté.

Quant à la mise en balance de la liberté de deux ressortissants suisses et de certains "intérêts économiques" de ce pays ...

Écrit par : Azrael | 20/10/2009

Enfin quelqu'un qui dit clairement les choses.
J'irais même plus loin. Emprisonner quelques libyens importants sous prétexte qu'ils sont des espions. 2 ou 3 diplomates par exemple. La France l'a bien fait avec l'URSS il y a quelques années.
Mais ne payons-nous pas le prix de notre mollesse face aux revendications des USA et de l'UE. Le gouvernement s'est complètement dégonflé. Résultat Kadhafi joue avec la Suisse qu'il considère comme un jouet sans intérêt car il sait qu'elle ne fera rien.
Vous avez raison, avec les orientaux la négociation n'est qu'un rapport de forces. La morale ou l'apitoiement n'ont aucun poids. Au contraire ce sont des marques de faiblesse.
Bien à vous

Écrit par : Lambert | 20/10/2009

Azrael, vous avez peut-être raison. Mêler politique et morale est naïf. Mais c'est une naïveté que je tiens à conserver, car la morale est ce qui nous différencie des animaux dans nos rapports. Si seule la prise de pouvoir compte, alors nous ne valons pas mieux que des insectes...

Écrit par : Kad | 20/10/2009

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