30/06/2009

Nucléaire ou pas nucléaire ?

S'il y a un débat qui devrait agiter notre pays en ce moment, c'est bien celui de l'énergie. Nos centrales nucléaires vieillissantes vont petit à petit être retirées du service et nous nous trouvons à un tournant. Ces centrales représentent tout de même 40% de notre production d'énergie électrique. Et Dieu sait que notre économie ne peut plus se passer de cette énergie. Doit-on remplacer ces centrales par de nouvelles centrales plus modernes ? Existe-t-il d'autres solutions ? Peut-on économiser suffisamment pour pouvoir s'en passer ? Toutes ces questions sont d'importance cruciale pour notre avenir. Et pourtant, ce sujet ne semble pas intéresser la politique. Est-ce dû au peu d'intérêt que peut trouver un politique de parler d'un sujet qui porte au-delà des prochaines élections ? On serait en tout cas tenté de le croire.

Il faut pourtant savoir que nous nous dirigeons tout droit vers une pénurie à l'horizon 2020. 10 ans, c'est tellement peu que la plupart des politiciens actuels seront encore en exercice. Comment justifieront-ils alors leur attentisme ?


Selon qu'on décide ou non de se lancer dans la production d'une nouvelle génération de centrales nucléaires aujourd'hui, notre politique énergétique en sera bouleversée pour au moins 50 ans. Cela semble donc d'une importance capitale. Avant d'étudier les différents scénarios, il est important de comprendre quelques faits :

Énergie éolienne :

Une éolienne moderne produit entre 1 et 3MW (mégawatt = millions de watts) avec une énergie produite proportionnelle à la vitesse du vent, jusqu'à environ 90km/h.mt-crosin-2eoliennes-ld250x372.jpg

Les éoliennes sont constituées d'un mât vertical de plus de 100 mètres, avec à son sommet une hélice de grande dimension. Ces installations doivent se trouver dans un espace dégagé, ce qui exclut les zones habitées et les forêts. Elles doivent en outre être suffisamment espacées pour éviter que leurs pales s'entrechoquent, ce qui pour une éolienne moderne représente environ 200 mètres. On peut donc dire que la surface réservée à une seule éolienne et au minimum de 10'000 m2 environ. En outre, elles sont aussi passablement bruyantes. Pour cette raison, elles ne doivent pas être construites à proximité de zones habitées.

Les conditions favorables à son implantation sont donc : hors zone habitée, hors forêt, vent soutenu et le plus régulier possible, large zone dégagée pour implanter un véritable parc éolien. Dans notre pays, on pourrait penser que la haute montagne est idéale pour l'implantation de l'éolien, mais il ne faut pas oublier d'assurer l'accès pour la construction et la maintenance, ce qui est généralement une condition difficile à remplir pour une implantation en haute altitude.

Énergie solaire :

400px-Thémis.jpgPour prendre l'exemple de la centrale solaire que les SIG ont implanté à Verbois, elle produit environ 1MW sur une surface de 16'000 m2. En outre, cette production est essentiellement diurne et partiellement tributaire de la météo. On le voit, pour l'instant le solaire produit moins d'énergie par rapport à la surface que l'éolien. Et compte tenu de l'absence de production nocturne, il ne pourrait en aucun cas constituer la seule source d'énergie, car l'énergie électrique est difficile à stocker. Toutefois, le solaire a un énorme avantage sur l'éolien, il peut être implanté sur les toits des immeubles et ainsi utiliser l'espace citadin. Espace qui ne manque pas sur le plateau suisse. En outre, des programmes internationaux prévoient d'utiliser des espaces désertiques pour construire de gigantesques parcs solaires. Il pourrait être intéressant d'y participer. Toutefois, cette solution pose le problème du transport de l'énergie, les pertes étant proportionnelles à la distance.

Énergie hydraulique :

C'est le gros morceau de la production électrique en Suisse. Pour prendre un seul exemple, le complexe Cleuson-Dixence peut produire environ 1900 MW, soit plus de 1000 éoliennes ou parc solaire de Verbois ! Pour produire la même quantité d'énergie que cette seule centrale, il faudrait donc couvrir au moins 10'000'000 de m2 d'éoliennes ou de cellules photovoltaïques, ce qui représente un carré de plus 3 kilomètres de côté. Heureusement, il n'est pas question de se passer de l'énergie hydraulique. Par contre, la saturation a été atteinte de ce côté et il n'est pas question d'augmenter la production à court terme.

Énergie nucléaire :

Là encore, les niveaux de production sont sans commune mesure avec le solaire et l'éolien. Les cinq réacteurs nucléaires suisses réapartis dans 4 centrales produisent entre 355 et 1165 MW. Tout comme pour l'hydraulique, cette source d'énergie ne dépend ni de la météo, ni du moment de la journée.

180px-Gosgen_nuclear.jpgCette énergie pose par contre des problèmes majeurs en terme de déchets. Le stockage à long terme n'est pas assuré et n'est pas près de l'être. Et si la sécurité des centrales est excellente, un accident aurait des conséquences si terrifiantes qu'on peut se demander si c'est une bonne idée de relancer la construction de ce type de centrales. Finalement, les réserves mondiales en uranium devraient diminuer dans les 50 prochaines années. Surtout si de nombreux pays choisissent de relancer leurs programmes nucléaires comme ça a l'air d'être le cas. Le résultat est que le prix de ce combustible risque d'augmenter dans de larges proportions ! Et si nous construisons aujourd'hui une nouvelle génération de centrales, nous serons dépendants de cette ressource pour les cinquante ans à venir.

D'autre part, il faut prévoir beaucoup de temps entre la création d'un projet et la mise en service de l'installation. En effet, il est évident qu'il sera difficile de faire accepter la construction de nouvelles centrales. Il est donc totalement utopique d'imaginer exploiter une nouvelle centrale d'ici 2020.

Énergie gazière :

Cette ressource a mauvaise presse, particulièrement parce qu'elle produit du CO2. A tel point que les parlementaires fédéraux ont imposé des conditions si drastiques aux promoteurs de cette forme d'énergie qu'elle n'en est pas rentable du tout. Pourtant... à condition que le CO2 soit correctement compensé, une centrale à gaz peut produire environ 400 à 800 MW de puissance. Et l'approvisionnement en gaz naturel a l'avantage d'être assuré pour tout ce siècle au moins, voire plus. Il est donc peu probable d'assister à une vertigineuse augmentation de prix. On cite aussi la pollution produite par la combustion du gaz. Il est vrai qu'elle est non négligeable. Mais elle reste bien inférieure à celle produite par la combustion du pétrole ou du charbon.

Autre avantage de cette ressource, une installation pourra être construite et en service bien plus vite qu'une centrale nucléaire. Elle est donc probablement la seule source d'énergie qui pourrait nous faire éviter la pénurie.

Le futur :

Le futur repose avant tout sur une politique multi-étatique. En effet, développer des nouvelles technologies propres et indépendantes des ressources énergétiques actuelles ne peut pas être réalisé par un seul état. Particulièrement lorsqu'il est petit et manque cruellement d'espace comme le nôtre. Le solaire est un des plus grands espoirs. Mais seulement s'il est implanté dans de larges espaces désertiques. Un projet pilote australien, utilisant les gradients de température provoqués par l'échauffement de l'air par le Soleil, prévoit par exemple de produire environ 200 MW dans une zone désertique. Il utilisera pour cela une étendue de près de 40 km2 et nécessitera la construction d'une tour de 1000m de haut ! On comprend facilement que cela ne peut en aucun cas être adapté chez nous.

iter_machine_technical_jpg.jpgL'énergie thermonucléaire représente une autre solution d'avenir. Les centrales qui utiliseront ce principe imiteront le fonctionnement du Soleil. Donc au lieu d'utiliser l'énergie du Soleil, nous créerons nos propres soleils miniatures ! Le thermonucléaire pourrait produire une quantité importante d'énergie à partir d'hydrogène, une ressource totalement illimitée. Son rejet est l'hélium, un gaz inerte et naturellement présent dans l'atmosphère. Le stockage des déchets ne se pose donc pas. De plus, l'emballement de la réaction termonucléaire n'est pas possible. On ne risque donc pas d'accident majeur comme avec le nucléaire classique. Le laboratoire international ITER situé au sud de la France va sans doute permettre de faire des progrès de géant en vue de la création d'une technologie industrielle basée sur ce principe. Si les recherches se poursuivent au rythme actuel, on peut même penser que cette ressource sera disponible avant le milieu du siècle.

Maintenant voici les différents scénarios :

1. On décide de ne rien décider

Vu l'enthousiasme général à entrer dans ce débat, c'est bien vers cette voie qu'on se dirige. Mais dans ce cas, les perspectives sont peu encourageantes. Malgré les efforts accrus de l'office fédéral de l'énergie, les économies d'énergie ne semblent pas porter leurs fruits. En 2008 encore, la consommation a légèrement progressé. De nouvelles mesures vont bien être prises, fin de la vente des ampoules à incandescence ou interdiction de vente d'appareils trop gourmands, et cela ira certainement dans le bon sens. Mais cela suffira-t-il à compenser l'augmentation de la consommation du seul fait de l'augmentation de la population ? Pas sûr. En tout cas, il est impossible qu'on parvienne à réduire la consommation de 40% par rapport à la situation actuelle. Alors on voit mal comment se passer des centrales nucléaire par ce seul moyen.

Et les énergies renouvelables ? Elles représentent l'avenir. Je crois en particulier dans l'avenir du solaire, car le Soleil est bien la principale ressource énergétique qui soit à notre portée. Mais voilà : dans la situation actuelle, ces technologies font encore office d'énergie d'appoint. Et même si la technologie progresse rapidement, il est totalement impossible qu'elles soient prêtes à répondre à la demande d'ici 10 ans. C'est donc bien vers la pénurie qu'on se dirige.

Il faudra alors acheter des quantités gigantesques d'énergie à l'étranger. Mais cela présente plusieurs problèmes. Tout d'abord, il est évident que les centrales qui permettront à d'autres pays de nous vendre cette électricité ne pourront pas être plus propres que celles que nous aurons refusé de construire. Car pour les autres pays aussi, les ressources renouvelables constituent encore des énergies d'appoint. Ensuite, nous serons à la merci des caprices de ces autres pays. Qu'est-ce qui nous empêchera de nous retrouver dans la situation de l'Italie il y a quelques années quand la Suisse a dû couper les vannes pour éviter de mettre en danger son propre réseau ? La conséquence a été un black-out dans une grande partie du pays. L'Italie avait alors accusé la Suisse. Mais la responsabilité de ce désastre est bien celle des politiciens italiens qui n'ont pas su prévoir l'avenir. Mais finalement, le plus gros problème sera de trouver quelqu'un qui soit prêt à nous vendre de telles quantités d'énergie ! Car quel pays dispose de si grandes quantités d'énergie qu'il peut en vendre à profusion ? La réponse est simple : aucun.

2. On construit des centrales nucléaires pour remplacer les anciennes

Le problème, c'est que c'est déjà trop tard pour se diriger dans cette voie. Du moins si c'est la seule réponse à la pénurie. En tergiversant si longtemps, on s'est retiré cette option pour contrer la pénurie. En effet les nouvelles centrales ne seront pas prêtes pour 2020. Ça serait utopique d'imaginer y arriver. On pourrait toutefois limiter la pénurie en s'engageant sans tarder dans cette voie. Les projets existent, ils peuvent être réalisés.

Le problème est de savoir si c'est judicieux. Car comme on l'a vu, les problèmes posés par cette technologie sont importants. Le plus gros étant que les ressources en uranium devraient commencer à se tarir avant la fin de l'exploitation de ces nouvelles centrales, compte tenu de la demande mondiale croissante. Construire de nouvelles centrales aujourd'hui peut donc s'avérer déplorable du point de vue de la planification.

3. On mise à fond sur les économies d'énergie et les énergies renouvelables

C'est bel et bien ce qui doit être fait. Mais essayer de faire croire qu'on peut arriver à compenser d'ici dix ans la pénurie provoquée par la disparition progressive des centrales nucléaire est illusoire. Je dirais même criminel, compte tenu des conséquences de la pénurie qui s'annonce !

Bref, il faut favoriser au maximum l'économie d'énergie et les technologies permettant de les atteindre. Il faut aussi investir dans la recherche sur les énergies renouvelables et la construction d'installations. Il faut également subventionner les installations solaires privées afin de les rendre de plus en plus attractives. L'isolation des bâtiments doit aussi largement être subventionnée. Et je serais même prêt à payer un impôt sur le CO2 si j'avais la certitude que cet impôt serve à financer ce type de développement ! Mais au final, il manquera toujours quelque chose. Il faudra choisir entre la pénurie et une autre solution...

4. On construit des centrales à gaz

Et c'est bien là que je voulais en venir. Les perspectives sur le long terme donnent beaucoup d'espoir. Mais sur le court terme, il ne semble pas que nous ayons les moyens de pallier à la pénurie qui s'annonce. A moins de miser... sur le gaz ! Certes, je suis conscient que cette technologie n'a aucun avenir à long terme. Certes, elle présente de nombreux désavantages. Mais elle a l'avantage d'être réalisable ! Grâce à elle nous pourrions éviter la pénurie et nous donner le temps d'attendre la disponibilité des nouvelles technologies.

Dans le même temps, nous devrions investir à fond dans les technologies d'avenir. Solaire, Éolien, Thermonucléaire. Toutes ces technologies permettront probablement d'assurer l'approvisionnement énergétique mondiale bien avant la fin du siècle. Mais pour l'instant, il faut bien avouer qu'on en est encore loin.

Bien sûr, on pourrait arriver au même résultat en misant partiellement sur le nucléaire. On pourrait par exemple commencer par construire une ou deux centrales à gaz et dans le même temps lancer la construction d'un ou deux réacteurs nucléaires. Mais le problème, c'est que la durée de vie d'une centrale nucléaire est assez longue et qu'on s'engagerait donc dans cette voie pour longtemps. Je trouve que le tout au gaz nous donnerait plus de souplesse et nous permettrait de faire le choix des nouvelles technologies plus rapidement lorsqu'elles seront disponibles.

Note : Je tiens à préciser que je n'ai aucun rapport quel qu'il soit avec les milieux de l'énergie. Cette analyse ne défend donc absolument aucun intérêt privé.

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