01/06/2009

La crise coréenne : premier grand test de politique internationale pour Obama

Aux USA, on a coutume de penser que les présidents républicains sont plus à même de résoudre les conflits internationaux auxquels le pays est confronté. En effet, que ça soit avec Reagan ou avec les Bush, père et fils, l'Amérique a su montrer sa puissance au monde et les tentatives visant à s'en prendre à l'hégémonie de la première puissance mondiale ont toujours été tuées dans l'œuf. Ronald Reagan est même crédité de la victoire dans le conflit larvé qui a opposé son pays à l'Union Soviétique durant plus de quarante ans ! Ce qui est sans doute un peu exagéré car le pouvoir soviétique du plus grand pays du monde a surtout implosé de lui-même.

Quant aux présidents démocrates, on leur octroie d'autres qualités. La gestion de la politique sociale est leur principale spécialité. Sur le plan international, ils sont crédités de plus de capacités sur le plan diplomatique et leurs victoires les plus visibles ont souvent eu lieu autour de tables de négociations. Mais pour ce qui est de la gestion des crises, ils semblent moins bien dotés par la nature et sont réputés moins fermes.


Cette réputation, c'est surtout à Jimmy Carter que les démocrates la doivent. Son pacifisme mérite le plus grand respect et pour ma part, c'est un personnage que j'apprécie beaucoup. Mais sa gestion déplorable de la crise qui s'est produite durant la révolution iranienne n'a pas été pardonnée par les Américains. Elle lui a même valu le triste déshonneur d'être un des seuls présidents américains des 30 dernières années à ne pas être réélu pour un second mandat.

Bill Clinton a par contre apporté une autre forme de politique internationale. Il a prouvé qu'un mélange de fermeté et de diplomatie était possible. Ses avancées diplomatiques ont été très remarquées, particulièrement dans la gestion du conflit israélo-arabe. Même si bien sûr, ces avancées paraissent aujourd'hui bien loin compte tenu de l'évolution de la situation régionale. Mais d'un autre côté, il n'a jamais hésité à montrer que l'Amérique restait la plus grande puissance, que ce soit face aux pays du Moyen-Orient ou en ex-Yougoslavie.

Alors de quel côté va se placer Barack Obama ? Sera-t-il un pacifiste convaincu comme Carter ou saura-t-il montrer les dents au bon moment comme Clinton ? On devrait le savoir bien vite. Car je pense que, contrairement à ce qu'on entend souvent dire, le temps presse. La Corée du Nord est sur le point de devenir une puissance nucléaire et cela, les USA ne peuvent l'accepter.

La dissuasion américaine

La paix dans la péninsule coréenne depuis l'armistice de 1953, c'est uniquement à la dissuasion américaine qu'elle la doit. Durant 56 ans donc, les Coréens ont vécu dans un état de guerre froide, équilibre fragile, souvent mis à mal, mais plus ou moins stable tout de même. Sans l'intervention de la Chine durant la guerre, il est d'ailleurs probable que la péninsule aurait vécu cette période dans la quiétude, sous un seul drapeau. Désormais, la dissuasion chinoise entre aussi en ligne de compte, car toute tentative d'invasion de la Corée du Nord ferait craindre une intervention de la Chine mettant ce pays face à face avec les USA avec tous les risques d'extension du conflit que cela comporte.

Mais la dissuasion est une arme à double tranchant. Car pour qu'elle reste efficace, il faut que la menace reste crédible pour l'adversaire. Le paradoxe, c'est qu'à l'instant même où cet adversaire cesse de croire à la menace, il devient nécessaire de faire usage de la force pour prouver sa détermination. Et c'est bien ce qui semble être en train de se produire. Si le pouvoir coréen a si longtemps œuvré pour obtenir l'accession au club très fermé des puissances nucléaires, c'est uniquement pour se mettre à l'abri de la menace américaine. Et donc pour mettre en échec sa dissuasion. Et ça n'est pas pour rien que Kim Jong Il se met à se montrer menaçant pour son voisin du sud alors que son pays est sur le point d'atteindre ce but. Désormais, il pense accéder à un nouveau statut régional. Celui d'une puissance dominante qui peut dicter ses conditions à ses voisins.

Une situation inextricable

Les Américains peuvent-ils se permettre de laisser la situation évoluer dans ce sens ? Je pense qu'il est évident qu'il faut répondre non. Mais comment éviter que la situation n'évolue de manière défavorable ? Il y a trois attitudes qui sont aujourd'hui possibles. La première consisterait à ne rien faire et à attendre que la Corée du Nord se dote de l'arme nucléaire et voir ensuite ce qui se passera. Cette attitude serait, il faut bien le dire, totalement catastrophique. Car il est impossible de prédire quelles seront les exigences du Nord lorsqu'il sera une puissance nucléaire à part entière. Et une attaque nordiste unilatérale ne pourrait même pas être exclue.

La seconde solution est de continuer à négocier, tout en tentant de restaurer la dissuasion en renforçant le dispositif militaire dans la région. A première vue, c'est bien cette voie qui est choisie par les Américains et par leurs alliés coréens et japonais. Cette politique a le mérite de faire gagner du temps et de remettre à plus tard la décision finale. Mais elle donne aussi du temps à Kim Jong Il pour terminer son programme nucléaire. Et le renforcement de la dissuasion américaine par le stationnement d'un plus grand nombre de troupes et d'armes conventionnelles n'aura plus aucun effet le jour où la puissance nucléaire de la Corée du Nord sera pleinement déployée. Ca n'est d'ailleurs pas pour rien que la Corée du Nord a laissé les Américains poursuivre dans cette voie depuis qu'elle a lancé son programme nucléaire. Elle sait qu'à terme cette stratégie mènera à un échec. Et qu'elle ne peut que gagner tant que les Américains poursuivent dans cette voie. Et même si jusqu'à présent les différents présidents américains ayant été confrontés au problème du programme nucléaire nord-coréen ont pu poursuivre cette stratégie et remettre ainsi le problème entre les mains de leurs successeurs, je ne pense pas qu'il en sera de même pour Barack Obama. Ca sera à lui de trouver une solution, car désormais le temps presse.

La troisième voie serait une intervention rapide et ciblée contre les installations nucléaires nord-coréenne ainsi que contre leurs usines de missiles. Ca serait sans doute la meilleure solution à ce problème, car cela démontrerait la détermination américaine. Il y a malheureusement un grand risque pour que la Corée du Nord réplique immédiatement par une attaque au sol. Et le monde occidental ne peut aujourd'hui pas se permettre de perdre du terrain en Corée du Sud, ne fût-ce que temporairement. Sur le plan économique, la Corée est devenu un membre important du complexe industriel mondial. Ses grands conglomérats, tels Samsung, LG, Hyundai ou Dae Woo, rayonnent à travers le monde comme autant de signes de la réussite économique de cette demi-péninsule. Et il ne faut pas oublier la mégapole de Séoul, ville de plus de 10 millions d'habitants et siège du pouvoir sud-coréen, qui se trouve à quelques encablures de la frontière, et qui pourrait bien se transformer en ville martyr en cas d'affrontement. Dès lors, on comprend mieux qu'il soit difficile d'intervenir en Corée du Nord. Et si on ajoute la menace potentielle d'une confrontation directe avec la Chine, le danger d'un affrontement parait démesuré.

Dès lors, y a-t-il une meilleure solution que la politique choisie actuellement ? Peut-on encore empêcher les Nord-Coréens de se doter de l'arme nucléaire ? Rien n'est moins sûr. A-t-on encore le temps de laisser faire les diplomates ? C'est possible, mais ce temps est compté. Car le jour même où la Corée du Nord aura déployé son arsenal nucléaire, il ne sera plus possible d'intervenir. Et c'est bien là le test auquel Kim Jong Il soumet son homologue américain. Si Barack Obama ne trouve pas un moyen d'empêcher la Corée du Nord de terminer son programme nucléaire, alors Kim Jong Il a déjà gagné…

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